Femmes agents: loin de la politique de salon

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De gauche à droite, Rani Geetanjali, Huguette Vert et Marieanne Joyejob œuvrent au sein du MSM, MMM et PTr respectivement depuis des années. Pour cette campagne électorale, elles disent se donner à fond.

Comment concilier le fait qu’il faille chercher à la torche les femmes candidates au sein des principaux partis, à chaque campagne électorale, alors que les femmes sont légion sur le terrain en tant qu’agents et qu’elles pourraient, légitimement, aspirer à obtenir un ticket ? C’est ce que nous avons tenté d’élucider en rencontrant des femmes agents du MSM, du MMM et du PTr.

Ce que l’on peut dire à la lumière des témoignages de ces femmes, c’est qu’elles vouent une admiration sans commune mesure au leader de leur parti au point d’excuser, par exemple, les écarts de langage de sir Anerood Jugnauth, ministre mentor, comme on le ferait d’un enfant mal élevé ou d’une personne âgée qui ne peut se contrôler. Ou encore jouer les Saint-Thomas et ne pas vouloir reconnaître, par exemple, que Nandanee Soornack entretenait une relation particulière avec Navin Ramgoolam, le leader du PTr et qu’à ce titre, elle a bénéficié de largesses.

La fraîcheur vient de la femme agent du MMM. Bien qu’elle soit prête à presque canoniser son leader Paul Bérenger, elle ne suivra pas sa fille, Joanna, les yeux fermés simplement parce qu’elle est la fille de «Paul». Celle-ci doit faire ses preuves au préalable. Laissons parler ces femmes qui font du porte-à-porte, organisent des réunions, font tout pour convaincre les électeurs à la cause de leur parti, et ce, jusqu’à fort tard dans la nuit.

Rani Dookarun, coquette sexagénaire, paraît infatigable. Depuis son mariage au caporal à la retraite Sooroojanand Dookarum à qui elle a donné trois filles, cette Curepipienne vit à Petit-Raffray. Encouragée par sa belle-mère et son époux, elle a incité les femmes de la localité à s’émanciper en leur apprenant des chants en bhojpuri, à cuisiner et à participer à des prières. Elle est membre de plusieurs associations dont l’Arya Ravived Pracharini Sabha et a fondé son organisation féminine, la Rani Geetanjali. Présidente du conseil de village depuis deux ans, elle est une fidèle du MSM depuis les années 80.

Rani a agi comme agent pour trois élections générales «parce que ce parti tient parole et fait du bon travail». Et le MSM sait pouvoir compter sur elle. «Mo figir pas bien dan landrwa. Kot mo alé, mo gagn enn ti: Rani bonzour, ou enn Rani namasté.»

Les Mauriciens ont voté massivement pour le MSM aux dernières élections générales, portant sir Anerood Jugnauth au pouvoir. Mais ils n’ont pas voté pour qu’il cède son fauteuil de Premier ministre à son fils. Qu’importe, pour Rani. «Il fallait que Pravind devienne Premier ministre (PM). Li ena sa dan so disan. Otan banané ki SAJ inn roul péi, nou kontan ki so garson inn vinn PM.»

Le langage parfois émaillé de grossièretés de SAJ ne la choque pas. «Li’nn vinn vié. Enn kout li raté. Mo pa pé pran so par mé li arivé sa. Mo pa pran kont. Li enn detay. Parfwa nou reazir. Li imin sa.»

Ce qu’elle apprécie le plus avec Pravind Jugnauth, c’est qu’il tient ses promesses. «Il a mis notamment sur pied la commission d’enquête sur la drogue et fait le métro léger. Ler Pravind dir enn kitsoz, li fer li.»

Malgré toutes les peines qu’elle se donne, elle ne s’est jamais vu offrir un ticket. Elle sait qu’elle aurait fait une bonne candidate. «Si on me l’avait proposé, j’aurais accepté. Li ti pou enn promosion. Mais j’aime ce travail de proximité avec les gens», dit-elle en pronostiquant une victoire en faveur du parti soleil.

L’admiration que la quinquagénaire Huguette Vert, agent du MMM dans la circonscription Stanley – Rose-Hill, voue à Paul Bérenger, remonte à son enfance. Elle habitait la maison voisine à celle de Fareed Muttur, partisan mauve qui a trouvé la mort en 1971 dans des circonstances troubles. «J’avais neuf ans à l’époque et après la mort de Fareed Muttur, presque tous les jours, Paul Bérenger rendait visite à sa famille, leur apportant son soutien. Je n’étais qu’une gamine mais j’étais impressionnée.»

Lorsqu’elle fréquente le collège, elle achète régulièrement le journal Le Militant. «C’est là que j’ai commencé à comprendre qui était vraiment Paul Bérenger.» Elle épouse Clency Vert et lui donne deux enfants. C’est feue la militante Rolande Hungley, mère de Robert, qui vient la chercher pour qu’elle fasse du travail social dans les quartiers défavorisés. Huguette la suit, donnant des leçons particulières gratuites aux enfants défavorisés. Elle devient membre du parti, de l’aile féminine et assiste à tous les congrès mauve. Et fait la connaissance du leader et des membres de son exécutif.

Depuis 1982 jusqu’aux dernières élections, elle a agi comme Yard Agent. Cette année, elle a décidé d’aller chercher les électeurs chez eux pour les convaincre de voter trois cœurs. Si à chaque élection, elle se donne à 100 % sur le terrain, elle avoue qu’en 2014, elle n’a pas donné son tout. «Mo pa ti kontan sa lalians avek PTr-la ditou. Navin Ramgoolam zamé inn inspir mwa konfians.» Mais pour cette présente élection, elle se donne à 120 %. «C’est la dernière élection pour Paul. De plus, le MMM va seul aux élections et c’est une bonne chose. Paul doit être seul aux commandes», dit-elle. Elle est triste de tous les rendez-vous manqués de son leader avec l’histoire, grandement en raison de la couleur de son épiderme. «Il le vit comme une blessure profonde. J’insiste pour faire des photos avec lui pour lui montrer que pour moi, la couleur de sa peau est sans importance.»

Elle aurait pu avoir été candidate aux municipales, son nom ayant été listé pour être présenté à l’assemblée des délégués. Mais son employeur lui a demandé de faire un choix entre son travail et la politique. Comme elle avait besoin de contribuer aux besoins de ses enfants, elle n’a pas eu le choix. «C’est un gros regret.» Être agent sur le terrain est mieux que d’être député car «j’ai davantage de possibilités d’aider les gens.»

Voue-t-elle la même adoration à Joanna Bérenger qu’à son père ? «Même si je la vois prendre la relève de son père un jour, je ne me vois pas travailler pour elle.» Pourquoi donc ? «Je ne la connais pas. Elle doit faire ses preuves.» En attendant, qui voit-elle succéder à Paul Bérenger lorsqu’il se retirera ? La réponse fuse : «Reza Uteem». Elle voit un tsunami mauve se profiler à l’horizon.

Et si le score final était serré entre le MSM et le PTr et que le MMM se révèle le joker, à quel parti devrait-il donner du sérum ? «Pas au PTr. Paul a fait cette bêtise en 2014. Il ne la répétera pas. Et puis, son pire ennemi, le PMSD, marche avec le PTr. La mort de Fareed Muttur et d’Azor Adélaïde, ça ne s’oublie pas… »

Chez les Joyejob à Vacoas, que ce soit Marieanne, 55 ans, ou son époux, Herman, 60 ans, on est agent rouge. Le couple fait tout en commun car il possède un petit business de traiteur sur commande, qui tourne depuis 25 ans. C’est en 1991 que Marieanne décide de travailler comme agent, à la demande de Marie-France Roussety. Son mari intègre le parti comme membre la même année. Si, entre 1991 et 1995, «c’est un peu dormant», Marieanne reprend le flambeau de l’agent aux élections de 1995 avec la candidate Marie-Claude Arouff Parfait qu’elle contribue à faire élire.

À chaque élection, Marieanne et son mari proposent leurs services de traiteur aux agents rouges et ils mettent la main à la poche. De temps à autre, les candidats donnent une petite contribution. «On le fait parce qu’on aime la politique, le PTr et notre leader. Quand on aime, on aide comme on peut.»

Un amour qui porte ses fruits car leur entreprise de catering obtient des contrats de la mairie de Vacoas – Phoenix et de certains corps parapublics. C’est sous l’impulsion de Sheila Bappoo que Marieanne rejoint l’exécutif du parti et la Women’s League. En 2010, elle repart en campagne avec les candidats. «Les choses étaient plus faciles car nous étions déjà au pouvoir. Ensuite, il y avait la locomotive Sheila Bappoo», raconte Marieanne. Cette ancienne athlète est nommée présidente de la commission nationale du sport féminin et cumule deux mandats.

Elle reprend son bâton d’agent en 2014. Elle est persuadée que le PTr sera victorieux car elle est bien accueillie là où elle passe. Sa déception est grande. Elle attribue la défaite à l’alliance avec le MMM. En sus d’être découragés, elle et son mari perdent leurs contrats de catering avec l’État. «On avait notre clientèle mais nos revenus ont accusé le coup.»

Dans le passé, Herman Joyejob s’est vu offrir une candidature pour les municipales et a refusé. Marieanne a reçu et rejeté une proposition similaire par la suite. «Si nous avions accepté, nous n’aurions pas pu répondre aux appels d’offres pour le catering.»

Pour les élections du 7 novembre, elle se fie au body language des électeurs et prédit un raz de marée rouge. Douze candidates, c’est faible tout de même ? «Notre leader n’a pas eu le choix. Il est en alliance avec le PMSD et doit faire des concessions.»

Elle n’a pas été choquée par le contenu du coffre-fort de Navin Ramgoolam. Se disant proche du défunt trésorier du parti, elle affirme que ce sont des donations pour la reconstruction du bâtiment du square Guy Rozemont. Et quid des dollars inutilisés? «On l’a piégé. C’est une cabale contre notre leader.»

Marieanne refuse de concevoir l’idée que Nandanee Soornack ait eu une relation privilégiée avec Navin Ramgoolam. «Bien que je connaisse Nandanee Sornack, je n’ai rien vu et je ne peux me prononcer.» Et la vidéo Navingate 2 ? «C’est monté de toutes pièces cette vidéo. Pour moi, Navin Ramgoolam est sincère. Je n’ai jamais vu et rien entendu sur cette prétendue relation. Il reste mon leader. Il ne nous a jamais laissés tomber. On ne le laissera pas tomber non plus.» Ceci explique cela…




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Lexpress

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