Chef du groupe centriste au Parlement, le « Macron roumain » est-il opposé au mariage homosexuel ?

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Dacian Ciolos, alors premier ministre de la Roumanie, le 7 mars 2016, à Bruxelles.
Dacian Ciolos, alors premier ministre de la Roumanie, le 7 mars 2016, à Bruxelles. THIERRY CHARLIER / AFP

Dacian Ciolos va incarner et conduire la politique des libéraux européens suite au renoncement forcé de la favorite, Nathalie Loiseau. L’ancien premier ministre de la Roumanie (2015-2017) a été désigné, mercredi 19 juin, à la tête du groupe Renaissance Europe (ex-ALDE) au Parlement européen.

Depuis l’annonce de son élection, celui qui est surnommé « le Macron roumain » est pointé du doigt pour ses positions sur le mariage entre personnes du même sexe. Il est notamment accusé d’avoir été en Roumanie le défenseur « de la famille traditionnelle » et de ne jamais avoir clairement tranché sur la question du mariage pour tous.

Sur Twitter, le député Boris Vallaud (PS) a déclaré :

« La fable progressiste d’En Marche : vérité en deçà des Ardennes, erreur au-delà ? Les députés européens macronistes ont désigné à la tête de leur groupe… Dacian Ciolos, un opposant au mariage pour tous. “Une Europe qui se bat pour ses valeurs” ? Visiblement pas celles de l’égalité. »

Joël Deumier, coprésident de SOS Homophobie, a quant à lui dénoncé les propos « homophobes » qu’aurait tenus M. Ciolos :

« Il n’y a pas de quoi se réjouir, Dacian Ciolos, élu président du groupe Renaissance Europe, s’est démarqué par ses propos homophobes notamment sur la reconnaissance des mariages de couple de même sexe dans l’UE. On est loin du progrès en matière d’égalité et de droits des LGBT. »

SUR QUOI S’APPUIENT SES DÉTRACTEURS POUR LE CRITIQUER ?

Lorsqu’il occupait le poste de premier ministre, Dacian Ciolos avait rappelé son attachement à la « famille traditionnelle ». Dans un entretien publié en octobre 2016 sur le site HotNews, il avait été invité à réagir aux propos du président roumain Klaus Iohannis, qui appelait à une plus grande tolérance envers les minorités « pour ne pas tomber dans le fanatisme religieux ».

Voici ce que disait alors M. Ciolos :

« Je plaide pour la tolérance à l’égard de l’idée de la famille. Nous avons une Constitution, je pense que la famille est un élément important, un noyau de la société roumaine, et je ne pense pas que l’idée de la famille en Roumanie devrait être systématiquement contredite par l’idée de tolérance. »

Cette sortie n’était pas due au hasard. Le débat sur le mariage homosexuel occupait alors tous les débats. A cette époque, un couple américano-roumain s’était lancé dans une bataille juridique pour faire reconnaître son union dans un pays très imprégné de religion, où le mariage entre personnes de même sexe est interdit.

Joint par Le Monde, Vlad Levente Viski, président de l’association LGBT roumaine Mozaiq, explique : « En bon politicien, Dacian Ciolos essayait de se positionner sur la question du mariage entre personnes du même sexe tout en essayant de ne pas avoir de position forte sur le sujet. » Il estime que le bilan de M. Ciolos en tant que chef du gouvernement n’a pas été glorieux et cite l’exemple d’un texte législatif en faveur de la légalisation du mariage entre personnes de même sexe qu’il a refusé de signer en octobre 2016 :

« Lorsqu’il était premier ministre, le gouvernement de Ciolos refusé de signer une position officielle en faveur de la légalisation des unions civiles. Cette position officielle a été rédigée par le ministère de la justice et recommandait la légalisation des mariages entre personnes du même sexe. Mais pour que cette position soit présentée au Parlement, elle devait être signée par le premier ministre. Le gouvernement n’a pas voulu se positionner. »

Concernant le recours en justice du couple homosexuel, le gouvernement de M. Ciolos avait recommandé à la Cour constitutionnelle de rejeter l’affaire. Elle sera finalement conduite devant la Cour de justice européenne, qui a reconnu en juin 2018 le lien marital entre les deux hommes.

Lire aussi Le conjoint homosexuel d’un Européen a le droit de séjour partout dans l’UE, selon la justice européenne

POURQUOI SES PARTISANS DÉNONCENT « DES ACCUSATIONS SANS FONDEMENT »

En 2018, le gouvernement roumain a décidé d’organiser un référendum afin d’inscrire durablement dans la Constitution l’interdiction du mariage entre personnes du même sexe. M. Ciolos n’était plus chef du gouvernement depuis plus d’un an. Pour que le référendum ait lieu, un seuil minimum de 30 % d’électeurs était requis. Seuls 20,41 % des électeurs ont voté lors de ce scrutin, faisant ainsi échouer le référendum.

Dans une lettre adressée au peuple roumain, Dacian Ciolos avait appelé à boycotter le référendum, taclant au passage le chef du gouvernement, Liviu Dragnea, condamné deux fois à des peines de prison pour fraude électorale et trafic d’influence (il sera aussi condamné à trois ans et demi de prison ferme en mai 2019). M. Ciolos appelait dans sa lettre à respecter les convictions des uns et des autres :

« Chacun de nous doit respecter sa propre foi et la foi de son prochain et ne doit surtout pas faire de la foi une arme contre les autres. […] Nous devons savoir choisir le bon chemin et ne pas nous tromper, ne pas laisser nos valeurs et nos croyances devenir des armes entre les mains de personnes irresponsables qui ont leur propre enrichissement comme seule foi. »

En décembre 2018, M. Ciolos entame une nouvelle étape politique en lançant sa propre formation, le Parti de la liberté, de l’unité et de la solidarité (PLUS). Dans le manifeste du parti, parmi les « valeurs et croyances » partagées, on trouve la « conviction que les personnes naissent libres et égales, indépendamment de leur orientation sexuelle » :

« Nous partageons la conviction profondément humaniste que toutes les personnes naissent libres et égales en droits, indépendamment du sexe, de la race, de l’appartenance ethnique, de la religion, de la classe sociale, du handicap, de l’orientation sexuelle. […] Nous partageons la conviction que, pour que les droits puissent être exercés par tous les membres de la société, des politiques antidiscrimination, d’égalité des chances et des politiques visant à réduire la pauvreté et la polarisation sociale doivent être en place et appliquées. »

Si M. Ciolos n’a jamais exprimé publiquement et franchement son soutien au mariage pour tous, le porte-parole du parti PLUS, interrogé par le site Politico, a dénoncé des « accusations sans fondement ». Le porte-parole a cependant refusé de donner la position actuelle de Dacian Ciolos sur le sujet, indiquant qu’il répondrait en temps voulu aux questions du groupe Renaissance Europe.

Une déclaration qu’attend avec impatience Vlad Levente Viski : « Nous n’avons pas encore entendu de déclaration forte de Dacian Ciolos en faveur des mariages entre personnes du même sexe », regrette-t-il, avant de résumer : « Je ne le considère pas comme un ami de la communauté LGBT. Ses déclarations ont été ambivalentes sur le sujet des droits LGBT lorsqu’il a exercé le pouvoir et son bilan est assez négatif sur ce sujet. Cependant, il faut noter que son opposition au référendum de 2018 a marqué. »

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