Fronde contre deux boulangers sri lankais dans un village roumain

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Un vendeur de pain sur un marché de Bucharest, en Roumanie, en 2010.
Un vendeur de pain sur un marché de Bucharest, en Roumanie, en 2010. DANIEL MIHAILESCU / AFP

LETTRE DE VIENNE

C’est l’histoire de deux Sri Lankais venus travailler dans le fin fond de la Roumanie et dont la seule présence a suffi à enflammer un village, et déclencher un débat national qui en dit long sur les peurs que génèrent les transformations démographiques, culturelles et économiques actuellement en cours en Europe centrale.

Don Prasanna Piumal, 22 ans, et Amarashinga Archchilage Mahinda, 49 ans, sont arrivés mi-janvier à Ditrau, 5 500 habitants, à cinq heures de route au nord de Bucarest, pour travailler dans la boulangerie industrielle de la commune.

Venus de l’autre bout du monde, ces boulangers ont été recrutés parce que l’entreprise locale affirme ne pas trouver de main-d’œuvre dans cette région en plein déclin démographique, et où une bonne partie des jeunes sont eux-mêmes partis chercher du travail en Europe de l’Ouest. Depuis des mois, dans toute la Roumanie, on voit ainsi apparaître ces travailleurs étrangers, venus surtout d’Asie, destinés à remplacer une partie des trois millions de Roumains qui ont quitté le pays.

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Face à une économie désormais en quasi-plein emploi mais où les salaires restent toujours bien plus faibles qu’en Allemagne, le gouvernement roumain leur distribue de plus en plus facilement des permis de travail.

Alimenter les peurs

Ces immigrés sont, la plupart du temps, relativement bien acceptés par une société roumaine plus tolérante que la moyenne des pays voisins. Mais à Ditrau, rien ne va se passer comme prévu. Car la commune est en plein cœur du pays des Sicules, une région à majorité hongroise, héritage de l’empire des Habsbourg, disloqué après la première guerre mondiale. Bien qu’enclavés au milieu de la Roumanie, plus de 90 % des habitants de Ditrau se déclarent Hongrois, parlent hongrois et surtout regardent la télévision hongroise, devenue depuis l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir à Budapest une vaste machine à alimenter les peurs autour de l’immigration.

En quelques jours, l’arrivée des deux boulangers sri lankais a déclenché un vaste mouvement de protestation. Le 29 janvier, une première manifestation est organisée par des villageois. Elle a regroupé deux cents personnes autour du vicaire catholique, devenu le chef de file de la résistance constituée autour d’un groupe Facebook nommé « Nous voulons un Ditrau sans migrants » où les propos racistes sont légion.

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Le samedi suivant, le maire de la commune a convoqué une réunion publique dans une atmosphère électrique. Plusieurs centaines d’habitants sont venus y exprimer leur inquiétude contre ces deux hommes à la peau foncée. « Imaginons que d’autres employeurs fassent venir, disons, six travailleurs étrangers dans notre village. Dans deux ans, ces six vont amener leurs familles et dans quatre ou cinq ans, nous seront entourés de Noirs », y dénonçait une habitante. « J’ai travaillé dans cette boulangerie il y a cinq ans. La direction dit qu’elle ne peut pas trouver de personnel mais c’est parce que ceux qui y travaillent ne sont pas bien traités », défendait une autre. Faut-il le préciser ? Les deux Sri Lankais ne sont pas musulmans, mais catholique et bouddhiste.



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