Londres honore Noor Inayat Khan, héroïne musulmane de la seconde guerre mondiale

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Noor Inayat Khan jouant de la vînâ.

LETTRE DE LONDRES

A deux pas de l’University College London, le Gordon Square fait partie de ces carrés de verdure londoniens où l’on passerait bien la matinée à lire un bon roman, à peine gêné par les passants et les écureuils. Ce jardin se situe au cœur de Bloomsbury, entre la British Library et le British Museum, où naquit un des mouvements intellectuels les plus prolifiques du début du XXe siècle au Royaume-Uni.

Noyau du groupe, les enfants Stephen – la peintre Vanessa (future Vanessa Bell), sa sœur Virginia (future Woolf), leurs frères Thoby et Adrian – déménagèrent au 46 Gordon Square en 1904. L’économiste John Maynard Keynes vécut ultérieurement à la même adresse. L’écrivain Lytton Strachey habitait à deux pas, au 51 de la même rue. Des plaques bleues fixées aux élégantes façades victoriennes du quartier rappellent la mémoire de ces illustres personnages.

Le 28 août dernier, l’English Heritage Trust, qui gère ces « plaques bleues » emblématiques, (en plus de 400 sites historiques au Royaume-Uni, dont Stonehenge ou des pans entiers du mur d’Adrien), en a inauguré une nouvelle dans le quartier, au 4 Taviton Street. Une plaque un peu particulière : elle est la première du genre à honorer la mémoire d’une femme musulmane d’origine indienne et une des très rares femmes à avoir été envoyée en mission par le SOE (Special Operations Executive), service secret mis en place par Winston Churchill au début du second conflit mondial.

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Noor Inayat Khan vécut à cette adresse entre 1942 et 1943. « Nom de code : Madeleine », précise la plaque commémorative. La jeune femme était parfaitement francophone, elle fut envoyée en France occupée en 1943 comme agente radio pour soutenir les réseaux de la résistance hexagonale, une mission follement périlleuse. Elle la mena à bien, avec une exceptionnelle bravoure, mais fut trahie, emprisonnée, torturée par la Gestapo et finalement assassinée au camp de Dachau, en septembre 1944.

« A jamais dans nos cœurs »

« Son dernier mot fut “Liberté” », relève l’inscription gravée sous son buste en bronze qu’on découvre dans un coin ombragé du Gordon Square. Erigée il y a une dizaine d’années, la statue contemple le parc de ses yeux immenses, un sourire à peine esquissé aux lèvres. « Noor vivait tout près et a passé des moments paisibles dans ce jardin », peut-on encore lire sur son piédestal. A ses pieds, une couronne de coquelicots (l’offrande classique aux héros de guerre britanniques), un message plastifié à la signature en partie effacée : « Rien ne vous obligeait à le faire mais vous l’avez fait pour la liberté des autres. A jamais dans nos cœurs. » Et un cliché en noir et blanc : on devine Noor, en sari, en train de jouer de la cithare.

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