Au Canada, l’effet collatéral des déchirements de la famille royale d’Angleterre

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La reine Elizabeth II et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 19 avril 2018 lors d’un dîner officiel du sommet du Commonwealth à Buckingham Palace.

C’est ce que l’on pourrait appeler « l’effet papillon » de l’entrevue explosive accordée le 7 mars par le prince Harry et sa femme, Meghan Markle, à la star des talk-shows américains Oprah Winfrey. Le spectacle de la famille royale britannique se déchirant sur fond d’accusations de racisme a provoqué au Canada, membre de la grande famille du Commonwealth, de vives discussions autour de ses propres institutions. Et si le temps était venu pour cette ex-colonie britannique, vivant toujours sous le régime de la monarchie constitutionnelle hérité de 1867, de se débarrasser enfin de cette archaïque allégeance ?

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Elizabeth II, qui se rappelle surtout au bon souvenir de ses sujets canadiens sur les billets de vingt dollars, dispose de peu de pouvoirs, sinon honorifiques, mais elle n’en reste pas moins la chef d’Etat du Canada. Au Québec, seule province francophone du pays toujours traversée de velléités souverainistes, malgré l’échec de deux référendums, ce « reliquat colonial » passe particulièrement mal. « Je n’ai pas d’intérêt pour la monarchie britannique et ses potins, mais j’en ai pour les dizaines de millions de dollars que nous dilapidons sur fonds publics, pour tenir en vie des institutions qui ne nous apportent rien et, pire, qui nous rappellent un passé colonial dont nous voulons nous libérer », a déclaré, quelques heures après la princière interview, Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, indépendantiste.

Interrogé le 9 mars, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a très vite écarté tous débats « constitutionnels » immédiats remettant en cause les liens qui perdurent entre le Canada et la Couronne britannique. « Je comprends que ces conversations existent, mais je ne vais pas m’engager dans celles-ci maintenant, a-t-il déclaré. Ma priorité absolue est aujourd’hui la santé des Canadiens, de passer à travers la pandémie. » Il a néanmoins ajouté, en réaction aux accusations de racisme portées par Harry et Meghan contre la famille royale : « nous avons beaucoup de travail à faire pour éliminer le racisme systémique de nos institutions, mais cela ne signifie pas qu’il faut tout simplement abattre ces institutions pour en bâtir de nouvelles ».

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Processus politique lourd

Pour Ottawa, il est donc urgent d’attendre. Il faut dire que l’abolition de la monarchie au Canada nécessiterait un lourd et contraignant processus politique : toutes les assemblées législatives des provinces canadiennes, et pas seulement le Québec, devraient donner leur accord pour mener à bien cette révolution constitutionnelle. Or, cette unanimité reste, pour l’instant, loin d’être acquise.

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