Des diplomates birmans pro-junte s’emparent de l’ambassade à Londres

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Lors d’une manifestation à Rangoun, en Birmanie, le 7 avril.

Le ministre des affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a dénoncé, jeudi 8 avril, l’« intimidation » de la junte birmane au lendemain de sa prise de contrôle de l’ambassade de Birmanie à Londres. Il a réitéré son appel à la fin des « violences épouvantables » en Birmanie et à « un rétablissement rapide de la démocratie », après le coup d’Etat militaire du 1er février.

Des diplomates proches de la junte se sont emparés du bâtiment et en refusent l’accès à l’ambassadeur birman Kyaw Zawar Minn, soutien d’Aung San Suu Kyi. L’attaché militaire a pris la direction de la représentation, a relevé Kyaw Zwar Minn dénonçant « une sorte de coup d’Etat », dans un contexte diplomatique très tendu.

Le Royaume-Uni a déjà sanctionné plusieurs responsables de la junte, notamment le commandant en chef de l’armée, Min Aung Hlaing, pour leur rôle dans le coup d’Etat militaire, ainsi que des conglomérats liés aux militaires.

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En Birmanie, douze personnes ont été tuées mercredi, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). L’ONG recense quelque 600 civils – dont une cinquantaine d’enfants et d’adolescents – abattus depuis le coup d’Etat.

Le bilan pourrait être plus lourd : plus de 2 800 personnes ont été arrêtées. Beaucoup, sans accès à leurs proches ou à un avocat, sont portées disparues.

Et la traque judiciaire se poursuit. Quelque 120 célébrités du pays – chanteurs, mannequins, journalistes – sont visées par un mandat d’arrêt, accusées d’avoir diffusé des informations susceptibles de provoquer des mutineries dans les forces armées.

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Chaussures et fleurs jaunes

Parmi ces célébrités, Paing Takhon, mannequin, acteur et chanteur très célèbre en Birmanie et en Thaïlande voisine. Le jeune homme de 24 ans a été interpellé, jeudi matin, au domicile de sa mère à Rangoun « par une cinquantaine de policiers et de militaires et placé en détention », a écrit sa sœur aînée sur Facebook. Mercredi, dans un de ses derniers messages sur Internet, il avait déclaré « ne pas être en bonne santé depuis de nombreux jours ».

« J’ai le cœur brisé », « Rendez-nous notre héros » : les condamnations ont fleuri sur le Web, où Paing Takhon était suivi par un million de fans, avant que ses pages Facebook et Instagram ne soient fermées. L’acteur a été l’une des premières personnalités du pays à condamner le coup d’Etat et à exiger la libération d’Aung San Suu Kyi.

Il a aussi participé à plusieurs manifestations prodémocratie, où il haranguait les foules avec un mégaphone. « Aidez-nous à arrêter les crimes contre l’humanité », avait-il écrit sur les réseaux sociaux pour condamner la répression sanglante des forces de sécurité.

A Rangoun, en Birmanie, le 5 avril.

La mobilisation prodémocratie ne faiblit pas avec des dizaines de milliers de travailleurs en grève et des secteurs entiers de l’économie paralysés. Mais les foules sont moins nombreuses à manifester dans les villes par peur des représailles.

La répression « se concentre désormais dans les zones rurales », relève l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Dans les villes, les protestataires essayent de trouver des parades pour continuer à se faire entendre.

Jeudi, Ei Thinzar Maung, une des têtes d’affiche de la contestation, a demandé à la population de symboliser chaque manifestant absent avec une chaussure. Des dizaines remplies de fleurs jaunes de padouk, normalement associées au Nouvel An birman qui débute la semaine prochaine, ont été installées dans les rues de Mandalay, d’après des images diffusées sur les réseaux sociaux. A Rangoun, elles ont été déposées dans des abribus, certaines décorées de roses rouges en hommage aux « héros tombés sous les balles ».

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Le Monde avec AFP



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