les Azerbaïdjanais s’inquiètent du retour des Russes

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Des forces de maintien de la paix russes sur la route de Chouchi, au Haut-Karabakh, le 17 novembre.

Mardi 10 novembre. Les rues de Bakou bouillonnent d’euphorie, de chants, de danses et de cris. La joie unanime d’avoir triomphé de l’ennemi arménien. Assis au fond d’un restaurant vide du centre-ville, Amin semble être le seul à ne pas partager les sentiments de ses compatriotes. « Les Russes ont escamoté notre victoire. C’est comme si nous revenions un siècle en arrière : une puissance impérialiste, qui nous a toujours imposé ses intérêts, redéploie ses soldats sur notre territoire pour cinq, dix ans et probablement davantage, alors que nous avions tant œuvré pour nous débarrasser de leur influence », fulmine Amin, qui refuse de donner son vrai nom parce qu’il travaille dans la sphère diplomatique. Seul avec son dépit, il prédit « qu’une fois la poussière retombée, beaucoup vont déchanter ».

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La veille au soir, un accord tripartite en neuf points, signé par le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et le président russe, Vladimir Poutine, ordonnait la cessation immédiate des combats et le déploiement d’une force d’interposition. Soit 2 000 soldats russes, chargés d’assurer la sécurité des civils arméniens sur un périmètre du Haut-Karabakh rétréci par l’avancée azerbaïdjanaise. Pour cinq ans minimum. Juste avant la signature de l’accord, l’armée azerbaïdjanaise avait abattu un hélicoptère militaire russe volant de nuit à basse altitude vers la région du Nakhitchevan (loin de la zone des combats), tuant les deux pilotes. Un incident militaire grave et très peu commenté par les officiels, Bakou s’en étant tenu à des excuses pour avoir abattu « par erreur » l’appareil russe.

« Poutine, rentre chez toi »

Les jours qui suivirent virent un déferlement d’images de tanks, d’hélicoptères, de camions et de blindés légers, pavillon russe au vent, roulant vers le Haut-Karabakh, ce territoire azerbaïdjanais que le président Aliev avait maintes fois, au cours de la campagne militaire, promis de reconquérir. Un déploiement effectué en dépit de la Constitution azerbaïdjanaise, qui interdit la présence de troupes étrangères sur le sol national.

Comme le prédisait Amin, l’étendard russe a fait grincer des dents. Le 17 novembre, une manifestation antirusse s’est déroulée sur l’allée des Martyrs, lieu hautement symbolique où sont enterrés les héros tombés au champ d’honneur. « Poutine, rentre chez toi », « Nous ne voulons pas des Russes sur notre territoire » et autres slogans hostiles à la Russie étaient scandés par la foule, ponctués par « Turquie, viens nous aider ! » et l’agitation de drapeaux azerbaïdjanais et turcs. Présente, la police a observé passivement le défilé. Preuve que, si la manifestation n’était pas encouragée par les autorités, elle était au moins autorisée. Le régime autoritaire du président Aliev n’autorise aucune dissidence, en particulier sur ce qui touche au Karabakh.

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