« Les Occidentaux se sont piégés eux-mêmes en laissant à la Chine le quasi-monopole des terres rares »

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L’empire du Milieu produit plus de 90 % de ces minerais et pourrait se servir de sa position dominante comme levier de négociation dans la guerre opposant les Etats-Unis à Huawei, analyse Jean-Michel Bezat, journaliste économique au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 11h16 Temps de Lecture 2 min.

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Des échantillons de terres rares, dont la Chine est le premier producteur mondial.
Des échantillons de terres rares, dont la Chine est le premier producteur mondial. David Becker / REUTERS

Pertes & profits. En visite dans la province du Jiangxi (sud-est), lundi 20 mai, le président chinois a fait un arrêt remarqué dans une usine de traitement des terres rares. Xi Jinping était accompagné de Liu He, le vice-premier ministre chargé des âpres négociations commerciales avec les Etats-Unis, et une petite phrase n’a échappé à personne. Ces minerais utilisés partout, des voitures électriques à l’armement et des lasers aux smartphones, « sont une importante ressource stratégique ». Une évidence interprétée comme une menace de représailles après la décision de son homologue américain, Donald Trump, d’inscrire Huawei sur liste noire pour freiner le déploiement planétaire des équipements 5G du géant chinois des télécoms.

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La Chine possède un tiers des réserves mondiales en terres rares, estimées à 120 millions de tonnes par les géologues américains. Mais elle en produit plus de 90 %, extraites de son sous-sol ou importées pour être traitées dans ses usines avant d’être réexportées… vers les Etats-Unis en particulier. Les Occidentaux et le Japonais se sont piégés eux-mêmes en lui laissant le quasi-monopole d’une industrie peu lucrative et très polluante. Et donc un levier de négociation, sinon une arme.

Un marché à double sens

Le précédent de 2010 est dans toutes les mémoires : après une montée des tensions autour d’îlots de la mer de Chine orientale, Pékin avait suspendu ses livraisons au Japon, pénalisant des géants comme Toyota ou Panasonic. Pourquoi ne rééditerait-il pas une suspension temporaire, au nom de la défense de l’environnement, même s’il avait été condamné devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Sur la liste des 3 800 produits chinois qu’il veut taxer à 25 % à leur entrée aux Etats-Unis (300 milliards de dollars d’importations, soit 269 milliards d’euros), M. Trump n’a pas inscrit les 17 terres rares, essentielles à des industries stratégiques.

Toute déclaration sibylline ou toute décision politique est désormais interprétée à la lumière de la guerre commerciale et technologique sino-américaine. Il a suffi que la Chine, premier créancier étranger des Etats-Unis (1 200 milliards de dollars) vende 20 milliards de bons du Trésor – un montant inédit depuis deux ans et une cession peu conforme à sa gestion habituelle – pour que certains s’interrogent : et si Pékin cherchait à déstabiliser le marché obligataire et à accroître le coût des emprunts pour le Trésor américain ?



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