Travail au noir: des ouvriers étrangers abandonnent le textile

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Quelque 5 000 Bangladais travailleraient au noir, notamment dans la restauration.  © DORECK CLAIR

La sonnette d’alarme est tirée. Le nombre de clandestins recensés par les autorités récemment risque d’augmenter. Car des Bangladais et Malgaches recrutés pour travailler dans des usines textiles ne souhaitent plus y rester après les nombreuses fermetures qu’a connues le pays depuis le début de l’année. Bien que la majorité de ces ouvriers ait été redéployée ailleurs, la zone franche ne semble plus leur inspirer confiance. Ils préfèrent ainsi se faire embaucher dans d’autres secteurs, financièrement rémunérateurs, quitte à travailler au noir.

Du coup, ces ouvriers clandestins échappent aujourd’hui à la vigilance et au contrôle des autorités ministérielles et policières locales. À tel point que des institutions sont interpellées par l’ampleur de ce nouveau phénomène. À l’instar de la Mauritius Exports Association, qui se livre actuellement à une enquête serrée sur ces employés, majoritairement des Bangladais, portés disparus. Cela, afin de mieux cerner son impact social et économique sur le secteur. «Nous compilons actuellement les chiffres et serons en mesure prochainement de mieux analyser ce phénomène», explique- t-on dans l’entourage de la direction de cette institution du privé.

Le témoignage d’un haut cadre d’une entreprise opérationnelle dans le sud du pays abonde dans le même sens. «Notre usine a perdu à ce jour quelque 300 travailleurs étrangers, principalement des Bangladais et des Malgaches. Nous avons déjà informé la police, qui est dépassée par l’ampleur de cette situation. Aujourd’hui, nous n’avons aucun contact avec eux, ni de nouvelles activités dans lesquelles ils se sont engagés.»

À l’Hôtel du gouvernement, il ressort qu’autour de 4 000 Bangladais travailleraient au noir. Et depuis les récentes fermetures d’usines textiles, on estime que ce chiffre a augmenté par 1 000 au moins. Donc, à ce jour, on souligne que les Bangladais clandestins seraient au moins au nombre de 5 000 «dans la nature».

Interrogé par l’express, le syndicaliste Faizal Ally Beegun confirme qu’il existe en ce moment «un désordre» en ce qui concerne les travailleurs étrangers qui ont quitté les entreprises textiles. «Il n’existe aucun contrôle, aucun suivi. Ils détiennent toujours un permis de travail valide pour trois, cinq ou huit ans. Et c’est avec ce même permis qu’ils sont à la recherche d’un autre emploi», souligne-t-il. D’ajouter qu’il est en contact avec ces ouvriers qui ont «perdu confiance dans la zone franche et qu’ils ne veulent plus y travailler».

«Je connais des travailleurs étrangers qui ont connu une première fermeture à Palmar Ltée. Ils ont ensuite été envoyés à Tex Knits Ltée, qui a aussi fermé ses portes. Donc, après ce type d’expérience, ils ne veulent plus travailler dans le textile. Ils préfèrent trouver un emploi ailleurs, dans les supermarchés, par exemple. Et ils utilisent ce même contrat pour justifier leur demande d’emploi », fait ressortir le syndicaliste. Il s’étonne que la police soit incapable d’agir car, ditil, les descentes et les arrestations ne sont pas suffisantes. «Il est grand temps de faire une enquête approfondie. C’est un désordre extraordinaire.»

Recycler les étrangers

Comme on peut s’y attendre, cette situation occasionne des abus, dont la maltraitance, l’exploitation, voire des agressions. Car les ouvriers, selon les spécialistes de ce secteur, sont dans le besoin et sont prêts à tout pour pouvoir rester à Maurice et fuir la misère qui subsiste dans leur pays d’origine. Par ailleurs, plusieurs étrangers côtoient l’univers de la drogue synthétique. Ce qui a poussé le ministère de la Santé à entamer des sessions de sensibilisation dans plusieurs endroits, notamment à Vallée-des-Prêtres.

De son côté, le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, indique à l’express que la majorité des travailleurs étrangers, employés dans le textile et qui ont été licenciés à la suite des fermetures liées aux raisons économiques, ont été déplacés dans d’autres entreprises. «Seuls 26 employés étrangers attendent d’être redeployés», avance-t-il. D’ajouter que ceux qui «se sauvent» des emplois pour lesquels ils détiennent un permis de travail sont dans l’illégalité. «Il s’agit d’un breach of contract sous la Non Citizens (Employment Restriction) Act», souligne-t-il.

Selon le ministre, les supermarchés, entre autres, ne sont pas considérés comme des «scarcity areas», où devraient être employés en priorité des étrangers. Mais il ajoute que dans les cas où cela est permis, le ministère du Travail essaie de faciliter dans la mesure du possible la reconversion des étrangers.

Pluie de licenciements…

Depuis le début de cette année, trois entreprises ont mis la clé sous le paillasson, nommément Palmar Ltée, Future Textiles et Tex Knit ; deux autres ont été mises sous administration judiciaire, Rozanna Textile et Tara Knitwear, alors que Firemount Ltd pourrait délocaliser ses opérations. Une situation qui a entraîné la perte de plus de 2 000 emplois. Par ailleurs, sur 31 253 travailleurs étrangers recensés officiellement dans le secteur manufacturier, en septembre 2018, on dénombre 24 011 Bangladais à la même période, 9 158 Indiens, 4 668 Malgaches, 1 970 Chinois et 1 244 Sri Lankais.

La boulangerie attire les ex-licenciés du textile

Nasser Moraby, le président de l’Association des propriétaires des boulangeries de Maurice, confirme que les commerces du secteur ont été approchés par des Bangladais à la recherche d’un emploi. «Je ne sais pas s’il s’agit d’anciens ouvriers du textile ou pas. Mais il nous faut respecter le quota imposé par le ministère du Travail, c’està- dire employer un Mauricien contre trois Bangladais», dit-il. Toutefois, il ajoute que les Mauriciens ne se montrent pas intéressés. Et ce qui complique davantage la tâche des boulangeries qui veulent employer des étrangers, c’est lorsque quelqu’un est déclaré «missing», il faut absolument qu’il soit retrouvé avant que l’employeur ne soit autorisé à en recruter de nouveau.




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Lexpress

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