Malgré sa prodigieuse altitude, le plateau tibétain se réchauffe de façon notable

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En dépit de son altitude moyenne d’environ 4000 mètres, le plateau tibétain n’échappe pas à la hausse du mercure qui afflige notre planète. En général, les régions de haute altitude tendent à se réchauffer plus rapidement que la moyenne mondiale. Pour la zone tibétaine, la variation du taux de réchauffement avec l’altitude varie sensiblement en fonction de la région considérée. Les estimations les plus récentes ont été publiées dans une étude parue le 2 mai 2019 dans la revue JGR Atmospheres.

Le plateau tibétain : une région difficile d’accès 

Évaluer de manière précise l’évolution de la température dans cette région d’Asie centrale n’est pas une mince affaire. En effet, les conditions météorologiques très rudes et le relief escarpé en font un environnement difficile d’accès. Ainsi, l’essentiel des stations se situe au sud et à l’est, dans des zones moins hostiles. Autrement dit, sous les 4000 mètres – qui, on le rappelle, est à peine l’altitude moyenne du plateau.

Pour pallier ce manque de mesures aux altitudes plus élevées, les chercheurs se tournent naturellement vers les données satellitaires. Des capteurs tels que le spectroradiomètre MODIS ont une vue complète et fournissent une aide précieuse.

Toutefois, ils mesurent la température de surface alors qu’une station météorologique donne celle à 2 mètres (T2M). Il faut donc développer un outil qui permet d’inférer la T2M en fonction de la température de surface. Une tâche pas simple en soi. De plus, la mesure satellitaire est parasitée par des phénomènes comme les nuages ou le type de substrat, ce qui ne facilite pas le travail.

Plateau tibétain
Altitude du relief tibétain en couleurs. Les 87 stations utilisées sont marquées d’un cercle. Les 3 zones montagneuses étudiées sont encadrées en rose, vert et jaune. La ligne noire marque les frontières du plateau. Crédits : N. Pepin & al. 2019.

Dans une étude parue dans JGR Atmospheres ce 2 mai, des chercheurs ont conçu un nouveau modèle capable de déduire la T2M de la température de surface. La méthode statistique a été développée et testée sur 87 stations de l’Agence météorologique chinoise situées sur le plateau tibétain. La période d’étude couvre 15 ans – de 2002 à 2017.

« Avec le réchauffement, il est important de comprendre ce qu’il se passe à haute altitude, là où la quasi-totalité de la neige et de la glace existent dans la région. En effet, ces réserves de neige sont essentielles pour l’approvisionnement en eau de milliards de personnes en Chine et en Inde. Et elles sont menacées par le changement climatique », explique Nick Pepin, auteur principal du papier.

Variation du taux de réchauffement avec l’altitude : une  forte dépendance régionale

Les auteurs ont choisi trois zones tibétaines bien différenciées pour leur travail (voir image ci-dessus). Il s’agit des monts Nyenchen Tanglha, Qilian et de l’Himalaya.

Les résultats mettent en évidence un réchauffement particulièrement marqué dans la région des monts Nyenchen Tanglha, à une altitude de 5000 à 5500 mètres. Selon les chercheurs, il est principalement dû à la rétroaction positive qu’induit le recul du manteau neigeux. Une hypothèse d’autant plus probante que le réchauffement culmine la journée et non la nuit. Vers 6500 mètres, le réchauffement nocturne devient plus important, probablement en lien avec la hausse de l’humidité et de la couverture nuageuse.

plateau tibétain température
Tendances de la température le jour (axe horizontal) pour les 3 régions, en fonction de l’altitude (axe vertical). Les barres d’incertitudes sont indiquées. Crédits : N. Pepin & al. 2019.

La chaîne des monts Qilian ne montre aucune variation significative du réchauffement avec l’altitude. Le rythme d’élévation de la température est quasi uniforme entre 2000 et 6000 mètres. La très faible quantité de neige permanente pourrait en partie expliquer cet état de fait – en limitant la rétroaction de l’albédo.

plateau tibétain température
Idem que pour la figure précédente, mais pour les températures nocturnes. Crédits : N. Pepin & al. 2019.

Enfin, pour l’Himalaya, les scientifiques n’observent pas d’amplification du réchauffement au-dessus de 5000 mètres. C’est même un refroidissement qui apparaît entre 6000 et 8000 mètres. Néanmoins, les auteurs soulignent que le peu de zones dépassant les 6000 mètres et la présence fréquente de nuages rendent les tendances obtenues aux très hautes altitudes incertaines.

« Ensemble, ces résultats suggèrent que le taux de réchauffement selon l’altitude est variable en fonction de la chaîne de montagnes examinée. L’accélération du réchauffement culmine probablement aux altitudes où la perte de neige est actuellement en cours. Mais il pourrait y avoir une stabilisation récente des taux de réchauffement aux altitudes les plus élevées », conclut le papier.

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