un “génie” pour l’arbitre tunisien qui n’a pas vu sa “main de Dieu”

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(FILES) In this file photo taken on November 09, 2001 Argentinian football star Diego Maradona greets the public in the “La Bombonera” stadium of Boca Juniors Athletic club in Buenos Aires. – Argentinian football legend Diego Maradona passed away on November 25, 2020. (Photo by ALI BURAFI / AFP)

L’arbitre tunisien Ali Bennaceur se souvient de chaque geste du « génie » Diego Maradona durant le match qu’il a arbitré le 22 juin 1986, quand l’Argentin marqua deux buts restés dans l’histoire, l’un de la main, et l’autre un « chef d’oeuvre ».

A la 51e minute d’un match aux lourds enjeux géopolitiques entre l’Angleterre et l’Argentine, Maradona enfonce le ballon dans les cages du gardien anglais Peter Shilton… du poing gauche.

« Je n’ai pas vu la main, mais j’ai eu un doute », se souvient Ali Bennaceur, qui fut le premier Tunisien à arbitrer un match à ce niveau du Mondial, une tâche jusqu’à là réservée essentiellement à des arbitres venus d’Europe ou d’Amérique du Sud.

« Vous pouvez voir les images, j’ai reculé pour prendre l’avis de mon second, le Bulgare Dotchev, et quand il a confirmé que c’était bon, j’ai accordé le but », raconte-t-il à l’AFP.

Trente six ans plus tard il tient à « remercier les joueurs d’Angleterre qui sont vraiment fair play. Il n’y a que (l’attaquant anglais) Gary Lineker qui est venu me dire +please, referee, hand ball+, je lui ai dit +please play+ et c’est tout ».

Cette décision, très critiquée à l’époque, lui a valu des remarques racistes de commentateurs sportifs, à commencer par Thierry Roland, qui avait asséné « vous ne croyez pas honnêtement, que dans un monde grand comme il est, il n’y a pas autre chose qu’un arbitre tunisien pour diriger un quart de finale de la Coupe du Monde? ».

« On n’a pas critiqué ma prestation, on a critiqué mon pays, en disant que la Tunisie c’est du sable, c’est du désert. Comment on donne un match à un arbitre pareil alors qu’ils n’ont pas de football? », se souvient-il.L’ambassade de Tunisie en France était intervenue et avait obtenu des excuses.

« Pour les connaisseurs, qui savent les instructions de la Fifa, ils savent que j’ai rempli ma mission et je suis fier, fier de faire un match pareil avec ce niveau là ».

« J’avais déjà arbitré un match entre l’URSS et la Chine en 1985, j’étais l’homme des missions difficiles pour la Fifa, j’étais prêt pour ce genre de matches », souligne le Tunisien, qui était secondé par des arbitres de pays « neutres »: outre M. Dotchev, décédé en 2017, un Costa-Ricain et un Malien.

« La Fifa nous avait donné des consignes claires (…): il fallait prendre l’avis des collègues les mieux placés, » explique l’ex-arbitre central.

« J’ai fait ce que je devais faire, mais il y a eu confusion. Dotchev a indiqué plus tard qu’il avait vu deux bras, et il ne savait pas si c’était celui de Shilton ou de Maradona ».

La plus grande « fierté » de M. Bennaceur, c’est d’avoir accompagné l’incroyable course de Maradona lors du second but de la rencontre, qui fut consacré meilleur but du siècle.

Parti seul du milieu de terrain, Maradona remonte jusqu’au but, esquivant des adversaires qui tentent par trois fois de le faire tomber, au point qu’il touche le gazon.

« A chaque fois il s’est relevé, j’étais derrière lui », se souvient le Tunisien de 76 ans, qui a continué à arbitrer au plus haut niveau jusqu’en 1991. « Je m’étais préparé à siffler un pénalty en cas d’action dangereuse sur Maradona, je pensais qu’après 50 mètres d’efforts ils allaient l’abattre, mais la balle a atterri dans les filets de Shilton » devant un stade en liesse.

« J’ai eu la fierté de participer à ce chef d’oeuvre, et Maradona s’en souvenait très bien quand il est venu me rendre visite en 2015 » à l’occasion d’un passage en Tunisie où il tournait une publicité, souligne-t-il.

Le joueur lui dédicace alors un T-shirt « To my eternal friend Ali », et passe l’après-midi avec son épouse au domicile de l’arbitre à Tunis, qui le reçoit simplement en djellaba, la tenue typiquement tunisienne.

« On a passé un moment agréable, je lui ai dit que ce jour là, c’était pas l’Argentine qui avait gagné, mais lui, Maradona ».

« C’était un génie, une légende du football, moi en tant qu’arbitre je ne me permettais pas de fermer les yeux même une seconde en le suivant, car il était capable de toutes les actions », souligne-t-il.

cnp/bde





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Le Mauricien

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