PNQ: «la police était au courant des cas» disent les proches de la victime

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Fazila Daureeawoo a soutenu hier que les cinq cas n’étaient pas connus par son ministère. Une réponse qui a laissé sceptique Xavier Duval.

Qui dit vrai ? Alors que la vice-Première ministre (VPM) et ministre de l’Égalité des genres, Fazila Jeewah-Daureeawoo, a indiqué lors de la Private Notice Question (PNQ) hier, mardi 24 septembre que ni la police ni son ministère n’était au courant du sort des cinq victimes décédées des suites de violence conjugale, des proches affirment le contraire. Car au moins trois des victimes, Stéphanie Menes, Chansela Perrine et Joyce Revat, étaient des habituées de postes de police…

D’abord, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a demandé à connaître le nombre de cas de violence conjugale recensés de janvier à août de cette année-ci et les arrestations qui y ont fait suite. La ministre a indiqué que 1 790 cas ont été enregistrés et que la police a effectué autour de 996 arrestations. Cela, après que la loi a été renforcée.

Fazila Jeewah-Daureeawoo a également détaillé les nombreux services et programmes de soutien mis à la disposition des victimes de violence conjugale. Parmi eux, l’assistance fournie pour rédiger les affidavits avant de faire une demande pour un ordre de la cour sous la Protection from Domestic Violence Act ; le lancement cette annéeci de l’Integrated Support Centre ; la hotline 139 pour dénoncer des cas de violence domestique ; ou encore les vastes campagnes de sensibilisation contre ce fléau de société.

Ces campagnes ont, de 2015 à juillet 2019, ciblé 23 175 personnes. D’autres plans de sensibilisation, entrepris par la police, ont touché 120 874 gens. «La violence conjugale n’est pas un sujet politique. N’essayez pas d’en faire de la politique. Il est faux de dire que ce gouvernement est insensible», a rétorqué Fazila Jeewah- Daureeawoo, lorsque Xavier-Luc Duval lui a fait le reproche de ne pas avoir rencontré les proches des femmes décédées plus tôt.

«Li ti pé bat mo tifi…»

Malgré l’assurance donnée par la VPM, une question demeure : la police et le ministère de l’Égalité des genres n’étaient-ils vraiment pas au courant des cas Revat, Perrine ou encore Menes ? Car c’est bien ce qu’a affirmé Fazila Jeewah-Daureeawoo au Parlement. «Les cinq cas, à Maurice et à Rodrigues, n’étaient pas connus par mon ministère. Le commissaire de police m’informe qu’ils n’ont pas non plus été rapportés aux forces de l’ordre», a-t-elle dit. Une réponse qui a laissé Xavier-Luc Duval sceptique. Pour y voir plus clair, l’express s’est tourné vers les proches des défuntes.

«La ministre ne sait pas ce qu’elle dit au Parlement. Joyce Revat faisait le va-et-vient au poste de police. Mais on ne l’a jamais prise au sérieux», martèle Gina Edouard, la belle-soeur de la trentenaire tuée par son concubin le 13 septembre. Selon la proche, qui elle-même est victime de violence conjugale, les policiers «zamé pann ékrir dan liv kan mo belser ti pé alé».

Gina Edouard explique qu’elle a elle-même dû se battre pour obtenir un Protection Order il y a deux ans. «J’ai porté plainte, je peux le prouver, j’ai l’OB number mais je suis toujours battue par mon compagnon. La police ne l’a jamais arrêté. Ma belle-soeur est déjà allée au poste de police de Curepipe après avoir été tailladée au front par son concubin quelques mois avant qu’il ne lui ôte la vie. Encore une fois, on ne l’a pas prise au sérieux. Et elle avait peur de déserter le toit conjugal à cause de ses enfants», raconte-t-elle. D’ajouter être convaincue que la victime serait toujours en vie si «la police avait agi de façon plus compétente».

Géraldine Hall, la soeur de Stéphanie Menes, mortellement poignardée par son époux le 4 septembre, abonde dans le même sens. «Le samedi précédant son meurtre, ma soeur s’est rendue aux Casernes centrales. Elle a dit que son mari avait menacé d’enlever ses enfants et qu’elle était battue. Mais les officiers l’ont renvoyée au poste de police d’Abercrombie. Son époux y était, elle n’a pu dire les choses comme elle le souhaitait», explique-t-elle.

De faire ressortir que la victime a obtenu un «papier pour se rendre à la Family Protection Unit» le lundi suivant, soit deux jours avant d’être tuée. Mais ceci n’aura rien changé. «Comment peut-on prétendre que ni la police ni le ministère n’était au courant du cas de ma soeur ? On aurait dû prendre sa déposition aux Casernes centrales, au lieu de la renvoyer au poste de police d’Abercrombie. Les officiers qui y sont postés connaissaient son époux, personne n’a pris cette affaire au sérieux…»

Joint au téléphone à Citron-Donis, à Rodrigues, la mère de Chansela Perrine, Merina Perrine, avance elle aussi que sa fille s’est souvent rendue au poste de police de Petit-Gabriel. Cette dernière a été tuée devant ses enfants le 20 août. «Souvent, elle a eu besoin de l’aide de la police pour aller récupérer ses enfants chez son concubin. Il était violent, la police le savait.»

Le coeur brisé, la mère, qui a aujourd’hui sous sa garde ses trois petits-enfants, ajoute que la seule fois que Jean Maurice Collet, le suspect, toujours recherché par la police, avait été arrêté, était quand il a mis le feu à la maison avant de tenter de se suicider il y a six mois. «Mé zot pann aret li mem li ti pé bat mo tifi…»

Pour Xavier-Luc Duval, le gouvernement doit impérativement démarrer une enquête indépendante, présidée par un magistrat, pour faire la lumière sur toute cette affaire.




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Lexpress

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