« La guerre du coronavirus est loin d’être finie, et Pékin aurait tort de crier victoire trop tôt »

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Devant l’hôpital Houhu où est décédé le docteur Li Wenliang, des passants déposent des fleurs lors de la fête des morts à Wuhan, le 4 avril.
Devant l’hôpital Houhu où est décédé le docteur Li Wenliang, des passants déposent des fleurs lors de la fête des morts à Wuhan, le 4 avril. GILLES SABRIÉ POUR « LE MONDE »

Où est passée la docteure Ai Fen ? Sa présence sur les réseaux sociaux chinois ces jours-ci semble contredire les rumeurs sur l’arrestation de la directrice du département des urgences de l’hôpital central de Wuhan. Le seul fait que ces rumeurs circulent en dit long, cependant, sur la méfiance héritée de la gestion initiale, par le pouvoir chinois, de la crise provoquée par le coronavirus.

Après avoir identifié plusieurs cas de Covid-19 dans son service, la docteure Ai Fen, comme le rapporte notre correspondant à Pékin, Frédéric Lemaître, s’était vu interdire la diffusion de cette information par la commission santé de la ville de Wuhan, le 30 décembre 2019. Son récit, et le tragique épisode concernant son confrère le docteur Li Wenliang, tué par le virus, le 7 février, après avoir été sanctionné pour avoir tenté de donner l’alerte sur l’épidémie, ont laissé des traces. Et pas seulement en Chine.

A l’étranger aussi, les efforts déployés par le régime communiste chinois pour faire taire les lanceurs d’alerte et étouffer ce qui apparaissait comme une information gênante resteront comme une tache noire sur la réputation de la Chine. Ces semaines précieuses, perdues pour cause d’opacité, ont permis au virus de prospérer et de franchir les frontières, tandis que Pékin œuvrait à l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, pour retarder l’annonce de la pandémie. Une double faute, accablante pour l’empire du Milieu.

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Mais on le sait, les Chinois tablent sur le temps long : inévitablement, la roue tourne – d’autant mieux qu’ils affirment l’avoir inventée. Après la douloureuse épreuve de Wuhan, le cœur de la pandémie s’est déplacé vers l’Europe, puis a gagné les Etats-Unis. Ce retournement de situation, le président Xi Jinping entend en tirer le meilleur profit : lui qui, il y a deux mois, voyait dans l’épidémie « un test majeur pour le système chinois et sa capacité de gouvernance », considère visiblement que le test a été passé avec succès. Avec un tel succès, même, que ce système mérite d’être érigé en modèle.

Aujourd’hui, vu de loin, le panorama est saisissant. Aux Etats-Unis, le président Donald Trump accuse le coup, après avoir joué la carte du déni face à ce qu’il appelle « le virus de Wuhan ». Le nombre de morts bat tous les records, celui des chômeurs explose, les infirmières pleurent de frustration face aux pénuries, le pays étale son désarroi comme seuls les Américains ont la franchise de le faire.

L’Europe est à peine mieux lotie, armée, au moins, d’un système de santé publique qui résiste et d’un Etat-providence qui pare au plus pressé. La compétition pour les masques et autres équipements médicaux débouche sur des batailles fratricides entre gouverneurs américains et Etat fédéral, et entre Etats membres de l’Union européenne. Au cours d’interminables visioconférences, ces mêmes Etats membres tentent de surmonter leurs divisions pour partager le fardeau de la riposte économique. Les Européens savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes : le leadership américain est porté disparu.



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