[Société] Le confinement vu par un psychologue : “Il est important de maintenir un rythme quotidien”

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Depuis plus d’une semaine, les Réunionnais sont dans une situation inédite. Pour notre protection les autorités nous demandent de rester confinés chez nous, mais cela n’est pas sans conséquence sur le moral de beaucoup de personnes. Cette privation de liberté, certes nécessaire, va avoir différents impacts sur la santé mentale des individus. Éclairages avec Gwoenaël Ethève, psychologue clinicien à Saint-Denis.

 

Quels effets psychologiques le confinement peut-il avoir sur l’humain ?

Le confinement, décidé et renforcé ces derniers jours, a des impacts sur la santé mentale des personnes. L’isolement forcé est une cause non négligeable de stress, de colère et d’angoisse ; cela a besoin d’être limité dans le temps et cadré. Certaines études font état de conséquences psychologiques négatives avec des effets à plus ou moins long terme, tels que des symptômes de stress post-traumatique, de dépression, d’anxiété, d’irritabilité, ou encore d’insomnie… Aussi, la population trouve des astuces pour faire face à cet épisode : l’humour, l’augmentation de l’utilisation d’outils numériques, la télévision… Astuces qui risquent de s’essouffler dans le temps. Tout comme le Covid-19, l’émotion négative est un virus dangereux. Mais, ces remarques vont certainement évoluer avec le recul et les études qui vont faire suite à cet épisode de confinement.

Comment gérer ce confinement s’il dure dans le temps et s’il devient plus restrictif ?

Le risque d’apparition et/ou d’aggravation de troubles psychologiques augmente avec la durée de confinement. Cette augmentation risque de fragiliser encore plus ceux qui sont les plus exposés. La promiscuité prolongée accroît les tensions entre les personnes. Nous risquons de voir une hausse du nombre de cas de violences intrafamiliales, de conduites dépressives avec ou sans passage à l’acte… Aussi, la communication reste la clé de voûte du système avec les activités physiques et intellectuelles. L’imaginaire et l’organisation quotidienne des gens doivent sans cesse se renouveler pour éviter de tomber dans une routine délétère qui viendrait alimenter le mal-être potentiellement présent. Enfin, n’oublions pas l’impact financier et le manque à gagner généré par le confinement. Tout cela a un coût économique certes mais également psychologique.

Avez-vous des conseils pour mieux vivre ce confinement ? 

Tout le monde ne va pas percevoir le confinement de la même manière. Est-ce que je vis seul ou à plusieurs, en appartement ou en maison, y a-t-il suffisamment d’espace pour que je puisse me retrouver seul, suis-je de nature anxieuse… Nous devons apprendre à gérer l’isolement et la perte de nos habitudes : le manque de repères et la réduction des contacts humains peuvent amener à l’ennui, la frustration et l’inquiétude. Il est donc important de maintenir un rythme quotidien, d’organiser voire de réorganiser ses routines et de maintenir les liens via les réseaux sociaux, les appels téléphoniques, les mails. Plusieurs méthodes en ligne peuvent être utilisées pour faire face à l’augmentation du stress ou de l’anxiété. Les personnes doivent mettre à profit ce temps pour (se) vivre autrement.

Dans son dernier discours, la directrice de l’ARS a déclaré qu’elle discutait avec les professionnels de la santé mentale pour mettre en place un numéro dédié aux personnes angoissées. Cette mesure est-elle suffisante, selon vous ? 

Cela a le mérite d’être fait ; si tant est que les horaires ne soient pas restrictives, le nombre de lignes suffisant et qu’il y ait une communication sur l’existence de cet outil. Plusieurs initiatives, gouvernementales ou populaires, voient le jour pour limiter l’isolement des personnes. Encore faut-il que ces personnes aient accès aux outils de communication. L’essentiel est de se sentir connecté aux autres, même si on est seul et privé de ses contacts habituels. Les personnes incapables d’activer leur réseau se révèlent plus anxieuses pendant leur quarantaine mais aussi en détresse à plus long terme. Le mot d’ordre serait : « Ne laissons personne isolé ».

Propos recueillis par Aurore Turpin



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