à Addis-Abeba, les galères se multiplient pour les start-up

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Une nouvelle réglementation interdit aux deux-roues de circuler dans la capitale. Un coup dur pour les services de livraison qui subissent déjà des coupures d’Internet.

Par Publié aujourd’hui à 19h00

Temps de Lecture 3 min.

Dans le centre de la capitale éthiopienne Addis-Abeba.
Dans le centre de la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Hauke Dressler / Photononstop

Les scooters électriques sont garés dans la cour où des sacs s’empilent les uns sur les autres. Avec regret, Ambaye Michael Tesfay et son associé, Temesgen Gebrehiwot, ont dû suspendre leur service de livraison ZMall après seulement quatre mois d’activité à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. En cause, une nouvelle réglementation effective depuis le dimanche 7 juillet qui interdit aux deux-roues de circuler dans la ville jusqu’à nouvel ordre. « Quand j’ai entendu parler de cette interdiction, je ne pensais pas que c’était réel et que ce serait aussi radical », s’étonne encore l’entrepreneur de 29 ans, cofondateur de l’entreprise ETTA Solutions PLC.

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Cette mesure a été prise par la municipalité d’Addis-Abeba dans le but de réduire la petite criminalité. Un phénomène en hausse dans cette capitale d’environ 4 millions d’habitants auparavant réputée très sûre. D’après le maire adjoint, Takele Uma, de nombreux vols à l’arraché et des agressions violentes sur les résidents ont été commis par des motards ces derniers mois. L’édile avait toutefois assuré que les véhicules utilisés à des fins professionnelles, notamment par les missions diplomatiques, le gouvernement et les entreprises, ne seraient pas concernés. Mais les jeunes pousses qui se sont lancées dans le marché de la livraison de repas sont touchées de plein fouet.

La start-up Deliver Addis, en pleine expansion depuis sa création en 2015, a interrompu temporairement ses activités, entraînant des pertes de l’ordre de 74 000 birrs (quelque 2 260 euros) par jour pour la cinquantaine de restaurants avec lesquels elle travaille, selon son fondateur Feleg Tsegaye. Cette décision a été prise « pour la sécurité [des] conducteurs », quand des motos ont commencé à être saisies dans la capitale après l’annonce, mi-juin, de l’entrée en vigueur prochaine de cette réglementation.

Impact négatif

Chez ZMall aussi, l’immobilisation des véhicules a été jugée préférable dans l’attente de clarifications. Il ne fallait faire courir aucun risque aux douze employés qui livraient, en moyenne, cent repas par jour pour le compte des quatre succursales de l’enseigne Pizza Hut, estime Ambaye Michael Tesfay. Celui-ci a pris peur à l’annonce de la mort de deux jeunes hommes qui auraient été tués par la police, le 24 juin, alors qu’ils circulaient à moto dans la capitale, selon une information de l’hebdomadaire éthiopien Addis Maleda.

L’entrepreneur regrette l’impact négatif de cette mesure sur la vie de milliers de jeunes sous-employés qui subvenaient à leurs besoins grâce à leur moto – et leur réseau – souvent de manière informelle. En quelques années, le nombre d’engins à deux roues a explosé dans la capitale, permettant d’esquiver des embouteillages de plus en plus fréquents et de livrer rapidement médicaments, documents ou encore pièces de rechange.

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« Beaucoup de choses auraient pu être évitées si la réglementation avait été plus stricte au départ. Les lois étaient très vagues », notamment en ce qui concerne les plaques d’immatriculation et les permis des conducteurs, déplore Ambaye Michael Tesfay. Un flou entoure également la nouvelle législation. « Tout ce qu’on nous a dit, c’est que des licences seraient accordées à certains. Mais nous n’avons pas reçu de liste complète des entreprises et des types d’industries autorisées à utiliser des motos », poursuit celui qui devait lancer cette semaine le tout premier service de livraison de courses de la capitale en partenariat avec un supermarché. « Nous avons eu des problèmes d’électricité, d’Internet et maintenant l’interdiction des motos. Cela fait mal à l’entrepreneuriat », précise-t-il.

Un profond ras-le-bol

Ces derniers temps ont été mouvementés pour les Ethiopiens qui ont subi pendant près de deux mois un rationnement de l’électricité, en raison du manque d’eau dans des barrages du sud du pays. Des coupures intermittentes des services de messagerie SMS et d’Internet en juin et juillet ont également entraîné un profond ras-le-bol des locaux et des expatriés. La dernière en date, survenue peu après une série d’assassinats politiques le 22 juin, était censée protéger la sécurité nationale et empêcher la propagation d’infox. Mais elle a surtout handicapé les activités économiques. Selon Netblocks, une organisation non gouvernementale qui surveille la censure d’Internet, l’Ethiopie perdrait au moins 4,5 millions de dollars (quelque 4 millions d’euros) par jour d’interruption de la connexion.

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« Cela doit cesser. Si ces coupures continuent, notre entreprise et les jeunes qui travaillent avec nous vont en pâtir », affirme Samrawit Fikru, créatrice de l’application Ride, une sorte d’Uber éthiopien en plein essor. L’entrepreneuse de 30 ans a utilisé le temps de cette déconnexion forcée pour enregistrer 800 nouveaux véhicules – ils sont désormais plus de 2 800 – et augmenter le nombre d’agents de son centre d’appels qui était complètement saturé. D’après elle, le gouvernement devrait autoriser le fonctionnement permanent de certains sites et applications afin de ne pas paralyser l’économie, et se contenter de bloquer les réseaux sociaux par exemple. En attendant, la femme d’affaires a décidé de développer d’ici à six mois « un système qui n’a pas besoin d’Internet » pour fonctionner.

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