Avec le report des législatives, Hongkong, unique « zone libre » de Chine, plonge dans le vide constitutionnel

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La cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam lors de sa conférence de presse à Hongkong, le 31 juillet.

« Retarder les élections est une décision très, très difficile, mais pour enrayer l’épidémie et préserver la santé publique tout en s’assurant que l’élection puisse avoir lieu de manière ouverte et transparente, cette décision est nécessaire », a déclaré vendredi 31 juillet au soir la chef de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, précisant, sans surprendre, qu’elle avait pris sa décision « avec l’accord de Pékin ».

Alors que la Basic Law, la mini-Constitution de Hongkong, prévoit que le conseil législatif (LegCo) de la région administrative spéciale soit renouvelé tous les quatre ans, Carrie Lam a invoqué une procédure d’urgence, créée en 1922 par l’administration coloniale britannique, pour imposer cette décision qui plonge Hongkong dans une situation totalement inconnue.

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Et c’est à Pékin, ou plus précisément au comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, qui se réunit dans une semaine, qu’il va incomber de trouver la solution au vide constitutionnel présenté par cette configuration inédite : gouverner sans Parlement. « Si vous me demandez mon avis, je prendrais appui sur le chapitre 11 des procédures du Parlement qui prévoit que, pour les questions urgentes, il est possible de rappeler la législature sortante. Le Parlement pourrait ainsi étendre d’un an la durée de son propre mandat. Mais ce n’est que mon avis personnel », a commenté Mme Lam.

Malgré la multiplication des rumeurs sur l’annulation des élections, « disséminées délibérément pour donner à l’opinion publique l’occasion de digérer l’information avant qu’elle ne soit officielle », selon la députée Claudia Mo, Carrie Lam a affirmé qu’il n’y avait « pas la moindre considération politique derrière cette décision ». « Je n’ai pas regardé les sondages sur l’élection. La seule chose qui me préoccupe tous les jours, c’est l’épidémie. Je n’ai pas le temps de penser aux élections », a-t-elle affirmé.

La veille, le gouvernement s’était pourtant fendu d’un laborieux commentaire se félicitant de la disqualification de plusieurs députés prodémocratie aux élections. « Même mes amis qui sont pro-Pékin ne comprennent rien à la stratégie du gouvernement. Si leur intention est d’annuler le scrutin, pourquoi perdent-ils leur temps à disqualifier les candidats ? », s’interroge Roger Yun, un jeune militant.

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Mais citant le nombre record de nouveaux cas récents de Covid-19, et s’appuyant sur une étude indiquant des élections reportées dans nombre d’autres pays, Carrie Lam a estimé que maintenir les élections présentait un « fort risque » de contamination, en raison des rassemblements et des interactions induites par le scrutin. Depuis début juillet, Hongkong a effectivement vu une soudaine recrudescence des contaminations journalières. Elles ont dépassé le seuil des 100 nouveaux cas par jour, depuis plus de dix jours d’affilée. Des mesures de distanciation sociale strictes ont à nouveau été imposées, même si le gouvernement a dû faire volte-face, cette semaine, quarante-huit heures après avoir pris la décision désastreuse de fermer tous les restaurants en n’autorisant que les ventes à emporter, sans prévoir d’abris alternatifs pour toute la population active de Hongkong qui s’est retrouvée littéralement « à la rue » aux heures des repas.

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