[Société] Dr Gaüzere : “Il faut étaler la courbe pour ne pas surcharger le service de réanimation, c’est le seul objectif”

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Que penser de la situation sanitaire actuelle à La Réunion, à l’heure où 80 nouveaux cas ont été comptabilisés hier, et 13 clusters sont toujours actifs ? Éléments de réponse avec le Dr Bernard-Alex Gaüzere, ancien chef du service de réanimation du CHU Nord et professeur de médecine tropicale. 

 

 

Le bilan épidémiologique Covid-19 du jour prouve que la situation est toujours préoccupante : 80 nouveaux cas en 24h, et 13 clusters toujours actifs ce mercredi 26 août à La Réunion. Ce n’est pas le Dr Bernard-Alex Gaüzere, professeur visiteur de médecine tropicale à l’Université de Bordeaux qui dira le contraire. “C’est alarmant, même très alarmant“, commente-t-il. Depuis le 11 août, date d’apparition du premier cluster sur l’île, 682 nouveaux cas de Covid ont été comptabilisés à La Réunion, dont une majorité d’autochtones. Le virus continue donc de circuler sur l’île. 

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Le taux de positivité des tests est lui aussi très parlant. Comme le fait remarquer le Dr Gaüzere, il a été multiplié par 5 en deux semaines. Il y a 15 jours, ce taux de positivité (proportion de résultats positifs au Covid parmi les personnes qui ont passé un test RT-PCR) était de 0,5% à La Réunion. La semaine dernière, il a grimpé à 1,8%, et aujourd’hui, il est de 2,5%, selon les chiffres avancés par Bernard-Alex Gaüzere. Si La Réunion n’est toujours pas dans le rouge au regard des seuils d’alerte fixés au niveau national, soit 5% de taux de positivité, le chiffre continue malgré tout à monter. “Si on trouve plus de personnes positives, ce n’est pas seulement parce qu’on teste davantage“, commente-t-il.

 

Le risque d’une saturation rapide du système 

 

Celui qui a aussi été chef du service de réanimation du CHU Nord précédemment est justement particulièrement inquiet concernant les capacités hospitalières de l’île. “On a déjà 10 patients Covid en réanimation. C’est le maximum qu’on a connu jusqu’à maintenant. En sachant qu’un patient reste parfois plusieurs semaines, si ça continue, avec un ou deux nouveaux patients par jour, on peut vite saturer le système. C’est l’étouffoir“, prévient-il. D’autant qu’il serait difficile, au vu de notre situation insulaire et de notre éloignement avec la métropole, de procéder à des évacuations sanitaires.

J’ai dirigé ce service depuis plusieurs années, et d’expérience, quand on n’a plus qu’un lit ou deux, c’est très compliqué“, souffle le médecin, non sans inquiétude.

 

Il faut étaler la courbe” 

 

Alors, que faire aujourd’hui pour freiner cette augmentation de cas effrénée ? Le professeur de médecine tropicale ne mâche pas ses mots : “On ne peut plus rien arrêter à ce stade. Il faut simplement étaler la courbe pour ne pas surcharger le service de réanimation, c’est le seul objectif, et encore plus ici parce qu’on est loin“. 

Dans nos colonnes il y a quelques jours, le directeur général du CHU de La Réunion Lionel Calenge, évoquait une capacité de 32 lits dans l’immédiat sur le site Nord, et qui pourrait monter à 36 lits rapidement. Si la situation venait à encore se dégrader, on pourrait alors aller jusqu’à 85 lits de réanimation, CHU Sud compris. “D’autres lits peuvent être mobilisés, mais ce serait alors au détriment d’autres activités“, précise quant à lui le Dr Gaüzere, qui souligne aussi que pour aller au-delà, il faudrait d’ailleurs du personnel formé, et il n’y en a pas dans l’immédiat. 

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Il semble donc primordial de redoubler de vigilance en cette période. Si, comme le concède Bernard-Alex Gaüzere le port du masque commence à être acquis, dans les commerces, dans les marchés, ou ailleurs où il est devenu obligatoire, c’est dans le privé qu’il s’agit de faire des efforts. Car si les rassemblements sont aujourd’hui limités sur la voie publique, beaucoup de fêtes, baptêmes, anniversaires, mariages, ou encore veillées mortuaires continuent à se tenir, réunissant dans des lieux confinés des nombres trop importants de personnes. Or, le risque de contamination est “20 fois plus élevé à l’intérieur qu’à l’extérieur“… 

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Le danger n’est pas à l’école 

 

Exception faite de l’école qui doit rester ouverte, tient à souligner l’ancien chef de réanimation. Car, comme l’ont déjà fait comprendre l’Union régionale des médecins libéraux et les pédiatres dans une lettre ouverte mardi, les contaminations d’enfant à enfant à l’école sont rares. “Il est beaucoup plus dangereux, par exemple, que les enfants aient des contacts avec leurs grands-parents, qu’avec d’autres enfants à l’école“, rappelle-t-il. 

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Les scientifiques s’accordent en effet à dire que les enfants, non seulement sont peu atteints, mais aussi le transmettent peu. “Quand un enfant a le virus, souvent, c’est une contamination par un adulte. (…) D’un point de vue scientifique, il n’y a pas de raison de fermer les écoles“. D’autant que le médecin n’oublie pas non plus le besoin de socialisation des marmailles, qui ne doit pas être négligé selon lui. 

L’enfant est précieux. Et on pense qu’il est fragile, mais ce n’est pas vrai pour cette maladie“, martèle-t-il. “Si comme le prévoit l’OMS cette pandémie dure deux ans, on ne peut pas fermer les écoles pendant tout ce temps, car cela posera des problèmes sociaux. Et s’ils ne vont pas à l’école, beaucoup iront chez leurs grands-parents, et là, ça peut être dangereux“. 

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