Le nord-est de l’Inde s’enflamme contre Narendra Modi

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Manifestation contre la réforme de la loi sur la nationalité à Guwahati, dans le nord-est de l’Inde, le 13 décembre.
Manifestation contre la réforme de la loi sur la nationalité à Guwahati, dans le nord-est de l’Inde, le 13 décembre. SAJJAD HUSSAIN / AFP

Narendra Modi a-t-il sous-estimé les conséquences de sa réforme de la loi sur la nationalité ? Depuis l’adoption de ce texte au Parlement le 11 décembre, un immense vent de colère souffle dans le nord-est de l’Inde, en Assam, Tripura, Meghalaya, Bengale-Occidental. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues, pour protester contre la loi qui va naturaliser les réfugiés du Pakistan, de l’Afghanistan et du Bangladesh appartenant à six religions à l’exception des musulmans. Des routes ont été bloquées, des bus et des gares ont été incendiés, ainsi que la résidence d’un responsable politique. Les manifestants ont brûlé l’effigie du ministre de l’intérieur Amit Shah, le porteur de la réforme.

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La situation est explosive et l’on compte déjà deux morts, de 17 et 21 ans, tués par balle par la police, à Guwahati, en Assam. Un couvre-feu a été imposé dans plusieurs villes ; les avions, les bus, les chemins de fer sont suspendus. Les liaisons téléphoniques et Internet ont été coupés. Mais rien ne décourage les manifestants. Vendredi 13 décembre, ils étaient des milliers à braver les interdictions pour crier leur colère à Guwahati, l’épicentre de la contestation.

« Ce qui se passe aujourd’hui est une violation de la démocratie. Le gouvernement central pense-t-il que nous sommes des imbéciles ? », Barsha Rani Bishaya, actrice

A New Delhi, les étudiants de l’université Jamia Millia Islamia, qui voulaient eux aussi manifester, vendredi, contre la loi, ont été violemment réprimés. Cinquante d’entre eux ont été arrêtés. Des étudiants ont été grièvement blessés. Le gouvernement veut surtout éviter une contagion. Il a visiblement été pris de court par la révolte en Assam. Narendra Modi avait prévu de recevoir le premier ministre japonais, Shinzo Abe, samedi 14 décembre dans la ville de Guwahati. La rencontre a été annulée in extremis.

Sur Twitter, M. Modi a appelé au calme et assuré qu’il avait sauvegardé dans la loi « les droits politiques, linguistiques, culturels et fonciers du peuple assamais ». L’exécutif croyait avoir acquis l’adhésion des Etats du Nord en leur accordant des dérogations. Mais les habitants n’y croient pas. Une actrice célèbre originaire de la région, Barsha Rani Bishaya, qui s’est jointe au mouvement, a rétorqué : « Ce qui se passe aujourd’hui est une violation de la démocratie. Le gouvernement central pense-t-il que nous sommes des imbéciles ? »

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En Assam, où des heurts intercommunautaires et xénophobes ont ensanglanté la région durant des décennies, la question de l’immigration est inflammatoire. Les populations tribales – 50 ethnies dans cet Etat – redoutent que la loi n’entraîne une arrivée massive de migrants hindous, ne modifie la démographie et n’entame les droits dont elles bénéficient, notamment en matière d’emplois. L’un des objectifs non dits de la loi est en effet de régulariser d’office les hindous, qui avaient été exclus du registre national des citoyens (NRC), une opération organisée en Assam pour chasser les réfugiés musulmans, arrivés après 1971, mais qui a également pénalisé un grand nombre d’hindous incapables de produire les documents prouvant leur antériorité sur le sol indien.



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