New York – Le Mauricien

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— Je crois que Showkutally Soodhun avait raison ?

— Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Est-ce que tu aurais commencé à boire depuis le confinement ?

— Jamais de la vie. Je vois trop de soûlards autour de moi pour faire pareil comme eux.

— Tu dis que Soodhun avait raison ! Tu fumes du gandia, alors ?

— Hé toi, comment tu peux me dire ça, à moi, qui ne supporte même pas l’odeur de la fumée d’une cigarette !

— Mais comment tu peux dire que Soodhun avait raison ? ! Lui qui avait dit que les maisons des cités ne sont destinées qu’à une catégorie de Mauriciens, tu sais à quelle catégorie de Mauriciens il pensait !

— C’est pas sur cette déclaration qu’il avait raison.

— Tu ne vas pas me dire qu’il avait raison quand il avait dit que s’il avait un révolver il aurait tiré une balle sur Xavier-Luc, tout de même ?

— Jamais de la vie, toi. D’ailleurs, je me demande comment un quelqu’un qui a dit des choses pareilles peut être nommé ambassadeur de l’île Maurice à l’étranger !

— Et tu viens de me dire qu’il avait raison ? Je crois vrai même que ta tête n’est pas bonne.

— Attends un peu, don. Je dis qu’il avait raison de déclarer que Maurice allait devenir comme New York.

— Maurice devenir comme New York ? ! Je crois que, comme dit le ministre de la Santé, ton coco est piqué !

— Je voulais dire un petit New York dans le domaine des vols et des trafics en tous genres.

— Ah ça, oui, tu as raison : en termes de criminalité on est arrivé bien loin. Tu as vu tous ces scandales autour de l’achat des équipements médicaux pendant le lockdown sanitaire ?

— Oui, toi. On a acheté des équipements pour des millions en devises étrangères et payés d’avance. Et le gouvernement te dit que tous les règlements ont été respectés !

— Tu connais un règlement qui dit que des médicaments peuvent être importés par des quincailleries, toi ! ? Mais il n’y a pas qu’au gouvernement que ça se passe. Comme dit mon garçon, qui a la bouche sale : on casse le q partout à Maurice, toi.

— Il a raison. On détourne de l’argent même dans les banques et par millions.

— Tu veux parler de ce businessman indien qui a réussi à obtenir des millions de nos plus grosses banques et qui a déclaré faillite ?

— Il n’y a pas que ça. On m’a parlé d’un autre homme d’affaires dans l’offshore dont on a piraté des dizaines de millions de son compte en banque !

— Toi, tu es en train de parler des gros paltot qui ont beaucoup d’argent, mais il y a aussi des petits marchands qui se font dépouiller. Tu as entendu parler de ce monsieur qui a perdu Rs 400 000 du jour au lendemain, la semaine dernière ?

— Non, qu’est-ce qui s’est passé comme ça ?

— C’est un retraité qui a perdu son portefeuille avec toutes ses cartes de banque dimanche après-midi.

— J’espère qu’il a téléphoné tout de suite à sa banque pour faire bloquer ses cartes ?

— Non, toi. Il a dit qu’il allait le faire le lendemain matin. Mais quand il est arrivé à la banque, on avait fini de tirer Rs 400 000 de son compte depuis la veille, toi. Le compte était propre : toutes les économies envolées !

— Même dans les familles les gens se volent entre eux. Tu as lu l’histoire de cette vieille personne qui a ouvert un joint account avec son neveu parce que ce dernier voulait lui donner un peu d’argent tous les mois ?

— Au moins ça, c’est sympa. Je ne connais pas beaucoup de neveux qui feraient ça pour leur tante, même dans ma propre famille.

— Attends un coup. Les deux premiers mois, le neveu a effectivement versé de l’argent sur le compte. Mais le troisième mois il a tiré tout l’argent qu’il y avait, y compris les Rs 100 000 d’économies de sa tante.

— C’est pas possible toi : sa propre tante. Tu as entendu parler de ce mariage annulé ?

— Quoi ? Ne me dis pas qu’on a volé les alliances des mariés ?

— Non, mais la dame qui devait organiser le mariage, la wedding planner comme on dit, a disparu dans la nature. Avec l’argent que les futurs mariés lui avaient payé d’avance pour organiser la noce dans un campement.

— Mais c’est pas possible, toi ! Ce matin encore en ouvrant le journal j’ai découvert qu’il y avait un frère et une sœur qui faisaient des vols à l’arraché à Beau-Bassin.

— Qu’est-ce que c’est que des vols à l’arraché ?

— D’après ce que j’ai compris : c’est deux personnes qui roulent à motocyclette et celle qui est derrière arrache les sacs, les portefeuilles ou les chaînes des passants et les deux se sauvent.

— Un frère et une sœur : on vole en famille maintenant ! On n’est plus en sécurité aucune part à Maurice : ni dans les banques, ni dans sa maison, ni dans la rue.

— Oui, toi. On a développé la criminalité plus vite que l’économie.

— Bien que ça me fait mal au coeur de le dire, je suis obligé d’être d’accord avec lui.

— Avec kisenla la ?

— Mais avec Soodhun, toi : au niveau criminalité, Maurice est en train de devenir un petit New York !





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Le Mauricien

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