Abattage de chauve-souris : Les spécialistes répondent

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(Crédit photo : Jacques de Spéville)

2019 a été pauvre en litchis et longanes et ils ont aussi été nombreux à vite trouver la coupable : la chauve-souris (la roussette). Friande de fruits, elle est souvent prise la patte dans le sac, en train de manger des mangues, pour ensuite, virevoltant autour des arbres fruitiers, la jeter dans la cour. Mais est-elle réellement la seule à être pointée du doigt pour la mauvaise saison fruitière ? Doit-on relancer l’abattage de cette espèce endémique ? Le Dr Vincent Florens, professeur agrégé en écologie à l’Université de Maurice, Meera Appadoo, activiste pour les droits des animaux, et le Dr Vikash Tatayah, Conservation Director à la Mauritius Wildlife Foundation, monte au créneau pour rétablir les faits sur la chauves-souris, en réponse à un courrier publié dans nos colonnes le 2 février.

« Ces abattages, comme les résultats le démontrent clairement encore et encore, n’augmentent en rien la production fruitière. La production a même chuté depuis ! Au contraire, ils servent à distraire des vraies solutions comme la pose adéquate de filets, la restauration écologique, etc., à gaspiller du temps et des ressources ; à duper les gens et leur donner de faux espoirs ; à détruire la biodiversité (bien plus que la chauve-souris, qui est elle-même une espèce dite “clef de voûte” importante à la survie d’autres espèces), et à développer une mauvaise réputation de promouvoir des productions agricoles néfastes à l’environnement et à la biodiversité », écrit le Dr Vincent Florens.

Le Dr Vikash Tatayah abonde lui aussi dans le même sens : « Selon le Food and Agricultural Research and Extension Institute, la prédiction de la récolte de litchis de 2019 allait être sombre en raison d’une faible floraison et fructification, causées par des facteurs climatiques pré-saison. N’essayant point de dire que la chauve-souris ne consomme pas de litchis, l’indisponibilité des litchis en 2019 est à mettre au compte de facteurs climatiques, et aussi à la variabilité de la production. Ainsi, une bonne année de production est suivie par une moins bonne année, et aussi aux chauves-souris, sans compter les oiseaux, tels que martins et condés, singes, maladies, chute naturelle de fruits, etc. »
Comptage systématique de chauves-souris ?

Ce dernier souhaite mettre les points sur les i. « Celui qui a écrit ce courrier tire ces chiffres d’où ? Quand il parle d’une progression de 18 % de la population des chauves-souris, d’où tire-t-il cela ? De quelle étude ? Pour affirmer de telles choses, il aurait fallu faire un exercice de comptage de chauve-souris annuellement, mais ce n’est pas le cas », explique-t-il. « C’est un exercice sérieux de modélisation et de vérifications contre les comptages systématiques sur plusieurs années. »

Meera Appadoo concède aussi qu’il est important de bien s’informer. « Dans notre cas présent, nous devons tous être assez humbles pour faire confiance aux scientifiques et aux organisations qui ont passé des années à faire des recherches ici et ailleurs, à apprendre et à observer des situations similaires partout dans le monde », dit-elle.

Par ailleurs, Vikash Tatayah soutient que « ces abattages n’ont jamais fait leurs preuves » à Maurice. « Pourquoi ne pas privilégier des techniques de posage de filets efficaces et d’autres incitations comme l’élagage d’arbres et vergers ,de démonstration, ou de la sensibilisation des planteurs par exemple, un programme de fertilisation pour pallier la variabilité interannuelle et finalement de ‘post harvest management’ pour prolonger la disponibilité de fruits sur le marché et, par conséquent, des prix plus raisonnables, au lieu de l’abattage ? » s’insurge-t-il.

Dans cette optique, la Mauritius Wildlife Foundation a organisé l’an dernier deux ateliers de travail — le Back-yard Workshop — destinés aux propriétaires d’arbres fruitiers dans leur arrière-cour et le Netting Workshop pour les propriétaires de vergers, entre autres. « Nous allons développer une stratégie pour sensibiliser un maximum de personnes », dit-il. Ainsi, d’autres ateliers de travail sont prévus cette année.





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Le Mauricien

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