A Arad, une « logique de confrontation » symptomatique des fractures de la société israélienne

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Members of the Gur orthodox jewish community of the city of Arad, heading back home on a Saturday night after praying in a synagogue buliding  that is not officialy  recognaized by the city municaipality as synagogue.

AMNON GUTMAN POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 02h37

Il n’y a guère que la beauté du paysage sur laquelle s’accordent les citoyens d’Arad, une commune perdue dans le grand Sud israélien : des vagues de terre jaune à perte de vue, où affleure la pierre calcaire, au confluent des déserts de Judée et du Négev. A 700 mètres au-dessus du niveau de la mer Morte, l’air est frais, le soir, dans cette ville de 27 000 habitants, étendue en étoile sur quatre collines.

Ce vendredi de septembre, à la nuit tombante, des hommes coiffés d’une toque de fourrure quittent un lieu de prière aménagé dans un pavillon. Ces haredim – littéralement « ceux qui tremblent » et craignent Dieu – appartiennent à la communauté ultraorthodoxe de Gour. Modestement présents à Arad dans les années 1980, ils s’y sont établis en masse depuis dix ans, jusqu’à former environ 20 % de la population, soit deux fois la proportion nationale des haredim. Leurs longs manteaux noirs et leur pâleur les distinguent nettement des voisins, juifs séculiers issus à près de 40 % de familles émigrées de l’ex-Union soviétique.

Une vue de la ville d’Arad depuis l’observatoire de Moav, dans le grand sud d’Israël, le 8 septembre.
Une vue de la ville d’Arad depuis l’observatoire de Moav, dans le grand sud d’Israël, le 8 septembre. AMNON GUTMAN POUR « LE MONDE »

Ces deux communautés se méprisent. Il leur est arrivé de se battre. Ces tensions illustrent, de façon dramatique, celles qui agitent tout le pays à l’approche des législatives du 17 septembre. Les rivaux du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, font campagne contre son alliance jugée « maudite » avec les partis ultraorthodoxes. Ils l’accusent notamment de capituler devant leur réticence à servir dans l’armée, le creuset national. En avril, M. Nétanyahou a échoué à former une coalition gouvernementale pour n’avoir pas su imposer une loi facilitant leur conscription.

Cette bataille politique en révèle une autre, plus profonde, entre des « tribus » presque étrangères : d’un côté, des juifs démocrates, séculiers ou traditionnels, de l’autre, des fondamentalistes pour lesquels le jeune Etat d’Israël existe à peine, sinon comme adjuvant aux rabbins.

La bataille de l’espace public

D’une certaine façon, Arad est en avance sur ces fractures. « Les ultraorthodoxes ont grandi avec nous. Entre voisins, nous partagions tout. Mais les nouveaux arrivés se sont comportés comme des brutes extrémistes », raconte Merav Schmul-Leiba, une esthéticienne, mère célibataire de trois adolescentes. Un été, au milieu des années 2010, de jeunes religieux ont craché aux pieds de l’aînée, vêtue d’un short et d’un tee-shirt à manches courtes. « Une lampe rouge s’est allumée dans ma tête », dit-elle.

Des récits alarmants apparaissent alors sur Facebook : des haredim auraient demandé à des femmes d’Arad de s’asseoir à l’arrière d’un bus public. D’autres ont encerclé en chantant la voiture d’un jeune homme qui revenait chez ses parents, un samedi de shabbat pendant les fêtes religieuses de Soukkot, pour lui interdire de conduire. « Il a eu tellement peur… Alors nous avons décidé de nous organiser », poursuit l’esthéticienne.



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