Au Haut-Karabakh, sur la ligne de front, un déluge de feu et des combats acharnés

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Stepanakert, Haut-Karabakh, le 14 octobre 2020

Une maison détruite par les bombardements des forces  azéries.

Photo Laurent Van der Stockt pour Le Monde

LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 05h54

Dans la pénombre du couloir qui mène au poste de commandement souterrain, les visages sont graves. Les officiers qui arrivent du front de Martakert, dans le nord-est du Haut-Karabakh, ne prennent pas le temps d’aller s’enfermer avec leurs camarades dans la salle des opérations, d’où grésille le son des radios : arrivés au pied de l’escalier qui mène à l’abri, ils leur montrent rapidement une carte où sont griffonnées les avancées ennemies de la matinée, puis ils donnent des consignes aux officiers qui vont prendre leur relève aux postes de combat.

La première ligne de front, à ce moment-là, est à trois kilomètres. Si proche, et si loin. Dans une guerre conventionnelle comme celle à laquelle se livrent l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour le contrôle du Haut-Karabakh, c’est proche car, si le front cède, Martakert pourrait tomber dans la journée. Et loin car, malgré une supériorité militaire théorique, les forces azerbaïdjanaises ne sont pas parvenues à conquérir une seule ville significative.

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A aucun moment, en dépit du parfum de débâcle qui les accable durant quelques heures, les commandants ne songent à une éventuelle fuite. « C’est la seconde fois que nous sommes en situation de perdre Martakert, reconnaît N., un ancien officier des forces spéciales qui a repris du service depuis l’attaque du 27 septembre. Cela a failli être le cas le premier jour de la guerre. Nous avons perdu du terrain et il y a aussi eu un bombardement sur la ville, d’où le fait que nous ayons évacué la population. Et la deuxième, c’est aujourd’hui [13 octobre], depuis l’attaque lancée à 6 heures du matin… » Il est midi et N. précise, avec le sourire de l’évidence, que « l’armée ne se retirera pas ».

A Martakert, dans le Haut-Karabakh, le 13 octobre. Des soldats dans les sous-sols d'un bâtiment, à l'arrière des lignes que les forces azerbaïdjanaises sont en train de percer.

L’engagement des combattants dans la défense de leur territoire est absolu. Face à une armée azerbaïdjanaise qui a la maîtrise des airs et dit avoir engagé 100 000 hommes dans l’offensive, les forces séparatistes arméniennes de la « République d’Artsarkh » – le Haut-Karabakh, une république autoproclamée en 1991 mais reconnue par aucun membre des Nations unies, pas même l’Arménie –, ont lancé toutes leurs forces dans la bataille, avec le soutien de l’armée d’Erevan. Si la majorité de la population civile a été évacuée ou a fui vers l’Arménie, les hommes en âge de combattre sont partis au front.

« Pertes territoriales limitées »

Cette détermination acharnée à défendre le Haut-Karabakh fait qu’en dépit de la violence de l’offensive déclenchée le 27 septembre tout le long de la frontière, les gains territoriaux azerbaïdjanais apparaissent relativement minces.

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