Aux Philippines, une nouvelle loi antiterroriste fait craindre la répression

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Manifestation contre la nouvelle loi antiterroriste adoptée aux Philippines, le 4 juin à Manille.
Manifestation contre la nouvelle loi antiterroriste adoptée aux Philippines, le 4 juin à Manille. ELOISA LOPEZ / REUTERS

L’adoption mercredi 3 juin par la chambre des représentants des Philippines d’une nouvelle loi antiterrorisme fait craindre à l’opposition, aux représentants de la société civile et aux organisations de défense des droits de l’homme de nouveaux abus de pouvoir par le président populiste Rodrigo Duterte. Plusieurs centaines de manifestants ont défilé jeudi, masques sur le visage, dans la capitale, Manille, qui émerge depuis le 15 mai d’un des plus longs et plus stricts confinements d’Asie.

La loi, qui a déjà été adoptée au Sénat et doit être prochainement signée par M. Duterte, autorise la détention de suspects jusqu’à vingt-quatre jours sans mandat et prévoit l’établissement d’un Conseil antiterroriste dont les membres, issus du gouvernement, auront le pouvoir d’ordonner l’arrestation de ceux qu’ils considèrent comme terroristes. Elle remplace une loi de 2007, la Human Security Act, dotée d’un garde-fou juridique qui permettait de condamner les policiers jusqu’à 8 500 euros par jour d’amende en cas de détention abusive. Cette clause a été supprimée dans la nouvelle loi.

Les Philippines ont été régulièrement le théâtre, dans le sud de l’archipel, d’attentats perpétrés par des groupes islamistes, comme Abou Sayyaf, qui a prêté allégeance à l’organisation Etat islamique. Un accrochage mi-avril dans la province de Sulu entre des combattants d’Abou Sayyaf et l’armée a ainsi conduit à la mort de 18 soldats. En 2017, une ville entière, Marawi, dans la région musulmane de l’île de Mindanao était tombée aux mains des djihadistes avant que l’armée en fasse le siège et tue les leaders de l’insurrection. Le gouvernement philippin est également confronté à une rébellion communiste armée au long cours dans les campagnes.

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« Pouvoir dangereux »

Depuis son élection en 2016, le président Duterte n’a cessé toutefois de s’illustrer par de graves violations des droits de l’homme, sous forme de détentions arbitraire et d’exécutions extrajudiciaires, au nom de la lutte contre le trafic de drogue et de la défense de la sécurité nationale. La vice-présidente philippine, Leni Robredo, élue indépendamment du président, et chef de file des opposants à M. Duterte, a dénoncé mercredi qu’un « pouvoir dangereux était ainsi donné à des gens qui n’ont aucun remords à recourir à la désinformation, à inventer des preuves, ou à réduire au silence leurs critiques au moindre prétexte ».

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Mme Robredo a brièvement été nommée en novembre 2019 à la tête de la campagne antidrogue de M. Duterte, avec l’ambition de tirer au clair les exactions des forces policières, mais a été limogée trois semaines plus tard pour avoir rencontré des diplomates américains et des experts des narcotiques des Nations unies. M. Duterte a estimé qu’elle était une « étourdie » qui risquait de divulguer des « secrets d’Etat ».

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