aux Etats-Unis, la violence par arme à feu explose

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Un policier enquête sur les lieux d’une fusillade à Chicago (Illinois), le 5 juillet. Au moins une douzaine de personnes, dont une fillette de 7 ans lors d’une fête familiale et un adolescent, ont été tuées dans la ville au cours du week-end du 4 juillet.

« Trop, c’est trop ! » D’Atlanta en Géorgie, à Chicago dans l’Illinois, en passant par Philadelphie en Pennsylvanie, la même expression revient inlassablement. Dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis, le week-end du 4-Juillet, jour de la fête nationale d’ordinaire marqué par des célébrations diverses, ont pris des allures de tragédies. Près de 160 personnes ont été tuées par balle et quelque 520 autres blessées au cours du week-end, selon l’organisation Gun Violence Archives.

De quoi assombrir encore un peu plus ce triste bilan : plusieurs enfants figurent parmi les victimes. Selon l’association Giffords Law Center, 1 500 enfants en moyenne meurent par armes à feu chaque année aux Etats-Unis, mais le plus souvent dans le cadre de drames familiaux. Des enfants dont « les espoirs et les rêves ont été anéantis par le canon d’un fusil », a dénoncé la maire démocrate de Chicago, Lori Lightfoot, le 5 juillet.

« Nos pensées et nos prières ne suffisent plus à ce stade. La douleur elle-même ne suffit plus. Nous devons faire mieux. »

Entre le jeudi 2 juillet soir et le dimanche 5 juillet, la police de Chicago a recensé 47 fusillades, détaille ainsi le quotidien américain The Wall Street Journal. Elles ont fait au total 87 victimes, dont treize mineurs. Un adolescent de 14 ans et une petite fille de 7 ans comptent parmi les 17 personnes tuées dans ces violences. Depuis le 20 juin, ce sont neuf jeunes de moins de 18 ans qui sont morts par balle dans la troisième ville la plus peuplée des Etats-Unis, rapporte The New York Times. « La ville du vent devient la ville du sang », notait le révérend Michael L. Pfleger, originaire de la mégalopole de l’Illinois, dans le quotidien new-yorkais.

Le 5 juillet. Une pancarte est attachée à la clôture d’un pavillon, dans le quartier de South Austin à Chicago (Illinois) lors d’une veillée pour Natalie Wallace, 7 ans, tuée par balle alors que sa famille se réunissait pour célébrer le 4-Juillet.

« Vous ne pouvez pas rejeter la faute sur un policier »

A Atlanta, onze fusillades ont éclaté entre le 3 et le 5 juillet. Elles ont fait 31 victimes, dont cinq ont été tuées. Parmi elles, une fillette de 8 ans. La petite Secoriea Turner est morte sur le siège arrière de la voiture familiale, alors que sa mère était au volant aux abords d’un fast-food où, quelques semaines plus tôt, Rayshard Brooks, un Afroaméricain de 27 ans, avait été tué de deux balles dans le dos par un policier blanc.

Depuis sa mort, un groupe de protestataires armés occupaient les lieux, allant dans certains cas jusqu’à menacer ceux qui s’en approchaient, rapporte le journal local AJL (Atlanta Journal-Constitution). Et la publication de s’interroger : pourquoi, alors que des tensions étaient connues, les responsables de la ville les ont-ils autorisés à rester sur le site et à bloquer une partie de la route à grand renfort d’armes à feu ? L’AJL n’a pas obtenu de réponse, ni de la police ni de la maire démocrate Keisha Lance Bottoms.

Pourtant, au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue le lendemain du décès de la fillette, dimanche 5 juillet, Mme Lance Bottoms a expliqué que les forces de l’ordre n’avaient pas pu faire grand-chose face à ces protestataires, qui demandaient une réforme des forces de l’ordre et la création d’un mémorial pour Rayshard Brooks. La Géorgie est par ailleurs un « open and carry State », en d’autres termes, les propriétaires d’armes à feu, détenteurs d’un permis, sont autorisés à les porter ouvertement dans l’espace public. Le site a été depuis évacué.

Selon le lieutenant de la police d’Atlanta, Pete Malecki, les coups de feu mortels ont été tirés intentionnellement après que la voiture dans laquelle se trouvaient Secoriea Turner et sa mère a franchi le « barrage routier de fortune tenu par de nombreux individus armés ». Les enquêteurs ont diffusé la photographie d’un suspect : un jeune homme noir, vêtu d’un t-shirt blanc et d’un pantalon noir, armé d’un fusil automatique AR-15.

« Vous ne pouvez pas rejeter la faute sur un policier, vous ne pouvez pas dire qu’il s’agit de la réforme de la justice pénale », a martelé la maire de la ville.

« Il s’agit de personnes portant des armes qui ont tiré sur une voiture avec un bébé de 8 ans (…) Nous nous faisons plus de mal que n’importe quel policier. »

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Après ce week-end meurtrier et alors que la capitale de Géorgie a enregistré 75 fusillades au cours des dernières semaines, le gouverneur de l’Etat, le républicain Brian Kemp, y a déclaré l’état d’urgence, lundi 6 juillet.

Un membre de la garde nationale de Géorgie se tient devant le Capitole de l’Etat, le 7 juillet, à Atlanta. Le gouverneur, Brian Kemp, a mobilisé la garde après une flambée de violence le week-end du 4-Juillet.

Diminution de la légitimité de la police

Le New York Times rappelle qu’avant l’apparition de l’épidémie de Covid-19 aux Etats-Unis, le nombre d’homicides était déjà en hausse à l’échelle nationale sur 2020. Et, si les mesures de confinement ont permis d’en diminuer la progression en avril (– 22 %) et en mai (– 10 %) dans la plupart des grandes villes du pays, ils ont recommencé à augmenter dès les premières levées de restrictions de déplacement.

A Los Angeles, en Californie, par exemple, les homicides ont bondi de + 250 % sur la première semaine de juin, par rapport à la semaine précédente.

« L’augmentation de la violence armée survient à un moment où la chaleur monte – au sens propre comme au sens figuré – dans les rues », fait valoir CNN. Dans ces villes, les récentes explosions de violences sont en effet exacerbées par crises qui secouent le pays.

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La pandémie de Covid-19 a affecté de manière brutale les communautés les plus fragilisées. Outre-Atlantique, la maladie tue quatre fois plus les Noirs que les Blancs, une réalité qui révèle les inégalités systémiques qui gangrènent la société américaine et attisent la colère.

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En outre, la défiance à l’égard de la police s’est accentuée dans le sillage de la mort de George Floyd, un Afroaméricain asphyxié sous le genou d’un policier blanc fin mai dans le Minnesota. Interrogé par CNN, Thomas Abt, chargé de recherche au Conseil de la justice pénale, avance le lien entre « la légitimité de l’Etat, en particulier celle des forces de l’ordre » et les niveaux de violence.

« Nous avons constaté une augmentation significative des homicides après les troubles à Ferguson [après la mort de Michael Brown, en 2014], Baltimore [après la mort de Freddie Gray, en 2015], Chicago [après la mort de Laquan McDonald, en 2014] et d’autres endroits. Il se peut que nous soyons confrontés à la même situation. »

Excédent de 2,1 millions d’armes en circulation

D’autant que la crise sanitaire a également été marquée par une ruée sur les armes et les munitions. Le site d’information The Trace, spécialisé dans le suivi des violences liées aux armes à feu aux Etats-Unis, précise qu’entre mars et mai, 2,1 millions d’armes en plus de la demande habituelle ont été vendues. Une étude de l’université de Californie à Davis estime que ces « excédents d’achats » sont associés à plus de 775 blessures par balle – dont certaines ont été mortelles.

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Face à l’explosion de violence à Chicago, le commissaire de la police de la ville, David Brown a fait savoir, le 5 juillet, qu’il affecterait plus d’agents dans les quartiers ouest et sud, en proie aux tensions. Mais, a-t-il averti, le maintien de l’ordre ne peut se substituer à la lutte contre la pauvreté, le manque d’opportunités d’emploi ou encore les difficultés d’accès aux soins de santé, notamment mentale. « Je n’ai jamais vu un tel mélange de désespoir, de tristesse et de colère », résumait ainsi au New York Times le révérend Michael L. Pfleger.

Le Monde





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