sept députés démissionnent du Labour pour dénoncer la complaisance de Jeremy Corbyn

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Ann Coffey, Angela Smith, Chris Leslie, Mike Gapes, Luciana Berger, Gavin Shuker and Chuka Umunna, à Londres, le 18 février 2019.
Ann Coffey, Angela Smith, Chris Leslie, Mike Gapes, Luciana Berger, Gavin Shuker and Chuka Umunna, à Londres, le 18 février 2019. Kirsty Wigglesworth / AP

Le Brexit a provoqué, lundi 18 février, sa première fissure dans le paysage des partis politiques britanniques. Sept députés travaillistes qui ont en commun leur hostilité à la sortie de l’Union européenne et au très à gauche chef du parti, Jeremy Corbyn, ont annoncé lors d’une conférence de presse leur démission du Labour. Pour l’instant, ils ne constituent pas un nouveau parti et siégeront aux Communes sous l’étiquette d’« indépendants ». Mais le parallèle est tentant avec la défection, le 26 mars 1981, de quatre anciens ministres travaillistes opposés à la ligne du Labour de l’époque : quitter la Communauté économique européenne, l’ancêtre de l’Union européenne.

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« Tout le monde peut constater la trahison du Labour sur le Brexit », a lancé Mike Gapes, l’un des démissionnaires, qui reproche à M. Corbyn de « faciliter » la sortie de l’UE. Une autre dissidente, la députée Luciana Berger, visée par des attaques antisémites pour avoir dénoncé la mollesse du parti à ce sujet, a assuré qu’elle avait « honte » de rester dans un parti « institutionnellement antisémite ». De son côté, Angela Smith a mis en avant ses origines populaires et dit en avoir assez d’être « traitée avec condescendance par des intellectuels de gauche convaincus qu’être pauvre et d’ascendance prolétaire revient à être touché par la grâce ».

Mais ils se rejoignent surtout pour estimer que le Brexit a rendu inopérant le système britannique où seuls deux partis dominent la vie politique. Partisans, comme plus de 80 % des adhérents, d’un second référendum destiné à remettre en cause le Brexit, ils ne se sentent pas représentés par Jeremy Corbyn. Centristes, certains sont aussi critiques à l’égard du programme de renationalisations du Labour.

« Il est temps de se débarrasser de ce fonctionnement politique dépassé et de créer une alternative », a affirmé Chuka Umunna

Un temps vu comme un chef possible du parti, l’europhile et ambitieux Chuka Umunna, 40 ans, apparaît comme le meneur des rebelles. Il estime que l’actuel système partisan « est devenu le problème » en plaçant les intérêts partisans « au-dessus de l’intérêt national ». Une allusion au refus de Theresa May comme de Jeremy Corbyn d’envisager une majorité transpartisane sur le Brexit par crainte de faire éclater leur organisation respective.

« Il est temps de se débarrasser de ce fonctionnement politique dépassé et de créer une alternative », ajoute M. Umunna en invitant d’autres élus à rejoindre les sept. Pour l’heure, le groupe, qui représente plusieurs régions d’Angleterre, n’est pas un parti et n’a pas l’intention de rejoindre les « LibDems », formation proeuropéenne en perte de vitesse.

Plusieurs des membres du « gang des sept », comme la presse britannique a commencé à les surnommer, sont dans le collimateur de Momentum, la faction pro-Corbyn du Labour. Ils vivent sous la menace d’une mise à l’écart pour les prochaines élections par les militants locaux en raison de leurs positions critiques vis-à-vis de la direction.

« Un jour désespérément triste »

Dès l’annonce de leur départ, ils ont reçu en ligne une volée de bois vert de la part d’ex-camarades. Sur Twitter, l’organisation Jeunes travaillistes a sèchement cité les paroles du « Red Flag », l’hymne du parti : « Bien que des lâches tressaillent et que des traîtres ricanent, nous défendrons le drapeau rouge. » Les sept dissidents veulent « ramener aux politiques du passé, aux programmes de privatisation, de réduction d’impôts pour les riches et de dérégulation pour les banques, a raillé Laura Parker, l’une des responsables de Momentum, faisant allusion au recentrage du New Labour de Tony Blair, au pouvoir entre 1997 et 2010, aujourd’hui impopulaire. Ils n’offrent aucune solution et n’ont aucun soutien dans l’opinion ».

Jeremy Corbyn s’est simplement déclaré « déçu ». Il a rappelé le succès électoral de son programme radical en 2017, oubliant qu’aujourd’hui, en dépit de l’impasse du Brexit, les tories de Theresa May font un meilleur score que le Labour dans les intentions de vote. « C’est un jour désespérément triste », a commenté le maire de Londres, Sadiq Khan, en précisant qu’il ne rejoindrait pas les rebelles. « Les partis divisés ne gagnent pas les élections », a pour sa part remarqué Dave Prentis, leader du syndicat Unison.

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Dès dimanche, à la BBC, John McDonnell, vétéran de la gauche du Labour et bras droit de Jeremy Corbyn, avait tenté de retenir les réfractaires en réactivant l’hypothèse d’un second référendum. Il avait surtout rappelé qu’en 1981, le schisme ayant conduit des députés Labour à fonder l’éphémère Parti social-démocrate (SDP) n’avait fait qu’affaiblir le mouvement et aidé Margaret Thatcher à se maintenir au pouvoir. Le SDP avait été créé par d’anciens ministres – ce que ne sont pas les sept actuels rebelles – et bénéficié d’un rapide financement par souscription. Le système électoral à un seul tour entrave l’élection de députés d’un troisième parti mais permet éventuellement à ce dernier de jouer les arbitres.

De ce point de vue, la dissidence ouverte au sein du Labour apparaît comme une relative bonne nouvelle pour Theresa May. Sauf si les proeuropéens du Parti conservateur – dont certains, comme Anna Soubry, militent déjà aux côtés de rebelles du Labour – rejoignaient ces derniers. Les divisions sur le Brexit menacent d’éclatement tant les tories que le Labour. Et sauf si la réaction légitimiste déclenchée au Labour par ce début de scission empêchait les députés travaillistes pro-Brexit de céder aux sirènes de la première ministre et de voter finalement en faveur de l’accord de divorce qu’elle a négocié avec l’UE.

Philippe Bernard (Londres, correspondant)



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