Comment Boris Johnson enterre le thatchérisme au Royaume-Uni

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Le premier ministre britannique, Boris Johnson, et son conseiller, Dominic Cummings, quittent le 10-Downing Street, à Londres, le 28 octobre 2019.

Douglas McWilliams s’est amusé à faire un petit calcul comme les économistes en raffolent. Le fondateur du Centre for Economics and Business Research, une entreprise de consultants, a essayé de mesurer l’ampleur des nationalisations en préparation outre-Manche. Conclusion : « Le gouvernement de Boris Johnson est en passe d’intervenir dans les entreprises à hauteur de 100 milliards de livres sterling [110 milliards d’euros], une fois et demie plus que ce que promettait Jeremy Corbyn [l’ancien leader très à gauche du Parti travailliste]. » De l’aveu même de M. McWilliams, le calcul est grossier, reposant sur des hypothèses très incertaines. Mais le résultat donne une idée de l’échelle de la révolution économique en cours au Royaume-Uni : jamais, dans l’histoire des quarante dernières années, un gouvernement britannique n’avait été aussi interventionniste.

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Avec l’épidémie de Covid-19, le pays de Margaret Thatcher (1925-2013), au pouvoir de 1979 à 1990, a choisi de dépenser sans compter. Il a créé un système de chômage partiel, sur un modèle européen. Il a nationalisé les trains, reprenant le contrôle de tous les opérateurs ferroviaires. Plus de 1,3 million de PME ont bénéficié de prêts garantis à 100 % par l’Etat, pour un montant qui atteignait 45 milliards d’euros mi-octobre. Comme le reconnaît Boris Johnson, tous les tabous économiques traditionnels sautent les uns après les autres : « Rishi Sunak [le chancelier de l’Echiquier, chargé des finances et du Trésor] a fait des choses qu’aucun chancelier conservateur ne souhaite faire. »

Au total, pour la seule année 2020, la facture atteint 200 milliards de livres d’intervention directe, auxquels s’ajoutent 100 milliards de livres en raison du ralentissement économique, selon les calculs de l’institut de recherche. Soit un déficit qui devrait atteindre 17 % du produit intérieur brut.

« C’est un gaulliste »

Le pays de l’austérité, sous le premier ministre David Cameron (2010-2016), des privatisations et du libre marché, sous Margaret Thatcher, serait-il en train de virer à gauche économiquement ? Boris Johnson, le héros des brexiters, est-il en train d’enterrer leur rêve d’un « Singapour-sur-Tamise », cette idée d’un Royaume-Uni pratiquant le dumping social et environnemental aux portes de l’Europe ? « C’est un gaulliste, ose Simon Hix, politologue à la London School of Economics. Il défend une ligne souverainiste, en faveur de l’intervention de l’Etat, pas du tout libertaire. »

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