« Les votes agricoles ne font pas forcément gagner une élection, mais ils peuvent les faire perdre »

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L’électorat agricole, devenu hétérogène, nourrit une défiance de plus en plus forte envers l’Europe qui n’offrirait plus d’horizon lisible

Propos recueillis par Publié aujourd’hui à 11h24, mis à jour à 11h37

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Professeur à l’Institut national polytechnique-Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse (INP-Ensat), François Purseigle analyse le rapport ambigu du monde agricole à l’Europe, partagé entre la reconnaissance et le regret de l’absence de vision de Bruxelles à leur égard.

Les agriculteurs ont-ils un rapport spécifique à l’Europe ?

Oui, parce qu’ils savent ce qu’ils doivent à l’Europe. Le monde paysan dans les années 1960 était un monde à part, marginalisé. Avec l’Europe, les agriculteurs ont acquis un rang, une place dans la société française qu’ils n’avaient pas. Ils ont représenté le symbole de l’horizon européen quand il s’agissait, avec la mise en place de la politique agricole commune, de moderniser un ensemble de pays aux populations majoritairement rurales et d’assurer la souveraineté alimentaire de l’Europe. En les faisant passer du statut de paysan à celui d’agriculteur, en les transformant en secteur économique à part entière, l’Europe était en capacité de dire ce qu’elle voulait de son agriculture, d’offrir une stratégie et un horizon.

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Ce n’est plus vrai aujourd’hui ?

Non, parce que la politique agricole commune (PAC) a été pensée pour un type d’agriculture familiale, qui était, à ses débuts, largement répandu sur le territoire européen. C’était beaucoup plus simple alors de construire, pour les professionnels comme pour les politiques, une ambition partagée.

Aujourd’hui, cette population n’est plus homogène : qu’y-a-t-il de commun entre des fermes de très petite taille en situation de survie qui relèvent plus de politiques sociales, des exploitations de taille moyenne pour lesquelles des politiques territorialisées seraient plus adaptées et des grandes entreprises qui relèvent de la firme ? La PAC n’est pas seulement confrontée à un changement d’échelle mais à un éclatement des modèles qui invalide certains dispositifs de politique publique et rend beaucoup plus compliquée la construction d’un discours et d’un projet politiques sur l’agriculture. Il n’est plus possible d’apporter de réponse unifiante.

Cela nourrit-il une forme de défiance chez les agriculteurs envers l’Europe ?

Le sentiment vis-à-vis de l’Europe est paradoxal, contradictoire. Comme dans l’ensemble de la population française, on a des agriculteurs adeptes d’une politique libérale, des partisans du protectionnisme ou des « à-quoi-bonistes ». Mais, contrairement à la majorité des Français, tous ont un lien concret à Bruxelles : ils doivent annuellement rédiger une déclaration PAC et font appel à des services de l’Etat pour recevoir les subventions. Le monde agricole reste très attaché aux instruments de la politique européenne parce que ces derniers permettent le maintien de leur revenu.



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