Entre Séoul et Tokyo, une guerre de la mémoire

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Le Japon craint que la victoire judiciaire d’un travailleur forcé, envoyé dans l’archipel en 1941, fasse boule de neige.

Par Publié aujourd’hui à 11h01

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Lee Chon-shik avec des manifestants demandant réparation au Japon pour les travailleurs forcés, à Séoul, le 15 août.
Lee Chon-shik avec des manifestants demandant réparation au Japon pour les travailleurs forcés, à Séoul, le 15 août. KIM HONG-JI / REUTERS

Agé de 94 ans, Lee Choon-shik est un véritable héros en Corée du Sud. Le vieil homme digne, au regard vif, est au cœur de ce que la presse de son pays qualifie de « guerre sur l’histoire, pas une guerre commerciale » avec le Japon. Dans son petit appartement de Gwangju (sud), assis sur son lit, en forme malgré l’écrasante chaleur estivale, il sort avec précaution sa copie de la décision judiciaire. « J’attends toujours l’argent. Il devait arriver en juillet », dit-il.

La Cour suprême sud-coréenne a condamné, le 30 octobre 2018, le géant industriel nippon, Nippon Steel & Sumitomo Metals (NSSM), à dédommager quatre anciens travailleurs forcés de la période coloniale, entre 1910 et 1945. Lee Choon-shik est l’unique survivant, les autres étant décédés au cours de la procédure engagée en 2003. Au terme de l’arrêt, NSSM doit lui régler 100 millions de wons (74 000 euros), juste retour des souffrances endurées après son envoi au Japon. Une première dans l’histoire des relations bilatérales, inadmissible pour Tokyo.

En guise de représailles contre Séoul, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a décidé d’encadrer bien plus sévèrement les exportations de produits vers la Corée du Sud. Dans une Corée assoiffée de justice historique, la réaction nippone a été perçue comme une déclaration de guerre.

Les Sud-Coréens ont répliqué par un boycottage massif des produits nippons, des manifestations et des événements mémoriels autour des victimes de la colonisation. « Abe n’a pas compris que la société civile coréenne est un vétéran des luttes politiques. Nous avons lutté contre les dictatures. Parfois nous perdons, parfois nous gagnons », rappelle l’influent commentateur politique Kim Ou-joon, pour qui le premier ministre nippon « a commis une énorme erreur : il ne peut pas gagner cette guerre ».

Haut-fourneau

Le président, Moon Jae-in, avait choisi de prononcer son discours du 15 août – jour anniversaire de la libération de 1945 – depuis le monument de l’indépendance de Cheonan, au sud de la capitale, la ville natale de Ryu Gwan-sun (1902-1920), torturée à mort pour sa participation au mouvement du 1er mars 1919 contre l’occupant nippon.

Ce même jour, sur la place Gwanghwamun, cœur des rassemblements à Séoul, les tee-shirts et autres panneaux « No Abe » – avec le « o » en rouge, comme le drapeau nippon –, fleurissaient dans une foule en transe au son d’un Arirang, hymne de la résistance coréenne, à la flûte traditionnelle.



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