En Pologne, cinquième jour de mobilisation des femmes pour le droit à l’avortement

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Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre une décision limitant un peu plus l’accès à l’IVG, dans le centre de Varsovie, le 26 octobre.

A 16 heures, lundi 26 octobre, l’avenue de Jérusalem, la principale artère de Varsovie, s’est transformée en un immense embouteillage et un concert continu de klaxons. Les tramways et les bus se sont empilés à vide sur plusieurs centaines de mètres, pendant que chaque rond-point et croisement majeur de la ville ont vu se former des rassemblements allant d’une poignée à plusieurs milliers de personnes. Le début d’une soirée chaotique qui se finira tard dans la nuit, non sans importantes tensions.

Pour la cinquième journée consécutive, la Pologne vit au rythme de la colère des femmes, après que le Tribunal constitutionnel, étroitement contrôlé par le pouvoir national-conservateur du PiS (Droit et Justice), a déclaré l’avortement pour raison de malformation du fœtus, même « grave et irréversible », comme inconstitutionnel, délégalisant de fait l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans le pays. Une colère qui a pris ces derniers jours, en dépit des restrictions sanitaires liées à la pandémie due au coronavirus, des proportions et un caractère sans précédent.

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Ce lundi, l’heure est au blocage de la ville par tous les moyens : en voiture, en vélo, assis ou allongé sur un passage piéton, au rythme des tambours et noyé dans des fumigènes rouges. A l’image de la capitale, c’est tout le pays qui se retrouve ainsi paralysé. Car le mot d’ordre est national, sans ambiguïté, amplement relayé sur les réseaux sociaux et dans les milieux féministes : « C’est la guerre. » Le programme est tout aussi clair : mercredi, grève générale, vendredi, manifestation dans la capitale de femmes venues de tout le pays.

La foule est majoritairement jeune et scande des slogans anticléricaux et antigouvernementaux particulièrement violents. « Notre violence et notre vulgarité sont assumées et à la hauteur du cauchemar que nous réserve l’avenir », s’indigne Karolina Wozniak, une étudiante de 24 ans. Sur son masque et son visage sont dessinés des éclairs rouges, devenus symbole de cette colère. Des graffitis sont apparus en nombre sur les murs et les trottoirs de la ville. Les éclairs rouges et les slogans féministes s’inscrivent dans le paysage, les vêtements, les affiches, aux fenêtres des appartements et des voitures.

Des manifestants bloquent la circulation et agitent un drapeau siglé d’un éclair rouge, devenu le symbole de la colère des femmes, à Varsovie, le 26 octobre.

Guerre culturelle

« J’ai rêvé que je tombais enceinte en Pologne. C’était un cauchemar », peut-on lire sur une des nombreuses banderoles. « Je pense, je ressens, je décide » ; « Liberté, égalité, droit d’avorter » ; « Le PiS et l’Eglise ont du sang sur les mains ». La foule se rassemble et se dirige vers le Tribunal constitutionnel, une institution dont la légitimité est contestée par l’écrasante majorité des juristes. « Je suis là parce que je pense à ma fille, affirme Katarzyna Golaszewska, 49 ans. Je suis catholique et pour le choix en conscience dans les cas les plus drastiques. Nous sommes en Europe, au XXIe siècle. Nous voulons juste vivre comme des Européennes normales. »

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