Amnesty dénonce la modération accrue des contenus politiques sur Facebook et YouTube

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Facebook et Google deviennent des « zones sans droits de l’homme » au Vietnam. C’est en ces termes qu’Amnesty International dénonce les pratiques des deux entreprises californiennes, les accusant d’aider les autorités à censurer l’opposition et la liberté politique dans le pays. Cela alors que le régime autoritaire du Vietnam a intensifié ces derniers mois sa politique de censure des utilisateurs de Facebook et de YouTube (propriété de Google) qui le critiquent.

L’ONG a publié un rapport mardi 1er décembre, dans lequel elle détaille les témoignages de onze militants dont les publications ont été interdites par Facebook au Vietnam en 2020. Selon Amnesty, trois autres personnes ont subi une censure similaire de leurs contenus sur YouTube.

« Au cours de la dernière décennie, le droit à la liberté d’expression s’est épanoui sur Facebook et YouTube au Vietnam. Mais récemment, les autorités ont commencé à considérer l’expression pacifique d’opinions en ligne comme une très grave menace pour le régime. Ces plateformes sont à présent devenues le terrain de chasse des censeurs, des cyberunités militaires et des trolls cautionnés par l’Etat. Et ces plateformes elles-mêmes ne se contentent pas de laisser faire, elles sont de plus en plus complices de ces pratiques », dénonce Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe d’Amnesty International, dans le communiqué de l’ONG.

Modération accrue décidée en avril

Ces critiques interviennent huit mois après que Facebook a considérablement augmenté sa modération de contenus sur demande des autorités. Le dernier rapport de transparence publié par le réseau social montre qu’au premier semestre 2020, 834 contenus ont été supprimés de Facebook après demande officielle de l’Etat vietnamien, contre 77 au second semestre 2019. Dans le détail, Facebook précise avoir désactivé 167 pages et groupes, ainsi que 653 publications dans la période, sur demande du « ministère de l’information du Vietnam ». Parmi les messages supprimés figurent « des contenus s’opposant au parti communiste et au gouvernement » mais aussi « de la désinformation liée au Covid-19 » ou de la promotion d’activités illégales, selon Facebook.

Une conséquence logique de l’acceptation, par le réseau social, de se plier à des règles gouvernementales plus dures de censure de messages « anti-étatiques ». Facebook avait été mis au pied du mur : entre mi-février et début avril, l’accès à Facebook, Messenger et Instagram avait été très fortement ralenti dans le pays, sur décision du gouvernement. L’accès avait été restauré lorsque l’entreprise avait accepté d’appliquer des nouvelles règles de modération adaptées au Vietnam et devant limiter « l’accès à des contenus jugés illégaux », selon ce qu’avait alors indiqué Facebook dans un communiqué.

Un utilisateur de Facebook dans un café à Hanoï, le 19 novembre.

Dans son rapport du 1er décembre, Amnesty International détaille plusieurs exemples concrets consécutifs à cette décision. L’activiste Nguyen Van Trang, qui a fui le Vietnam en raison d’un mandat d’arrêt émis après son engagement dans un groupe prodémocratie, affirme que Facebook a depuis le mois de mai restreint la visibilité de toutes ses publications au sujet du dirigeant du Parti communiste vietnamien Nguyen Phu Trong.

Selon ses propos, retranscrits par Amnesty, Facebook l’a averti que l’une de ses publications avait au départ été modérée en raison de « restrictions juridiques locales ». Il explique aussi que certaines de ses publications, concernant des sujets controversés dans le pays, ont été rendues inaccessibles par YouTube pour les utilisateurs habitant au Vietnam. « Je suis en colère », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP).

« Pour des activistes, ces plateformes jouent un rôle important pour influencer des personnes sur des valeurs progressistes comme la démocratie, les droits de l’homme, la société civile. Le compromis de Facebook et Google n’est pas seulement de bloquer l’information, mais aussi d’entraver le progrès d’une nation où les habitants n’ont pas beaucoup d’opportunités de participer à des activités politiques. »

Des plateformes très populaires

En octobre, le ministre de l’information du Vietnam, Nguyen Manh Hung, s’est de son côté félicité que les entreprises comme Facebook et YouTube se conformassent à un rythme plus élevé aux demandes de retrait « des mauvaises informations, de la propagande contre le parti et l’Etat ». Selon lui, dans des déclarations rapportées par un média d’Etat cité par l’AFP, Facebook s’est récemment conformé à 95 % des demandes de retrait du gouvernement, et YouTube, à 90 %.

Le rapport de transparence de Google montre, pour le Vietnam, une augmentation au premier semestre 2020 des retraits de vidéos « critiques à l’égard du gouvernement », mais pour un volume cependant limité : 81 vidéos ont été supprimées au premier semestre 2020, contre 74 au second semestre 2019.

Les vidéos YouTube supprimées au Vietnam sur demande des autorités.

Contacté par l’AFP après la publication du rapport d’Amnesty, un porte-parole de Facebook a soutenu malgré tout que la plateforme travaillait à défendre la liberté d’expression dans le pays :

« Au cours des derniers mois, nous avons connu une pression supplémentaire de la part du gouvernement vietnamien pour limiter plus de contenus, cependant nous ferons notre possible pour assurer que nos services demeurent accessibles, afin que la population puisse continuer de s’exprimer. »

De manière générale, Facebook et YouTube sont particulièrement populaires au Vietnam, où les médias indépendants sont par ailleurs interdits. Des chiffres du gouvernement, valant pour août 2019 et cités par l’agence Reuters, donnaient 58 millions d’utilisateurs de Facebook et 62 millions de comptes Google, pour un pays d’environ 95 millions d’habitants.



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