Face à la mobilisation de la société civile, la Russie abandonne les poursuites contre le journaliste Ivan Golounov

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Un partisan d’Ivan Golunov, un journaliste qui a travaillé pour le site indépendant Meduza, tient une affiche intitulée « Nous demandons la libération d’Ivan Golunov », à Saint-Pétersbourg, Russie, le samedi 8 juin 2019.
Un partisan d’Ivan Golunov, un journaliste qui a travaillé pour le site indépendant Meduza, tient une affiche intitulée « Nous demandons la libération d’Ivan Golunov », à Saint-Pétersbourg, Russie, le samedi 8 juin 2019. Dmitri Lovetsky / AP

Les poursuites contre le journaliste d’investigation Ivan Golounov, accusé de trafic de drogue, ont été levées mardi 11 juin. « Golounov sera libéré aujourd’hui de son assignation à résidence et les accusations sont abandonnées », a déclaré le ministre de l’intérieur, Vladimir Kolokoltsev, cité dans un communiqué.

Depuis l’interpellation, vendredi 7 juin, de ce journaliste d’investigation du site indépendant Meduza, la mobilisation n’avait cessé de croître. Les soutiens d’Ivan Golounov ont dénoncé une affaire montée de toutes pièces en rétorsion à ses enquêtes, qui concernaient notamment la corruption à la mairie de Moscou.

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Deux hauts responsables limogés

Les analyses réalisées sur demande de la justice n’avaient révélé aucune trace de drogue dans son sang et aucun des sachets saisis ans son sac à dos puis au cours d’une perquisition dans son appartement ne portait ses empreintes, selon les avocats du journaliste.

La justice devra désormais évaluer « la légalité des actions des policiers qui ont interpellé » le journaliste à Moscou. Selon M. Kolokoltsev, les policiers ayant procédé à l’arrestation ont été suspendus de leurs fonctions le temps de l’enquête.

Deux hauts responsables de la police seront, en outre, limogés. Il s’agit du général de la police Andreï Poutchkov, responsable des forces de l’ordre dans le district ouest de la capitale russe, et du général Iouri Deviatkine, qui dirige l’antenne moscovite du Département de la lutte contre le trafic de drogue, selon la même source.
Le sacrifice de hauts fonctionnaires est un signe de fragilité : dans toutes les affaires précédentes impliquant des membres des forces de l’ordre, le pouvoir avait choisi de faire corps et de ne pas abandonner les siens. Après la mort en prison du juriste Sergueï Magnitski, en 2009, et malgré l’émotion suscitée, ses tortionnaires avaient même été promus. Reste à savoir si les sanctions annoncées s’accompagneront d’une réforme réelle des méthodes policières, alors que les fausses accusations de trafic de drogue font partie des abus fréquemment dénoncés par les défenseurs des droits de l’homme.

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Onde de solidarité

Il s’agit d’une victoire sans précédent pour la société civile, donnée quasiment morte, confrontée à un arsenal législatif toujours plus répressif, et qui a réussi à l’emporter en seulement quelques jours.

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Partie des rédactions moscovites, la mobilisation s’est vite répandue à d’autres couches de la société, comme en témoignaient les centaines de personnes qui faisaient la queue depuis vendredi pour manifester, seules, devant le siège de la police, rue Petrovka. En Russie, la loi ne permet en effet les manifestations spontanées que si les participants sont séparés de 50 mètres les uns des autres.

Autre symbole de cette mobilisation tous azimuts, la « une » commune, mardi matin, de trois grands quotidiens économiques respectés dans l’opposition comme dans les cercles du pouvoir, proclamant conjointement : « Je suis, nous sommes Ivan Golounov ». Ce mouvement avait fait tache d’huile au point de pousser des supporteurs habituels du Kremlin, ou des personnalités d’ordinaire silencieuses sur les questions politiques, à prendre position en faveur du journaliste emprisonné. « Aujourd’hui on essaie d’enfermer un journaliste qui dérange, avait lancé lundi soir l’acteur Konstantin Khabenski, depuis la scène d’un festival de cinéma à Sotchi. Si cela réussit, rien ne dit que nous ne serons pas à notre tour, demain, considérés comme dérangeants. »

Une marche en soutien à Ivan Golounov était également prévue pour mercredi dans le centre de Moscou, tandis qu’une pétition exigeant sa libération a permis de collecter près de 180 000 signatures.

Défaite en rase campagne

Pour le pouvoir, ce recul équivaut à une défaite en rase campagne. L’action contre le journaliste Golounov, visiblement mal préparée, n’avait sans doute pas été décidée au plus haut sommet de l’Etat, et sur d’autres dossiers, comme récemment le projet de construction d’une cathédrale à Iekaterinbourg, les autorités avaient déjà montré qu’elles pouvaient reculer face à l’opposition de la rue. Mais le sujet était bien moins emblématique, et pour le pouvoir, céder face à une intelligentsia libérale qui avait été marginalisée ces dernières années est particulièrement humiliant.

Peu après l’annonce de l’abandon des poursuites, l’opposant Alexeï Navalny a salué un « exemple de ce que la solidarité peut accomplir ». « C’est une nouvelle magnifique. C’est un exemple inspirant et motivant de ce qu’une simple solidarité peut accomplir pour les gens qui sont persécutés », a déclaré sur Twitter M. Navalny.

« Un cercle étroit, une petite communauté humaine a grossi en quelques heures pour devenir une force civile, qui est parvenue à arracher Golounov à une mâchoire qui ne s’était pratiquement jamais desserrée », écrivait de son côté le journaliste Oleg Kachine après le placement en résidence surveillée d’Ivan Golounov, lundi, une décision déjà saluée comme une victoire improbable.

L’association Reporters sans frontières (RSF), elle, a salué une « mobilisation historique de la société civile ». « Désormais, ceux qui ont essayé de monter ce coup contre lui doivent être jugés. Nous restons mobilisés pour les autres journalistes détenus en Russie », a ajouté RSF sur Twitter.

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