Le « ni trop ni trop peu » de la Suède face à l’Union européenne

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Depuis son adhésion en 1995, le royaume scandinave s’accroche à une position plutôt distante à l’égard de Bruxelles, tout en se sentant supérieur dans plusieurs secteurs : égalité des sexes, écologie, transparence des institutions…

Par Publié aujourd’hui à 11h55

Temps de Lecture 3 min.

Bulletins de vote dans lors d’un sondage précédant les élections européennes, le 15 mai 2019, à Stockholm.
Bulletins de vote dans lors d’un sondage précédant les élections européennes, le 15 mai 2019, à Stockholm. Jonathan Nackstrand / AFP

« Ne demandez pas ce que l’Union européenne peut faire pour la Suède. Demandez ce que la Suède peut faire pour l’Union européenne. » Ainsi pourrait être résumée la position du royaume scandinave vis-à-vis de Bruxelles, depuis son adhésion à l’UE, le 1er janvier 1995. Les Chrétiens-démocrates du KD (Kristdemokraterna) en ont fait leur slogan de campagne. Il tient en quatre mots : « Make EU lagom again. »

Si la formule n’est pas facile à expliquer à ceux qui ne maîtrisent pas la langue, elle a le mérite de l’efficacité auprès des Suédois. Lagom, donc : un terme intraduisible en un seul mot, mais qui pourrait donner « ni trop ni trop peu ». Des livres ont été écrits sur le sujet. Le « lagom » se rapproche pour les Suédois du « hygge » (bien-être) danois ou du « sisu » (persévérance) finnois. Une philosophie de la vie prônant modération et tempérance.

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Alors, appliqué à l’Union européenne, ça donne quoi ? Dans leur programme, les Chrétiens-démocrates expliquent : « L’UE doit être lagom, non dans sa volonté ou sa capacité à résoudre les problèmes, mais dans ses ambitions sur les questions qu’elle peut et doit couvrir. » Le parti identifie trois domaines où l’UE est priée de rester à l’écart : la politique sociale, le marché du travail et la fiscalité. Autant de secteurs où le « modèle suédois » est convaincu de faire mieux que les autres.

Sacro-sainte politique de neutralité

Le KD avait décroché 5,93 % des votes aux européennes en 2014. Il est à 12 % dans les sondages, ce qui pourrait lui permettre de décrocher trois sièges au Parlement européen sur les vingt attribués à la Suède. Avec une tête de liste qui n’a rien de lagom : catholique convertie dans un pays de luthériens, un discours aux accents trumpiens, Sara Skyttedal refuse de choisir entre le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre hongrois, l’europhobe Viktor Orban.

Au-delà de sa campagne, son slogan en dit beaucoup sur l’attitude de la Suède à l’égard de l’Union européenne. Longtemps, le royaume s’est accroché à sa sacro-sainte politique de neutralité pour justifier sa prise de distance. La fin de la guerre froide et la crise économique du début des années 1990 ont changé la donne. « L’intégration est présentée alors sous le jour de l’accès au marché commun, pas comme un projet politique avec une finalité », souligne Göran von Sydow, directeur de l’Institut suédois des études européennes.

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Lors du référendum organisé en novembre 1994, 52,3 % des Suédois votent en faveur de l’adhésion. Un mois plus tôt, leurs voisins de l’est, les Finlandais, ont décidé de rejoindre l’UE. Les Danois ont adhéré à la CEE dès 1973. Mais « ce n’est pas la Suède qui a rejoint l’UE, c’est l’Europe qui est venue à la Suède. Nous, on n’a pas bougé », raille le conservateur Christofer Fjellner, eurodéputé depuis quinze ans.

« La Suède allait montrer au reste de l’Europe comment s’y prendre, avec le sous-entendu que nous étions meilleurs que les autres. »

Ingvar Carlsson, le premier ministre Social-Démocrate (SAP) de l’époque, en fait son argument de campagne, rappelle Ylva Nilsson, journaliste spécialiste de la question européenne : « La Suède allait montrer au reste de l’Europe comment s’y prendre, avec le sous-entendu que nous étions meilleurs que les autres. » Parmi les domaines identifiés : l’égalité des sexes, la protection des animaux, le climat, la transparence des institutions ou l’ordre des finances publiques.

Le retour de bâton est parfois violent, précise la journaliste. En janvier 2018, le ministre suédois de l’intérieur Morgan Johansson s’oppose à la constitution d’une force de pompiers européenne, sous prétexte que certains pays se reposeront sur l’Union et n’investiront plus. Résultat : quelques mois plus tard, la Suède brûle et doit faire appel à sept de ses voisins européens pour éteindre les flammes.

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