« La crise due au Covid-19 a souligné nos hypocrisies »

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Publié aujourd’hui à 06h00

Les villes-monde après le Covid

Partout dans le monde, les maires ont été en première ligne dans la gestion de la pandémie due au nouveau coronavirus. Les principaux foyers infectieux se sont concentrés dans les métropoles, et plus ces métropoles étaient attractives et connectées, plus elles ont souffert – « L’épidémie a clairement profité des forces de la mondialisation urbaine pour se développer », écrivait le géographe Michel Lussault dans nos colonnes. Comment les édiles ont-ils vécu cette crise inédite ? Comment articulent-ils ses premiers enseignements avec les politiques urbaines qu’ils avaient mises en œuvre, notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique ? Nos correspondants ont interrogé, dans le monde entier, quatorze maires ou gouverneurs (Barcelone, San Francisco, Kigali, Manchester, Séoul, Florence, Abidjan, Montréal, Budapest, Bogota, Bangkok, Tokyo, Madrid et Mexico). Leurs entretiens, que nous publions du 14 au 21 juin, témoignent de la vulnérabilité des métropoles mais aussi des ressources qu’elles sont capables de mobiliser pour répondre aux crises sanitaire, climatique et démocratique.

Andy Burnham, 50 ans, est le maire depuis 2017 du « Greater Manchester », deuxième agglomération du Royaume-Uni, avec 2,8 millions d’habitants. Membre du parti travailliste, il a été ministre de la santé dans les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown. Il a fait entendre une voix singulière depuis le début de la pandémie, réclamant une politique sanitaire différenciée dans une Angleterre encore très centrée autour de Londres.

Andy Burnham, le maire de Manchester, le 2 septembre 2019.

Comment avez-vous réagi quand l’épidémie a atteint Manchester ?

J’ai commencé par établir un « comité covid » municipal : nous avons rassemblé tous les responsables des services publics et des milieux des affaires, pour faire face ensemble, en une communauté unie. Si je dois retenir les bonnes choses que nous avons réussi à faire ensemble, je retiendrai notre décision de nous procurer nous-mêmes des équipements de protection (masques, gants, etc.), au travers de nos propres appels d’offres, pas ceux du schéma national d’achat. Nous nous sommes procuré plus de 20 millions d’équipements en tout, même si nous avons, nous aussi, subi des pénuries, comme au niveau national. Nous avons aussi mis en place un système d’aide mutuelle : en Angleterre, le système hospitalier est très centralisé, mais il est séparé de celui des maisons de retraites. Là, le premier a fourni des équipements de protection au second.

« Nous essayons maintenant de trouver des solutions de long terme pour les sans-abri »

Nous avons par ailleurs créé un système d’alerte pour mieux soutenir les maisons de retraite. Il existe déjà pour les hôpitaux – quand il est noir, par exemple, cela signifie qu’ils sont saturés et ne peuvent admettre de nouveaux patients. Nous avons appliqué le principe aux maisons de retraite pour identifier plus rapidement leurs besoins. Enfin, nous avons pris la décision immédiate de fournir des chambres individuelles aux sans-abri [nombreux dans l’agglomération]. Nous avions déjà lancé un programme pour leur trouver des logements avant la pandémie, mais la plupart étaient partagés, ce n’était plus approprié. Nous avons donc négocié avec les hôtels, ou les propriétaires d’appartements vides, et réussi à en reloger 1 850 en tout, ce qui est considérable. Nous essayons maintenant de trouver des solutions de long terme, pour que ces gens ne retournent pas dans la rue.

Art de rue à Manchester, le 3 juin 2020.
Des enfants de la Seymour Road Academy participent à un programme d’éducation dirigé par l’ancien soldat Mike Hamilton lors de l’épidémie de coronavirus à Manchester, le mercredi 20 mai 2020.

Le Royaume-Uni a l’un des bilans les plus lourds du monde, avec près de 41 000 décès officiels du Covid. Comment avez-vous agi pour protéger, notamment, les travailleurs essentiels, ceux qui étaient obligés d’aller au travail ?

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