[Faits Divers] Mort du jeune Miguel : Le quartier des Camélias en apnée

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« Où sont les élus ? », demandaient jeudi les jeunes venus témoigner leur soutien à Miguel avant que la soirée ne soit marquée par des échauffourées. Pas vraiment dans la rue, a priori. Commerçants et habitants craignaient hier une nouvelle nuit de violences.

Le quartier des Camélias s’est hier réveillé avec la gueule de bois. Le spectacle était des plus désolant : poubelles brûlées, galets jonchant les trottoirs, sans compter ces 17 épaves de voitures calcinées qui ont dû être enlevées. Bilan d’une nouvelle nuit d’échauffourées consécutive à la nouvelle du décès du jeune Miguel à l’hôpital après son accident de moto avec une voiture de la brigade anti-criminalité.

Vendredi dernier, jour de la collision dans les rampes de Saint-François, les forces de l’ordre avaient déjà dû affronter des groupes de casseurs et, mercredi soir, quelques voitures avaient encore brûlé. Hier matin, on craignait encore que la soirée ne soit marquée par des violences urbaines alors que la veillée du jeune majeur était prévue au centre funéraire de Bois Rouge.

Bien que des images de vidéo-surveillance d’un particulier mettent les policiers de la BAC hors de cause, les proches du jeune Miguel continuent de douter de cette version officielle, d’où la plainte déposée par la mère à la gendarmerie. Tandis que les dalons du disparu ont annoncé avoir lancé une collecte de fonds afin de permettre à la famille d’être accompagnée d’un avocat.

Jeudi après-midi, ces mêmes personnes se disaient victimes de leur réputation et des clichés réducteurs qui leur sont associés. Déplorant qu’on ait sali l’image de leur ami, qui selon l’enquête, circulait sans casque sur une moto volée et était par ailleurs positif au zamal, à la cocaïne et aux amphétamines, ils expliquaient aussi regretter que les élus ne réagissent pas.

« Ce qui est dommage c’est que personne n’est venu nous voir avant. Il a fallu qu’on bloque tout pour qu’on vienne nous entendre. On ne veut rien casser. On a le droit aussi qu’on écoute notre version ». Les médias sont venus… mais aucun représentant de la municipalité. « Où sont les élus ? Pourquoi ils ne disent rien ? », demandait l’un des porte-parole de ce mouvement improvisé.

Ils ne sont pas les seuls à se poser la question. Les habitants et commerçants que nous avons rencontrés craignaient que ce week-end ne soit à nouveau marqué par des affrontements nocturnes. La mairie, elle-même, a annulé la Nuit de la lecture à la bibliothèque François-Mitterrand.

 

« On travaille dans la crainte »

 

Ce chef d’entreprise installé depuis de nombreuses années près de l’allée cocos ne décolère pas : « Les élus, quel que soit leur bord politique, doivent être dans le quartier et non pas rester chez eux en préparant les élections ! On ne voit personne sur le terrain et c’est dommage. C’est à eux de discuter avec la population et de déminer les situations comme celles-là », s’insurge-t-il sous couvert d’anonymat. « En attendant, nous commerçants, on vit dans la peur et le stress. Moi, j’ai été obligé de payer des gens pour surveiller mon commerce jeudi soir. Ça va durer jusqu’à quand ? ».

Dans cette pharmacie voisine, on a pris le partie de fermer plus tôt en fin de journée afin de ne pas prendre de risque. « Vendredi, des clients sont venus nous conseiller de baisser le rideau avant que ça ne dégénère, confirme Maryse qui travaille ici depuis 15 ans. Les élus ? On ne les avait déjà pas beaucoup vu pendant les Gilets jaunes… Le problème c’est que les jeunes du quartier ont encore beaucoup de rancoeur face à ce qu’ils estiment être une injustice. Et donc nous on continue de travailler avec la crainte ».

Le quartier et le reste de l’île a été ému samedi par le témoignage d’Anaïs Dorval dans les journaux télévisés. Cette coiffeuse dont le salon a été vandalisé et pillé. Cela fait cinq ans qu’elle a lancé son affaire dans le quartier avec son mari Freddy. « Je comprends la colère de ces jeunes, réagit-elle en préambule. Mais nous les commerçants on n’a rien fait. Moi j’ai toujours peur pour mon salon et c’est pareil pour les habitants qui ont peur pour leur voiture et leur sécurité ».

La jeune entrepreneuse confirme avoir reçu la visite d’Erika Bareigts, puis de l’élue du quartier Marie Annick Andamaye… mardi. Aucune des deus élues ne s’est par contre aventurée à faire une quelconque déclaration publique. Dans l’entourage de la députée candidate, on renvoie gentiment vers la mairie. Quant à Mme Andamaye, elle répond que sa place est aux côtés de la mère de Miguel, qu’elle confie connaître personnellement.

« Je sais qu’on est en période électorale mais on ne doit pas jouer avec la douleur de ces gens. On se doit d’être respectueux, répond-elle. Jeudi soir, ces jeunes ont perdu un de leur dalon et ils ont exprimé leur douleur même si on ne peut pas cautionner ces actes de violences et de vandalisme. C’est pourquoi je souhaite lancer un appel au calme ».

Un appel au calme bien tardif… Et Marie Annick Andamaye de finir par lâcher : « A chacun son rôle. Le rétablissement de l’ordre relève des services de l’Etat ! ». L’élue rappelle que la municipalité a lancé plusieurs actions en faveur des jeunes : chantiers d’insertion professionnel, ouverture du centre culturel de Chateau-Morange, le dispositif « Invisibles » pour aider ces jeunes éloignés de l’emploi et de l’école… « Malheureusement, on n’arrive pas à toucher tous les jeunes ».

L’élue se défend enfin de commenter les accusations de bavure policière lancée par la famille de Miguel. « La mère a déposé plainte. C’est une procédure normale. Pour pouvoir faire son deuil, elle doit savoir la vérité. Quelle mère pourrait supporter de voir son fils mourir à 18 ans ? »

 

Harry Amourani

 


 

Billet : Où sont les élus ?

 

Un accident de la circulation. C’est ce qui a mis le feu aux poudres dans le quartier des Camélias. Jeudi, Miguel, jeune motard de 18 ans, est décédé après avoir percuté un véhicule de la Bac quelques jours plutôt dans les rampes de Saint-François. Depuis le quartier est sous tension.

Jeudi soir, les forces de l’ordre ont dû intervenir en nombre pour essayer de garder le quartier sous contrôle après un rassemblement de soutien organisé par les habitants. Mais comme à chaque poussée de fièvre, les poubelles ont brûlé et 17 voitures ont fini en cendres. Une fois de plus, ce sont les commerçants du quartier qui sont sur les dents.

Et une question se pose : depuis le drame, où sont passés les élus ? Certains commerçants disent avoir vu la conseillère municipale du secteur, la 16e adjointe au maire Marie-Annick Andamaye, être allée réconforter la famille. Ericka Bareigts, candidate en campagne, est elle aussi passée.

Mais du maire point de trace. Aucune démarche pour essayer d’apaiser les tensions. D’ailleurs, même en essayant de contacter la mairie, impossible de lui parler sur le sujet. “Les élus sont les référents du secteur, l’émanation de l’exécutif dans le quartier. Ce ne sont pas des sous-élus. C’est eux qui connaissent leurs quartiers”, nous répond le cabinet.

En clair, le maire qui a encore deux mois à tenir dans son fauteuil de l’hôtel de ville, ne compte pas se mouiller dans ce dossier et veut rester en retrait. Cette absence fait étrangement écho à la visite de Macron en octobre dernier. Lors de la séquence “improvisée” dans les allées du quartier, Gilbert Annette, qui jouait les guides officiels, n’avait pas été reçu les bras ouverts par la population.

 

E.M.



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