« Le terroriste de Christchurch s’inspire du courant nativiste anglo-saxon »

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Dans le manifeste qu’il signe pour expliquer son geste, l’auteur de l’attentat contre des musulmans en Nouvelle-Zélande se montre avant tout imprégné d’idées venant de sources anglo-saxonnes, et moins des thèses de l’écrivain français Renaud Camus, estime l’historien et politiste Stéphane François.

Publié aujourd’hui à 06h02 Temps de Lecture 6 min.

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Mémorial pour les victimes de la tuerie de Christchurch, le 17 mars.
Mémorial pour les victimes de la tuerie de Christchurch, le 17 mars. TESSA BURROWS / AFP

Le 15 mars 2019, un terroriste d’extrême droite a commis un terrible attentat à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui a fait 50 morts et une vingtaine de blessés graves, ciblant des musulmans lors de la prière. À cette horreur, s’en ajoute une seconde : l’attentat a été filmé par une caméra GoPro diffusant en direct l’attentat sur Facebook. L’objectif était à la fois de provoquer la peur dans les populations arabo-musulmanes et de montrer aux Européens et aux descendants d’Européens comment se défendre comme la supposée invasion des populations arabo-musulmanes. L’auteur est un Australien de 28 ans, Brenton Tarrant. Son profil se dessine dans son manifeste, intitulé « The Great Replacement » (« Le Grand remplacement »), mis en ligne juste avant l’attentat, en fait un plaidoyer contre le « génocide blanc ». Ce texte, court, est composé de poèmes et de questions-réponses.

Bien que son titre reprenne une formule popularisée par l’écrivain Renaud Camus, ce manifeste s’inscrit en réalité dans l’héritage du courant nativiste anglo-saxon promouvant à la fin du XIXe et au début du XXe siècles la nécessité de favoriser les populations blanches. L’auteur insiste en effet sur la faible natalité des populations d’origine européenne par rapport à la fécondité des populations arabo-musulmanes. Seulement, contrairement aux nativistes qui souhaitaient promouvoir les peuples dits nordiques, Brenton Tarrant défend le « peuple européen », assimilé à la « race blanche ». Il revient plusieurs fois sur cette question dans son manifeste.

Brenton Tarrant se dit fier de ses origines européennes (écossaise, anglaise et irlandaise) et se considère comme un Européen vivant en Australie, reprenant à son compte la théorie de la « désinstallation », c’est-à-dire la capacité des Européens de reproduire sur d’autres continents la civilisation européenne. Son leitmotiv, à en croire son manifeste, serait de défendre la pureté génétique de son peuple.

Ethnonationaliste

Il se présente d’ailleurs dans ce texte comme un « ethnonationaliste », un « nationaliste blanc », sans donner de références explicites. Il reprend ainsi à son compte la célèbre phrase de David Lane (dite de « quatorze mots » – « fourteen words »), un néonazi américain mort en 2007, sur la nécessité de préserver l’existence de la « race blanche » et donner un futur aux enfants américains blancs. Mais, contrairement à David Lane et à certains théoriciens de l’Alt-Right actifs aujourd’hui, Brenton Tarrant ne considère pas que les Juifs et le judaïsme soient à l’origine de ce « génocide blanc », en représailles à l’échec de leur extermination par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Au contraire, il dit dans son manifeste qu’il n’a rien contre le judaïsme, mais pour relativiser aussitôt son propos en affirmant qu’il ne haït pas les juifs tant que ceux-ci ne sont pas hostiles aux Européens… L’ambiguïté reste donc de mise.



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