Rentrée scolaire : l’école pour sortir de la précarité

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4, 7, 9, 11, 13, 15. Ce ne sont pas les numéros gagnants du Loto, mais les âges des six enfants de Delphine. A 31 ans, cette mère doit se débrouiller pour les élever. Vivant dans des conditions précaires elle veille à leur offrir un encadrement approprié tout en les encourageant à faire de leur mieux à l’école. Abandonnée par son époux, elle est convaincue que l’éducation permettra à ses enfants de vaincre la pauvreté. De retour à l’école cette semaine, ils comptent se donner à fond.

Gino, 9 ans, rêve de devenir pilote d’avion. «J’ai envie de voyager, pour voir tous les pays et partir d’ici. C’est mieux dans les autres pays, j’ai vu ça à la télé.» Tristan, 7 ans, sera agent du FBI. Géraldine sera pâtissière et la petite dernière souhaiterait devenir policière. Christopher, 15 ans, l’aîné de cette fratrie de six enfants, souhaitait arrêter le collège il y a deux ans pour travailler. Delphine, sa mère, s’était opposée à ses projets et lui a expliqué qu’il devra finir sa scolarité avec un certificat : « pour devenir quelqu’un.» Christopher, espère être barman dans un hôtel, car il aime le contact des gens. Il a choisi Tourism and Travel comme sujet afin de concrétiser ses rêves. « J’ai compris que pour travailler dans un hôtel il me faudra étudier. Je mets les chances de mon coté, et je fais de mon mieux.» Gino, a d’autres rêves : avoir une maison et une voiture. Même si aujourd’hui les moyens sont limités, ces rêves sont à portée de main.  Pour cela : « Maman a dit qu’il fallait travailler bien à l’école. Je n’aime pas trop les mathématiques mais j’apprends pour réussir.» Delphine a tenu à inculquer le sens de l’effort à ses six enfants en leur faisant comprendre que l’école leur permettra de sortir de la précarité dans laquelle ils vivent. Ils ont repris l’école cette semaine en y pensant.

Deux chambres pour huit personnes.

Delphine, 31 ans, vit chez sa mère de 52 ans dans un appartement de la NDHC. Deux chambres, un salon, une cuisine, avec les six jeunes enfants, l’espace est exigüe. Mais c’était la seule option. « Je vis chez ma mère sans qui je n’aurais pas pu élever mes enfants.» Le père des enfants les a abandonnés à leur sort pour refaire sa vie. En quatre ans, les enfants ne l’ont vu que deux fois. Là encore, il était si alcoolisé et désagréable que Delphine lui a demandé de ne plus venir les importuner. « Il leur fait plus de mal qu’autre chose et il les déstabilise dans leurs études», explique-t-elle.

Delphine se retrouve dans l’incapacité de travailler malgré son envie de devenir financièrement indépendante. Devant s’occuper des enfants lui est difficile de trouver un travail avec des horaires compatibles à l’emploi du temps des enfants. « Le matin je prépare chacun avant l’école. L’après-midi la petite arrive peu après 14h, et les autres suivent un peu plus tard. Je ne veux pas qu’ils soient livrés à eux-mêmes. Il est hors de question qu’ils aillent traîner les rues.» En sus du toit qu’elle leur offre, sa mère subvient aussi à leurs besoins à travers son travail.

Mère à 16 ans.

Les deux femmes combinent leurs efforts pour que les enfants ne manquent de rien, et surtout, pour qu’ils aillent à l’école malgré les obstacles. Delphine explique : « Je veux que mes enfants réussissent dans la vie. J’ai moi-même arrêté l’école à 16 ans. Ce n’est pas une raison pour qu’ils reproduisent ce schéma.»

Delphine avait 16 ans quand elle était tombée enceinte. Elle avait alors abandonné l’école pour se consacrer à son enfant. Trois ans plus tard, elle avait trouvé du travail, mais quelques mois plus tard elle tomba de nouveau enceinte. Au fil des années la famille s’était agrandie, et les difficultés aussi. Son époux n’était plus le même. Quelque temps après la naissance du sixième enfant, il les abandonna.

La nouvelle vie.

Les choses ont été difficiles pour Delphine et les enfants. Mais lentement ils ont retrouvé leurs repères. Chaque matin, c’est le même rituel pour elle : réveil à 5h30 pour la préparation du repas, des cartables et pour le repassage des uniformes. Les départs se font à différents horaires et la petite dernière quitte la maison à 9h. De là, elle s’attaque aux tâches ménagères et aux courses. Dans l’après-midi, Delphine veille à ce que chacun lui montre ses cahiers. Selon ses ressources, elle essaie de faire le suivi. «J’ai beaucoup de mal à suivre le travail des grands. Je ne comprends pas leurs devoirs. Il faut impérativement qu’ils prennent de leçons particulières», explique-t-elle.

Delphine s’est aussi tournée vers les associations pour être aidée. « Avec mes difficultés financières et ma santé fragile, je me suis consciente que ma mère ne peut pas assumer toutes les dépenses. Au départ, je me disais je n’irais pas à SOS Village. C’est une école pour les enfants pauvres et à problèmes. Il m’a fallu me rendre à l’évidence que je fais partie de cette catégorie.» Une fois cette réalité acceptée et digérée, chaque enfant est suivi par des travailleurs sociaux et les démarches ont été entamées pour qu’ils soient soutenus financièrement aussi.

Les dépenses.

Chaque enfant bénéficie d’uniformes, de chaussures, de chaussettes, d’un sac à dos et de cahiers. Delphine reçoit Rs 6000 chaque mois pour les besoins de ses enfants. Pour gérer ce budget, tout est calculé à la roupie près. « Si mes enfants ont une sortie scolaire ou s’il y a un anniversaire à l’école et qu’il faille contribuer, ils savent que je dois être prévenue au moins 4 jours à l’avance.»

Les plus jeunes bénéficient du soutien de SOS Village et de Lovebridge pour leurs leçons particulières. Les plus grands, quant à eux, sont inscrits dans des collèges à Curepipe. « Les leçons particulières coûtent Rs 450 roupies par sujet. Les trois grands en ont besoin. Une grosse partie du budget est engloutie ainsi. Nous ne sortons pas, je ne leur offre rien parce que l’argent que je reçois de la NEF est exclusivement pour leur éducation. Je le leur répète très souvent même si cela engendre des incompréhensions et des disputes parfois. »

Cette semaine, tous les enfants sont de retour à l’école. Delphine reprend ses habitudes et continue d’espérer d’un lendemain meilleur pour eux.

Le matériel scolaire des six enfants

 

Père et fils contre l’adversité

Il y 7 ans, au départ de son épouse Raj Backory s’est retrouvé à prendre toutes les responsabilités pour encadrer au mieux son fils Isaac qui avait alors 8 ans. Les choses s’avérèrent vite compliquées. Health care Assistant dans une clinique de Quatre Bornes, Raj Backory tomba malade et ne fut plus en mesure d’aller travailler.

 

Père et fils se sont préparés ensemble pour cette nouvelle année

Malgré tout, le père ne délaissa pas son fils. Il fallait à tout prix que ce dernier réussisse bien son CPE. Raj Backory étant convaincu que « l’éducation est le passeport pour l’avenir de mon fils. Je souhaitais qu’il soit admis au Collège du Saint Esprit. Il fallait qu’il travaille dur pour y arriver. »

Père et fils se mirent à travailler et à étudier jusqu’à des heures indues. Mais, d’autres problèmes se greffent à ceux déjà existants. La mère de Raj Backory tomba malade. Il eut à s’occuper d’elle et de son frère souffrant de troubles mentaux. Ce sont les allocations et les pensions permirent à tous de vivre.

Grâce à ses efforts et au soutien de son père, Isaac fut effectivement admis au Collège du St Esprit. Aujourd’hui âgé de 15 ans, l’adolescent a trouvé ses marques dans cet établissement depuis longtemps et continue à donner le meilleur de lui-même en classe.  « Je voudrais travailler dans une banque. Pour cela je me donne à fond dans mes études. Mon père veille à ce que tous mes devoirs soient faits chaque soir.» Il nourrit le rêve de devenir lauréat : «J’ai les capacités de réussir. Le collège connaît ma situation et me soutien. Je voudrais plus tard vivre différemment.»

Alors que son fils espère qu’il rencontre enfin quelqu’un pour refaire sa vie, Raj Backory a d’autres priorités. « Je ferai tout pour qu’Isaac réussisse. C’est la seule façon de sortir de la misère. Je continuerai quoi qu’il arrive à trouver les moyens pour payer les leçons particulières. Il existe encore des gens pour nous aider et les enseignants lui offrent des leçons. D’autres me font payer le minimum. C’est grâce à eux qu’Isaac peut continuer.»

Isaac avait rencontré des difficultés de concentration quand son père avait été hospitalisé « J’ai été déstabilisé. Mon monde s’écroulait sans papa à mes cotés. Il m’a fallu assumer toutes les tâches et endosser le rôle de chef de famille. C’était lourd pour moi. Et mes résultats avaient chuté. J’essaie de ne pas ramener mes problèmes à l’école. Mais ce n’est pas toujours facile.»

Cette année père et fils redoutent la décision du comité qui lui alloue une allocation pour sa maladie. Si cette somme lui est supprimée, les choses se corseront encore plus pour lui. « Ca m’inquiète beaucoup parce que je ne sais pas comment nous ferons. L’attente est longue, mais je dois rester concentrer sur mes études », confie Isaac. Il bénéficie actuellement l’aide de l’association sponsor a child.





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Le Mauricien

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