«Ti sinwa»: d’ancien trafiquant à universitaire

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De janvier à juin de cette année, 23 mineurs se sont fait arrêter pour des délits de drogue.

Depuis quelque temps, les enfants sont la cible des gros trafiquants de drogue. Utilisés pour le transport et la vente de la marchandise, beaucoup ne s’en sortiront pas s’ils ne trouvent pas le soutien de parents ou d’adultes concernés. Histoire d’une exception…

Rien que pour les premiers six mois de cette année, 23 mineurs se sont fait arrêter pour des délits de drogue, alors que pour toute l’année 2018, il y avait eu 57 arrestations. Deux enfants de six ans et neuf ans ont été interpellés à leur descente d’avion début mai pour avoir transporté de la drogue dans leurs sacs. La semaine dernière, une adolescente de 15 ans s’est fait coffrer alors qu’elle transportait 21 doses de drogue synthétique, de Bambous à Rivière-Noire. Quelques jours plus tôt, un autre jeune de 15 ans a été arrêté lors d’une fouille à son domicile. Soixante doses de drogue synthétique prêtes à être livrées ont été saisies. Les deux adolescents ont été placés au centre de détention juvénile tandis que les deux enfants sont toujours dans un shelter, géré par la Child Development Unit.

Que deviendront ces enfants, exploités par des adultes malfaisants qui ne pensent qu’à s’enrichir ? Sont-ils condamnés à s’enfoncer dans le trafic et la consommation de ce poison qui infeste de plus en plus notre pays ? Estce que leur arrestation sera pour eux une deuxième chance ? Trouveront-ils, comme ce jeune homme dont l’histoire suit, des adultes pour les remettre sur le droit chemin ? Lui, c’est «Ti Sinwa», le surnom donné par ses amis du collège d’État qu’il fréquentait à l’époque.

Pour ses proches, il avait tout l’air d’un enfant normal et épanoui pour son âge, qui rapporte d’excellents résultats à la maison. Mais pour ceux qui le connaissent au collège, il est une vraie fureur, «enn difolter», «enn vander ladrog», le genre de personne avec qui on évite à tout prix de traîner après les heures de classe, car on ne sait pas à quel moment il peut se faire choper par la police. D’ailleurs, son interpellation fait l’effet d’une douche froide sur ses parents quand la police débarque à son domicile, il y a quelques années, avec un mandat de perquisition.

Aujourd’hui, admis dans une institution universitaire pour des études en Business Administration, il a honte de revenir sur son passé. Rien qu’à le regarder, personne ne saurait qu’il a déjà été coffré pour possession de drogue ou qu’il a été, il y a quelques années, un trafiquant. Pourtant, grâce à ses parents et deux directeurs de collège, il s’en est sorti et s’est refait une santé en changeant d’école, d’endroit et de mode de vie.

«J’étais influençable»

«Ti Sinwa» se souvient qu’à ses débuts au collège, il n’était pas du tout trafiquant et ne connaissait point la drogue. Mais ses fréquentations et son caractère ont vite changé. «À l’école, je n’étais personne. J’étais de petite taille, on se moquait souvent de moi car mes parents venaient me déposer. Mais j’étais aussi un gamin influençable. J’étais la cible des trafiquants qui venaient régulièrement près du collège à la sortie des classes.»

C’est d’ailleurs avec l’approche des trafiquants qu’il commence à se faire des amis. «Quand je sortais du collège, je me souviens que je passais toujours près d’eux pour qu’ils m’abordent. Et puis, un jour, cela s’est produit. Nous sommes devenus des ‘amis’. Ils me payaient un coca et nous faisions des blagues. Puis, un jour, ils m’ont emmené avec eux livrer de la drogue dans un faubourg de Port-Louis. J’étais content, je me sentais important», explique «Ti Sinwa».

Un jour, ses «amis» lui demandent s’il peut écouler de la drogue synthétique au collège. Il accepte volontiers. Il se fait plein de clients et jongle avec l’argent. Il en consomme aussi. Même le recteur du collège sait qu’il s’adonne à ce trafic, mais le personnel a peur de lui, à cause des gens qu’il fréquente. «Beaucoup de collégiens ont dû changer de collège par ma faute», avoue le jeune homme.

Un jour, alors qu’il rentre vers 19 heures, des limiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) débarquent à son domicile. Il flippe car il sait qu’il a des doses de drogue synthétique sur lui. Mais l’angoisse l’empêche de bouger. «Ils ont trouvé de la drogue dans mon sac. Je me souviens encore du visage de mes parents. Ils étaient bouleversés et ma mère n’arrêtait pas de pleurer. J’ai été emmené au bureau de l’ADSU et placé en détention au centre juvénile de Petite-Rivière. C’était un vrai cauchemar pour moi, pour ma famille. Ceux que je considérais comme mes amis m’avaient lâché. Lors de mon interrogatoire, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien sur eux», relate le jeune homme.

Après beaucoup de lutte et avec l’aide de ses parents, il a pu s’en sortir. Ils l’ont emmené en Australie, où il a fait une cure de désintoxication, et ils sont rentrés à Maurice pour lui redonner confiance en lui-même.




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Lexpress

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