la pandémie de Covid-19, révélateur d’une misère sociale invisible

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L’association « La Caravane de solidarité » soutenue par Médecins sans frontières, lors d’une distribution de nourriture à Genève, le 2 mai.
L’association « La Caravane de solidarité » soutenue par Médecins sans frontières, lors d’une distribution de nourriture à Genève, le 2 mai. NORA TEYLOUNI / MSF

Jamais Genève, l’une des dix villes les plus riches au monde, n’avait imaginé accueillir une telle distribution de vivres. Une file, longue d’un kilomètre, soit près de 2 200 personnes, s’est formée samedi 2 mai aux abords de la patinoire des Vernets, en plein centre-ville. Au bout de trois heures d’attente, le Graal : des sacs qui contiennent des denrées alimentaires essentielles, riz, pâtes, huile, deux boîtes de sauce tomate et des produits d’hygiène courants, offerts par des particuliers et distribués par les bénévoles de l’association de La Caravane de la solidarité. Leur valeur n’excède pas 20 francs (19 euros). « C’est dire le dénuement de ces personnes, s’alarme un volontaire. On n’a jamais vu ça depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »

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Depuis le début du semi-confinement à la mi-mars en Suisse – fondé sur la discipline individuelle plutôt que sur des mesures coercitives –, les associations ont observé la vague des besoins humanitaires monter. Rien qu’à Genève, La Caravane de la solidarité a offert 150 sacs de vivres lors de la première distribution début avril. Puis 800, et enfin près de 1 300. Les Colis du cœur, qui distribuent des bons alimentaires, comptabilisent plus de 7 000 bénéficiaires, contre 4 000 au début de la crise. Genève n’est pas la seule à observer cette augmentation. A Lausanne, dans le canton de Vaud voisin, la soupe populaire distribuait chaque jour 250 repas jusqu’en décembre 2019. Elle en sert désormais près de 900 quotidiennement.

« Travailleurs invisibles »

Les récipiendaires sont ces milliers d’« invisibles », sans-papiers le plus souvent, ou travailleurs précaires, qui exerçaient dans la restauration, sur les chantiers, comme nounous ou comme femmes de ménage. La crise du Covid-19 les a laissés sur le carreau : sans travail, sans ressource et souvent sans soins, en pleine pandémie, et confinés dans des logements surpeuplés. « Ces 2 000 personnes ne sont que la pointe de l’iceberg », estime la députée Ada Marra, vice-présidente du Parti ­socialiste. A Genève, les sans-papiers – majoritairement des femmes philippines et latino-américaines – seraient près de 10 000. A l’échelle de la Suisse, « les chiffres parlent de 100 000 à 300 000 sans-papiers exclus des systèmes d’aide sociale », selon Mme Marra.

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Le malaise est tel que pour cette nouvelle distribution d’aide, plusieurs associations et ONG se sont jointes à l’opération. Médecins sans frontières (MSF) Suisse, rompue aux situations épidémiques avec Ebola en République démocratique du Congo, a ainsi dépêché ses logisticiens pour organiser la collecte dans de bonnes conditions sanitaires. Le réseau des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a proposé des tests de coronavirus aux personnes symptomatiques – tous négatifs – et une prise en charge médicale pour des maladies chroniques et plus bénignes. Les services sociaux et la maire de la ville de Genève avaient aussi fait le déplacement pour prendre la mesure du problème. En février, la ville avait permis la régularisation de 2 390 sans-papiers.

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