Société/Monde: Enlèvements internationaux d’enfants – «150000 cas au Japon chaque année»

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De nombreux pères ou mères d’enfant à la nationalité japonaise ne peuvent plus les voir après s’être séparé de leur conjoint. Une avocate parisienne vient de saisir le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

« Tsubasa et Kaede Fichot, 3 ans et 1 an : privés de tout accès à leur père depuis le 10 août 2018. Nathan Lambert, 6 ans : privé de tout accès à son père depuis le 30 juillet 2016. Claire de Fournas, 7 ans : privée de tout accès à son père depuis le 11 avril 2015. » Ces cas figurent parmi les dix que le cabinet parisien Zimeray-Finelle a fédéré : des enfants japonais, franco-japonais, italo-japonais et américano-japonais que la séparation de leurs parents a définitivement privé de tout lien avec l’un d’eux. Sur le fondement de ces dossiers, tragiques et représentatifs, Me Jessica Finelle a saisi le 9 août le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies des violations des droits de l’enfant commises par le Japon.

« Nous leur demandons de considérer le phénomène dans son ampleur, soit les 150 000 cas d’enfants enlevés chaque année dans ce pays, et de reconnaître la responsabilité du Japon dans le maintien d’un système archaïque institutionnalisé depuis des décennies », explique-t-elle. Un système où les « abandonnés », désignés ainsi par les médias, en majorité des pères, sont censés se résigner à ne plus voir l’enfant enlevé par leur ex. Et se voient contraints à l’impuissance : police et tribunaux refusent leurs plaintes, octroient la garde au kidnappeur, voire les menacent de poursuites.

La saisine de l’instance onusienne montre que les parents privés de leurs enfants ne sont plus résignés, souligne l’avocate. Elle demande la nomination d’un expert à même d’établir un rapport sur la situation, et l’adoption d’une résolution exhortant le Japon à y mettre fin.

Une histoire sans fin pour des parents qui se déchirent :

Malgré l’entrée en vigueur tardive au Japon de la
Convention de la Haye sur les enlèvements d’enfants en cas de séparation d’un
couple binational, de nombreux enfants se voient toujours brutalement privés
d’un de leur parent. Confrontés au mur d’indifférence des autorités, ces
parents continuent de se battre corps et âme pour retrouver leur(s) enfant(s).

Un soir de juillet 2015, à Chiba, en banlieue de Tokyo, c’est une maison désespérément vide qu’a trouvé

Stéphane Lambert en rentrant du travail. « Ce jour-là, ma
vie a basculé dans l’horreur. Seuls les parents peuvent comprendre cette
douleur qui me réveille encore la nuit ». Aujourd’hui âgé de 6 ans, son fils
Nathan, avec qui il entretenait une relation « fusionnelle », reste
introuvable, enlevé par sa mère au Japon. Un scénario que ce Français de 48
ans était loin d’imaginer lorsqu’il a rencontré son épouse japonaise, en
2009, à Hong Kong. Désemparé et ruiné par les frais d’avocats, ses appels
à l’aide lancés aux autorités consulaires françaises « ont été balayés
d’un revers de la main. On m’a rétorqué que le Japon est un pays souverain,
qu’il n’y avait rien à faire ».

Emmanuel de Fournas partage ce sentiment de désarroi. Il est, en septembre 2014, le premier père d’un enfant franco-japonais à engager une procédure dans le cadre de la Convention de la Haye, qui vise à assurer le retour immédiat des enfants enlevés et à faire respecter les droits de visite. Lui promettant qu’il reverrait sa fille, sa femme le fera, en fait, arrêter pour tentative d’enlèvement. Il raconte avoir été placé en garde à vue pendant 23 jours et maltraité par les autorités nippones qui l’accusaient « d’avoir mis à mal les relations entre la France et le Japon ».

Le message était clair : « Si je m’obstinais à demander le
retour de ma fille, on m’enfermerait en prison, puis on m’expulserait
définitivement du Japon, ce qui aurait anéanti les chances déjà très
minces de revoir mon enfant ». La signature d’un accord obtenu « sous la
contrainte, comportant une lettre d’excuse au procureur, m’a finalement permis
de retrouver ma liberté ».

L’enlèvement n’est pas un crime dans le pays

Du côté des autorités japonaises, « non seulement on
reste sourd face à notre détresse, mais les kidnappeurs sont soutenus »,
accuse Paul- Georges Touja, le président de l’association « Sauvons nos
enfants- Japon », se référant à un séminaire co-organisé par le ministère
des Affaires étrangères du Japon et la Fédération japonaise des
associations du barreau, à Paris, le 15 mai 2018, où « l’on expliquait aux
participants comment contourner la Convention de la Haye », s’indigne-t- il.

L’entrée en vigueur effective de ce traité « se heurte
encore au code civil japonais, faute de reconnaissance de la garde partagée »,
explique le professeur de droit, Kazuhiko Yamamoto, qui a présidé une
commission dédiée à ce sujet au ministère de la Justice, en août dernier.
« Au Japon, ces cas relèvent du droit civil et non pas du droit pénal, c’est
pourquoi la police locale n’intervient pas. Elle craint aussi des scènes de
violence

Pour ce spécialiste, la situation n’est pas encore désespérée : « Nous planchons sur une nouvelle loi qui autoriserait les policiers à renvoyer l’enfant en l’absence du parent kidnappeur ». Une manifestation des parents concernés est prévue ce samedi devant la Maison de la culture du Japon, à Paris.

© Radio Capitole avec le Parisien



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