[Société] Souriez, vous êtes encore (plus) filmés

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SECURITE. La course à la vidéosurveillance entamée dans le courant des années 2000 continue à La Réunion. Preuve en est avec le dépôt de plusieurs autorisations de communes réunionnaises bien décidées à déployer de nouvelles caméras aux quatre coins de leur ville. Mais est-ce que la vidéosurveillance est-elle efficace contre les crimes et délits ?

Au détour d’une rue, vous avez sans doute remarqué en levant la tête la présence d’une caméra de vidéosurveillance. Elles sont toujours plus nombreuses. Et bientôt, elles le seront encore plus.

 

Récemment, les villes de Saint-Denis, l’Etang-Salé ou encore la Plaine-des-Palmistes ont fait des demandes auprès de la préfecture pour installer ou renouveler les autorisations des caméras sur leur territoire :

 

– 54 à Saint-Denis

– 20 à la Plaine-des-Palmistes

– 14 à l’Etang-Salé

– 41 à Saint-André (en cours)

– 35 à Saint-Benoit (en cours)

 

Ce tour de vis supplémentaire sur le plan sécuritaire prend son envol après 2007 et l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête du pays. Dans la foulée, un décret voit le jour “créant une Commission nationale de la vidéosurveillance chargé de “donner son avis au ministre de l’intérieur sur les évolutions techniques et les principes d’emploi des systèmes concourant à la vidéosurveillance”. Deux mois et demi plus tard, l’arrêté du 3 août 2007 “portant définition des normes techniques des systèmes de vidéosurveillance” dans l’espace public, viendra ouvrir la voie à la mise en place concrètes de ces systèmes”, rappelle le chercheur Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS, dans son ouvrage À quoi sert la vidéosurveillance de l’espace public ?

 

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Résultat, se nombreuses villes font le choix de s’équiper de ce système. Pour quel résultat et quel prix ? A Saint-Denis, la ville est déjà équipée de 46 caméras déployées sur une grande partie de son territoire. Un choix totalement assumé par la municipalité. “Ce déploiement de caméras a des effets sur la délinquance”, explique Gérard François, élu à la sécurité à la mairie de Saint-Denis.

Il prend comme exemple la nuit d’Halloween. “On travaille sur le terrain avec la police municipale et nationale. Les caméras ont un effet dissuasif. En plus de nos caméras fixes, nous pouvons compter sur cinq caméras mobiles qui permettent de pacifier les zones”, précise-t-il.

 

Trente caméras supplémentaires déployées dans les prochains mois

 

Voie publique
Saint-Denis continue de déployer des caméras sur son territoire (photo LLY).

 

A écouter l’élu à la sécurité de Saint-Denis, les chiffres de la délinquance sont en baisse. “Elle est en recul de 14% en 2020 sur les violences et vols. Par contre, les chiffres sont en hausse sur les violences intrafamiliales”, poursuit-il. Sur ce dernier point, les caméras de vidéosurveillance ne peuvent pas grand chose…

 

Et on ne compte pas s’arrêter là à Saint-Denis. Dans les prochains mois, la municipalité devrait déployer plus d’une trentaine de caméras, couplées aux nouvelles caméras supplémentaires qui scruteront le futur téléphérique qui doit être mis en service d’ici la fin de l’année. “Près de trente pour surveiller”, ajoute Gérard Françoise. Quant aux nouvelles caméras, elles devraient être déployées sur Sainte-Clotilde ou encore la Bretagne.

 

Et dans les autres communes ? A la Plaine-des-Palmistes, pas moins de 26 caméras mises en service à la fin du mois de mars. Résultat, la commune est devenue “la plus (ou la mieux) surveillée de l’île”, expliquait-on dans le Journal de l’Ile du 11 mars dernier. Mais ce n’est pas tout, puisque 35 caméras doivent être installées sur Saint-Benoît, 41 sur Saint-André en plusieurs phases.

 

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Mais est-ce que de tels systèmes sont-il efficaces pour prévenir la délinquance ? Pour la mairie de Saint-Denis, c’est oui. En 2018, l’ancien maire Gilbert Annette expliquait que cet “outil” avait contribué à faire baisser la délinquance sur sa commune. En 2017, la commune expliquait que le système de vidéosurveillance avait permis de relever 2 000 infractions. En parallèle, les services judiciaires avaient utilisé 14 vidéos issues de la télésurveillance dans des affaires. Assez peu au regard du nombre de caméras déployées qui filment sous le regard des agents de la Ville.

 

Toujours à Saint-Denis, si l’on se penche sur les dernières statistiques issues de l’ancien Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, on constate une baisse sur certains types de délits entre 2016 et 2019. Les cambriolages sont en recul passant de 590 à 369, tout comme les vols à la roulotte qui passent de 961 à 395 actes commis (statistiques issues de la sûreté départementale).

 

“C’est compliqué”

 

Est-ce que le problème ne se déplace pas ailleurs ? Non à écouter la municipalité dionysienne qui précise que plusieurs endroits sensibles sont surveillés et ont permis de faire baisser la délinquance. Mais il reste encore des progrès à faire, notamment sur les “rodéos” sauvages qui se tiennent le week-end dans différents endroits de la commune. “C’est compliqué”, admet Gérard Françoise. Et la vidéosurveillance ne permet pas d’enrayer ce problème.

 

Il faut savoir que la vidéosurveillance a tendance à “déplacer la délinquance dans les zones limitrophes non équipées de caméras”, rappelait Le Monde dans un article. “Toutes les études anglo-saxonnes le démontrent”, assure l’expert Laurent Mucchielli. En 1995, une étude anglo-saxonne démontrait que que le nombre de vols à l’arraché et cambriolages avait “triplé dans la partie de l’agglomération non couverte par les caméras, après la mise en place de la vidéosurveillance.”

 

500 000 euros par an en moyenne

 

Quant au coût de ces dispositifs, le prix des caméras et du matériel équipant les centres de surveillance varie constamment. Difficile d’en donner plus qu’une estimation. Mais il faut compter en moyenne, on 2 500 euros par caméra auquel il faut ajouter le coût de fonctionnement d’un système de vidéosurveillance pour environ 500 000 euros par an.

A la Plaine-des-Palmistes, le coût du déploiement est d’environ 50 000 euros dont une grande partie dédiée au déploiement d’un réseau en fibre. “Un coût pris en charge en bonne partie par l’État.”

 

Julien Delarue

[email protected]



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