Plongée dans les arcanes du programme chimique syrien

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Un homme porte le corps d’un enfant mort, après ce que les secouristes ont décrit comme une attaque au gaz présumée dans la ville de Khan Sheikhoun à Idlib, en Syrie, tenue par les rebelles, le 4 avril 2017.

Le voile qui a longtemps masqué le programme de fabrication d’armes chimiques du régime syrien, permettant à celui-ci d’échapper à ses engagements vis-à-vis de la communauté internationale dans ce domaine, commence à se déchirer. Lundi 19 octobre, deux ONG à la pointe de la lutte contre l’impunité dans le conflit syrien, Open Society Justice Initiative (OSJI) et Syrian Archive, ont remis à plusieurs organes d’enquête nationaux et internationaux un rapport d’une épaisseur et d’une précision inédites sur le fonctionnement de ce programme, qui a causé la mort de centaines de civils depuis 2011.

Ce document de 90 pages, dont Le Monde, le Washington Post, le Financial Times et la Süddeutsche Zeitung ont obtenu une copie exclusive, révèle comment les autorités de Damas se sont jouées de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), l’organe censé avoir démantelé l’arsenal chimique syrien.

Le rapport repose sur l’analyse de sources ouvertes, sur l’exploitation de données extraites d’un registre des Nations unies et surtout sur les témoignages d’une cinquantaine de fonctionnaires syriens ayant fait défection ces dernières années. La plupart étaient employés du Centre d’études et de recherches scientifiques (CERS), l’organisme d’Etat chargé du développement de l’armement conventionnel et non conventionnel syrien, ce qui donne à leur parole une valeur particulièrement précieuse.

Ces sources dépeignent l’architecture, jusque-là mal connue, de ce complexe militaro-industriel et décrivent les stratagèmes déployés par le pouvoir syrien pour égarer les limiers de l’OIAC et conserver une capacité offensive dans le domaine chimique : transfert d’une partie du stock d’armes et de substances létales dans les bases de la Garde républicaine, l’unité d’élite du régime ; traque, incarcération et, dans certains cas, élimination des employés jugés « douteux » ; et mise en place d’une filière secrète d’importation de produits entrant dans la composition d’agents neurotoxiques, comme le sarin.

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C’est cette substance qui avait été utilisée, une nuit d’août 2013, contre la Ghouta, la banlieue rebelle de Damas, conduisant à la mort par suffocation de 1 200 de ses habitants. L’indignation suscitée par cette attaque, violation obscène de la « ligne rouge » tracée par le président américain d’alors, Barack Obama, avait amené les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni à préparer des bombardements de représailles. Mais, en raison d’un arrangement de dernière minute entre Washington et Moscou, ce projet d’intervention militaire avait été suspendu.

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