[Faits Divers] Le calvaire des victimes du prédateur sexuel : “J’ai toujours peur”

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Saint-Denis. Hier, les premières victimes ont témoigné lors du procès en appel de Lahadji Mouridi. Reconnu coupable en 2017 et condamné à 17 ans de réclusion criminelle, il est rejugé pour une série de viols et d’agressions sexuelles sur 14 victimes, commis entre 2007 et 2016 à Saint-Pierre.

Les témoignages font froid dans le dos. Pendant des années, l’ex-footballeur de 38 ans a sévi dans les alentours de Saint-Pierre. À partir de 2007, le pervers a agressé sexuellement et violé des fillettes et adolescentes dans l’entourage de ses compagnes, avant de passer à l’action hors du cercle proche, en se rendant au domicile de ses victimes et en capturant des photos des parties intimes de jeunes femmes.

En 2016, une enquête est ouverte suite au viol de Isabelle* et va conduire à son arrestation. Cette année-là, dans la nuit du 7 au 8 octobre, Lahadji Mouridi s’introduit dans la maison de la victime, à Saint-Pierre. “Je dormais dans le salon quand j’ai entendu des bruits. J’ai vu un homme, chez moi, en train de fermer les rideaux”, témoigne, très émue, la jeune femme devant la cour d’assises. L’accusé reste calme, stoïque.

J’ai essayé d’attraper mon téléphone mais il me l’a pris et m’a plaquée contre le mur“, poursuit-elle. L’homme lui impose à plusieurs reprises des rapports sexuels tout en filmant la scène avec son portable. “Il m’a dit de fermer ma bouche. J’avais des flashs tout le temps dans les yeux. Il fallait que je gémisse. Ça a duré un certain moment.

 

“Il maîtrisait les lieux”

Il lui demande ensuite de se doucher et se laver les dents pendant qu’il nettoie la maison. ”Il est venu vérifier si j’utilisais bien du savon. Il a d’abord utilisé du liquide vaisselle pour nettoyer les poignées. Puis il a trouvé un bidon de javel et en a mis partout. Il me répétait souvent, ‘si t’appelle la loi, je rentre dans la maison pour te tuer’. Il paraissait très calme, il maîtrisait les lieux et semblait sûr de lui.” 

Son calvaire ne s’arrête pas là. Il lui fait croire que plusieurs amis attendent derrière la porte et fait semblant d’échanger avec eux en créole. ”Il me disait qu’après lui, ça serait leur tour”. Le prédateur lui apprend qu’il l’observait depuis des mois et raconte des détails de sa vie intime. ”Il m’a dit qu’il me suivait quand j’étais avec ma famille venue de métropole en vacances.” 

À ce moment, des flashbacks lui reviennent. Les semaines précédentes, des sous-vêtements ont disparu de l’étendoir. Une corbeille à linge s’est aussi volatilisée. Lahadji Mouridi a même volé son portefeuille un jour et l’a restitué à son père, qui lui a donné un billet de 50 euros pour le remercier. ”Je n’arrive pas à tourner la page. C’est toujours là. Je regarde partout, j’ai toujours peurlâche Isabelle en sanglots. Détruite, Isabelle rentre en métropole, quittant une vie stable, le temps de la cavale du prédateur.

 

 

Il insulte la partie civile

Le 9 mars 2017, les policiers interpellent le fuyard. Les enquêteurs trouvent plus de 57 000 fichiers pornographiques et des photos de ses victimes dans des clés USB, téléphones et un disque dur qui traînent dans son véhicule et à son domicile. “J’ai trouvé ces photos dans une carte SD par terre”, se justifie-t-il, faisant référence aux clichés de joueuses de rugby dans les douches des vestiaires, prises à travers la bouche d’aération. ”Voisine de xx”, ”soeur de xx”, les fichiers sont triés méthodiquement. C’est à partir de ces données que les enquêteurs tirent les fils de la bobine et arrivent à identifier plus de 15 victimes sur l’île.

Comme lors de son procès en première instance, le pervers a reconnu hier une seule partie des faits.  Il se dit victime d’un coup monté et accuse une des jeunes victimes d’avoir trifouillé dans son ordinateur. Il assure que Isabelle et plusieurs victimes étaient consentantes : ”Les actes que j’ai faits, je les assume. Je ne peux pas assumer ce que je n’ai pas fait. Je reconnais avoir fait du mal”, lâche-t-il calmement. 

Il faut l’intervention de maître Hoarau, de la partie civile, pour faire sortir l’accusé de ses gonds. Lorsque ce dernier lui demande quel sentiment ça lui ferait de savoir qu’un obsédé sexuel garderait des photos de ses proches, il explose. ”Pédé, enculé”, insulte le trentenaire dans un accès de colère. “J’en ai rien à foutre, donnez-moi ma peine“, poursuit-il avant de se refermer.

Le procès se poursuit aujourd’hui avec l’intervention d’experts et l’étude de la personnalité de l’accusé. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

 

 

Benoit Donnadieu 

 

(*) Le prénom de la victime a été modifié.  



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