[Société] VIDEO – À 76 ans, il vit dans un abri en tôle sans eau ni électricité

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SAINT-DENIS. Depuis plusieurs années, ce gramoune de 76 ans réside dans un abri en tôle dans les hauts de Saint-Denis, sans eau, ni électricité et dans des conditions plus qu’indignes. En dépit de cette vie innommable, il ne demande rien d’autre que le rétablissement de l’allocation de solidarité qui lui a été coupée en juillet 2020, faute de justificatif d’adresse à communiquer aux services de la CGSS.

7 heures du matin, quelque part dans les hauteurs de Saint-Denis. Assis devant la porte de ce qui ressemble à une petite case en tôle, André Turpin écoute les nouvelles du matin délivrées par son petit poste de radio qu’il tient à la main, indifférent aux chants des coqs de son voisin. La radio est la seule distraction de ce gramoune de 76 ans, depuis qu’il s’est installé dans cet ancien atelier transformé en logement sauvage. Il y a combien de temps ? Lui assure vivre là depuis 30 ans. Ses voisins parlent de quelques années, plutôt 5 ou 6. Moins d’une décennie en tout cas.
Auparavant, il vivait avec une femme dans un autre quartier du chef-lieu. Ce n’est qu’à leur séparation, qu’il est venu s’installer dans ce qui lui servait jusque-là d’atelier pour ranger ses outils et matériels d’artisan dans le bâtiment. En dépit de l’insalubrité des lieux, il s’y sent bien. D’abord parce qu’il ne paye aucun loyer, le logement appartenant à une famille qui le laisse vivre là sans contrepartie. Ensuite parce qu’il n’est pas “embêté”, comme il dit. “Moin lé bien terla”, assure-t-il. “Lé calme, lé loin de la ville et personne i vient dérange à moin. Na point personne pou nir bataye…”

 

 

138 euros par mois

 

L’absence d’électricité ? Il s’en accommode avec le lampadaire qui s’élève juste au-dessus de son logis et qui l’éclaire le soir. Pour faire la cuisine il utilise une vieille cuisinière et la télé ne l’intéresse pas. Quant à l’absence d’eau courante, il la pallie grâce aux bidons pleins que lui apporte régulièrement un camarade. Mais elle ne lui sert que pour la cuisine. Pas question de gaspiller cette précieuse eau pour la toilette ! Pour ses besoins, il utilise d’ailleurs un seau et un sachet poubelle.
Livré à lui-même, avec parfois la visite de quelques proches ou d’habitants du quartier qui lui apportent des vêtements et des repas en barquettes, l’homme a appris à se satisfaire du peu qu’il avait dans un monde où il ne se sent pas vraiment à sa place. Malgré le manque de confort et la crasse qui s’est incrustée dans les moindres recoins de son abri en tôle, menaçant chaque jour sa santé, le gramoune originaire du Tampon ne cherche pas à sortir de ce lieu repoussant. Ce qu’il veut, c’est le rétablissement de l’allocation de solidarité qui lui a été coupée en juillet de l’année dernière, faute de justificatifs, dont une adresse fixe à communiquer aux services de la CGSS. Cette aide s’élevait à plusieurs centaines d’euros, nous confie-t-il, sans préciser combien. Aujourd’hui il doit se contenter d’une simple retraite qui avoisine les 138 euros par mois. 

 

 

Un morceau de pain, de l’eau sucrée…

 

“Depuis quelques mois, ma vie lé très difficile, reconnaît-il. Mi utilise le peu d’argent que moin néna seulement pour manger. Un morceau de pain, un sandwich… parce que lé moins cher qu’un repas. Et quand na pu, mi bois de l’eau sucrée. La finn’ arrive à moin de pas manger parce que mavé plus rien.
L’homme l’assure : il est allé plusieurs fois frapper à différentes portes pour tenter de percevoir à nouveau des aides. Sans succès jusqu’à présent. “Moin la parti la Sécurité sociale, la mairie annexe en bas de chez moin, en centre-ville… Personne i gagne fait un nafair pou moin ! Soi-disant lé trop compliqué de monte mon dossier”, se désole-t-il.
Il faut dire que, de son propre aveu, il ne dispose d’aucun document officiel permettant de dresser un dossier complet. Peu coutumier des usages administratifs, il n’a même pas de carte vitale ! Mais si lui veut continuer à vivre à l’écart de la société, la société, elle, ne l’a pas complètement oublié. Alertée sur son malheur, une petite association de quartier l’a pris récemment sous son aile et avec l’aide des services sociaux, est bien décidée à l’accompagner dans ses démarches administratives et, pourquoi pas, lui permettre d’accéder à une nouvelle vie. Peut-être un nouveau toit et un confort qu’il a fini depuis longtemps par oublier.

Nathalie Techer
[email protected]

 


Tout un quartier se mobilise pour le gramoune

Assis devant la porte de son abri en tôle, André Turpin reçoit régulièrement la visite de voisins attentionnés ou d’habitants du quartier sensibilisés par sa détresse. Ils lui apportent des vêtements, de quoi se nourrir…
“Je passe régulièrement dans le coin pour aller m’occuper des animaux qui sont installés là, et je m’arrête systématiquement pour lui parler”, confie l’un d’eux. “C’est triste ce qu’il lui arrive, car demain il pourrait mourir dans son sommeil, enfermé dans sa petite case et personne ne s’en rendrait compte. Il n’y aurait que l’odeur qui pourrait nous alerter…”
Le risque est d’autant plus élevé, que l’homme a déjà du mal à marcher en raison d’un problème au pied, et qu’il lui est arrivé de rester bloqué dans son taudis alors qu’il était malade. Une voisine témoigne : “Heureusement que j’étais passée par là ce jour-là et que je l’ai entendu tambouriner contre la tôle ! Il avait si bien fermé sa porte, avec de gros fils de fer, qu’il n’arrivait plus à l’ouvrir. Il fait ça pour être sûr que des gens malintentionnés ne viennent pas l’embêter la nuit. Pour lui ouvrir, on a dû utiliser une grande barre.
D’autres ont essayé d’alerter les autorités sur sa situation. Comme cette mère de famille qui n’a pas hésité à poster des photos du gramoune et de l’intérieur de son logement sur les réseaux sociaux. Il y a aussi ce président d’association qui, alerté par les gens du quartier, a décidé de le prendre sous son aile. Il a entamé avec lui des démarches pour renouveler sa carte vitale et les documents nécessaires à l’accès aux soins. Depuis quelques jours, il appelle aussi le 115 pour lui permettre de bénéficier d’un vrai lit dans un abri de nuit et prendre une douche. Enfin, il est en contact avec des assistantes sociales pour lui trouver un nouveau logement et l’aider à dresser un dossier pour le rétablissement de l’ASPA. “Ce monsieur est dans une grande précarité”, relève-t-il. “Quoi qu’il arrive, nous ne l’abandonnerons pas.”

 


La CGSS nous répond : “Sa situation devrait se dénouer très rapidement”

Contactée, la Caisse générale de sécurité sociale nous a bien confirmé la suspension de l’allocation de solidarité d’André Turpin en juillet 2020 en raison d’un dossier incomplet. “Cette décision se fonde sur le droit, cet assuré étant dans l’impossibilité de remplir les conditions de résidence et de fournir d’autres pièces justificatives indispensables au versement de la prestation ASPA”, nous explique-t-on.
Pour autant, l’organisme social assure ne pas avoir abandonné le gramoune. Un signalement des services administratifs de la CGSS a en effet été fait à son service social afin de diligenter une enquête pour s’enquérir de sa situation sur le terrain qu’il occupe.
“Un rapport de visite a confirmé la situation de grande précarité de l’assuré et des mesures ont été prises par l’assistance sociale pour établir une attestation d’élection de domicile du Département avec une nouvelle adresse à prendre en compte pour les échanges administratifs. Ce dispositif interne mis en œuvre confirme la volonté de la CGSS de ne laisser personne au bord du chemin, particulièrement quand un de nos assurés se retrouve dans une situation de grande précarité. La coordination avec les autres instances locales est aussi réalisée. La situation du Dionysien devrait donc “se dénouer très rapidement” avec la reprise de son ASPA.



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