« Qui a perdu la Turquie ? La question risque de se poser aux Européens »

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Emmanuel Macron, Donald Trump, Angela Merkel et Recep Tayyip Erdogan (de gauche à droite), lors d’un sommet  de l’OTAN, à Watford (Royaume-Uni), le 4 décembre 2019.

Chronique. Ce fut une question lancinante, qui a hanté les experts de l’après-guerre froide : qui a perdu la Russie ? L’interrogation résumait les regrets des Occidentaux de n’avoir pas pu, ou pas su, arrimer la Russie postsoviétique à la communauté des démocraties, ni contenir les visées expansionnistes de son maître, Vladimir Poutine. A qui la faute ? Aurait-on pu s’y prendre autrement ?

La même question menace de se poser aux Européens, cette fois au sujet de la Turquie. De manière plus douloureuse encore car, contrairement à la Russie, la Turquie, dans ce qu’il reste d’ordre international, fait partie du bloc occidental ; elle est un membre important de l’OTAN, alliance militaire transatlantique de trente Etats, fondée et dominée par les Etats-Unis. Il a même été envisagé de l’intégrer à l’Union européenne. Politiquement, géographiquement et humainement, la Turquie est plus imbriquée dans l’Europe que ne l’est la Russie. La laisser dériver ou, dans le jargon géopolitique, la perdre, aurait donc des conséquences plus graves.

Des Européens désarmés

Ironiquement, ces deux leaders que l’on compare souvent, le Russe Vladimir Poutine et le Turc Recep Tayyip Erdogan, « le tsar et le sultan », reproduisent les mêmes défis – et les mêmes travers. Ils rêvent de reconstituer un empire perdu et conjuguent une fâcheuse tendance à réécrire l’histoire. Ils comptent sur leurs ambitions de reconquête à l’extérieur pour masquer des économies en difficulté à l’intérieur. Ils s’appuient sur les mêmes armes : le pouvoir personnel, sans cesse étendu, la religion et la force militaire. Des tactiques, somme toute, assez classiques, mais face auxquelles les Européens sont désarmés, pétris de règles, de droit et des leçons de l’histoire.

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Après avoir assisté en spectatrice aux interventions militaires russe, puis turque, en Syrie, l’Europe voit aujourd’hui un scénario similaire se répéter en Libye, livrée aux milices depuis 2011. Moscou et Ankara ont fini par y établir, en mai et juin, une sorte de condominium : à Tripoli, le gouvernement d’accord nationale (GAN) de Faïez Sarraj, reconnu par l’ONU, a repoussé l’offensive de son rival, le maréchal Khalifa Haftar, grâce à l’aide militaire de la Turquie, tandis qu’Haftar, renvoyé dans sa Cyrénaïque, dans la partie est de la Libye, s’y maintient grâce au soutien des Russes. Il est aussi soutenu par les Emirats arabes unis et l’Egypte, cette dernière menaçant d’intervenir à son tour si les forces du GAN poussent leur avantage jusqu’à attaquer la ville stratégique de Syrte.

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