L’Arabie saoudite bloquée par l’équation du Yémen du Sud

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Un membre des forces houthistes, à Sanaa, le 2 avril 2020.
Un membre des forces houthistes, à Sanaa, le 2 avril 2020. Mohamed Al-Sayaghi / REUTERS

L’Arabie saoudite veut se dépêtrer du conflit au Yémen. Mais, du Nord au Sud, la myriade de conflits et de lignes de front qui serpentent sur la carte politique et militaire du pays, toujours plus fragmenté après cinq années de guerre, lui rend la tâche presque impossible. Plusieurs semaines après la déclaration d’un cessez-le-feu unilatéral par Riyad, l’effort saoudien pour trouver une sortie honorable du bourbier yéménite prend l’eau de toute part.

Dans le Nord, les rebelles houthistes qui contrôlent Sanaa, la capitale, les ignorent et poursuivent leurs offensives. Dans le Sud, autour d’Aden, les tensions sont montées d’un cran après la déclaration d’autodétermination, fin avril, du Conseil de transition (STC). Cette entité entretient le projet d’un Etat indépendant ou au moins d’un territoire autonome dans les frontières qu’occupait, avant l’unification du pays, en 1990, la République démocratique populaire du Yémen. Si les sudistes font formellement partie du front emmené par l’Arabie saoudite contre les rebelles houthistes, ils s’opposent au président yéménite, Abdrabbo Mansour Hadi, réfugié à Riyad.

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Sur le terrain, à Aden et dans les provinces avoisinantes, les déclarations du STC, qui a annoncé, en plus de l’autodétermination, l’état d’urgence, n’ont pas changé la donne. Le rapport de force y était déjà favorable aux indépendantistes sur le plan sécuritaire et le STC n’a pas pris le contrôle d’institutions-clés, malgré les mouvements de troupes près de la banque centrale, à Aden.

Toutefois, ces nouvelles tensions au sein du camp anti-houthiste sont un fardeau supplémentaire pour Riyad, dont les efforts diplomatiques sur la scène yéménite paraissent voués à l’échec. En novembre, après les affrontements qui avaient opposé, au cours de l’été, les partisans du gouvernement Hadi et le STC, l’Arabie saoudite avait obtenu au forceps un arrangement entre les deux parties, l’accord de Riyad. Imprécis et trop ambitieux, le pacte censé organiser le partage du pouvoir avec les sudistes est resté pour l’essentiel lettre morte.

Frustration des marginalisés

« La déclaration des sudistes est avant tout symbolique. Elle vise à rappeler aux Saoudiens qu’ils ne peuvent pas gérer le Sud sans prendre en compte les intérêts du STC et forcer Hadi à des concessions », explique Thanos Petouris, spécialiste du Yémen du Sud et chercheur à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres. Les sudistes peuvent, à cette fin, mettre en avant d’indéniables atouts, notamment l’impopularité du gouvernement officiel à Aden et aux alentours et le soutien populaire dont ils y bénéficient. Leur déclaration d’autodétermination est intervenue après des inondations torrentielles face auxquelles les habitants de la ville du Sud se sont trouvés à nouveau livrés à eux-mêmes, dans leur capitale déchue.

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