[Politique] Pour Nadia Ramassamy, les outre-mers sont “les grands oubliés des élections européennes”

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Les 25 et 26 mai, les citoyens de l’Union européenne voteront pour élire leurs nouveaux représentants au Parlement européen. Alors que la campagne touche à sa fin, force est de constater que les citoyens ultramarins et leurs territoires en furent les grands absents.

Dois-je rappeler que les électeurs ultramarins sont des citoyens européens à part entière et non à part. D’ailleurs, en hexagone comme en Outre-mer, le sentiment envers les institutions européennes est le même : une organisation méconnue, lointaine, complexe et opaque.

Réforme du mode de scrutin oblige, avec des listes désormais nationales, la circonscription Outre-mer a été supprimée. Or, non seulement ce choix a coupé le lien entre l’eurodéputé et les citoyens, mais il perpétue l’idée d’une Europe hors-sol, qui ne s’adresse pas aux peuples et a rendu ce scrutin otage des calculs partisans. A trop nationaliser le scrutin, on finit par passer à côté de l’essentiel et oublier les vrais enjeux du scrutin et finalement dénaturer l’élection.

La place de l’Union européenne dans la course à l’intelligence artificielle, dans la guerre commerciale et la transition écologique vaut mieux que le match retour de l’élection présidentielle de 2017.

Le Continent européen, ses RUP (régions ultrapériphériques de l’Union Européenne) et ses PTOM (Pays et Territoires d’Outremer) méritent mieux. Mieux que la simple place d’un candidat issu des Outre-mer dans la liste de tel ou tel parti, pour remplir le « quota » Outremer et qui plus est dans une position bien souvent inéligible.

Budget, politique agricole commune, action extérieure, les outre-mer sont pourtant au cœur et à la croisée des grands dossiers de l’Union européenne. L’archipel France se divise en deux au sein de l’Union européenne. D’abord les RUP (régions ultrapériphériques de l’Union Européenne), à avoir, la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, La Réunion et Mayotte. Puis, les PTOM (Pays et Territoires d’Outremer), soit, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, Wallis et Futuna, Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Barthélemy, et les Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Implantée aux quatre coins du monde, l’Europe n’est pas uniquement continentale, elle est caribéenne, pacifique, atlantique et de l’Océan Indien. Cette position lui permet de côtoyer de près les principales puissances régionales et mondiales, la Chine, les États-Unis, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Australie.

Grâce à leurs relations privilégiées avec leurs voisins, les Outre-mer jouent le rôle d’ambassadeurs de l’UE dans toutes les parties du globe et diffusent son influence et ses valeurs. Représentant la moitié de l’espace maritime européen, les Outre-mer font de l’Union européenne un laboratoire pour la recherche dans la sécurité alimentaire, l’astrophysique, la lutte contre le réchauffement climatique, les minerais, les biocarburants, les énergies éoliennes, le solaire, la géothermique, le photovoltaïque, la biotechnologie et le tourisme vert.

Si l’Union européenne est une grande puissance spatiale, si elle est une superpuissance maritime, si elle a accès aux zones de pêche les plus fécondes, si elle est présente aux abords des plus grandes routes maritimes, si elle est implantée dans des régions avec un très fort potentiel en termes de biodiversité, si elle est en contact avec toutes les civilisations du monde, c’est à l’Outre-mer qu’elle le doit.

L’Union européenne a besoin de ses Outre-mer, comme les Outre-mer ont besoin de l’Union européenne. Que serait la construction de la Nouvelle Route du Littoral à La Réunion sans la participation financière de l’Union européenne ? L’extension de l’aéroport de la Guadeloupe ? Le quai en eaux profondes de Saint-Pierre et Miquelon ? Le centre hospitalier de Petite-Terre à Mayotte ?

Ports, aéroports, hôpitaux, aides après une catastrophe naturelle…Du FSE (Fonds structurel européen) au FEDER (Fonds européen pour le développement rural) en passant par le FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural, Bruxelles a mobilisé 5 milliards d’euros depuis 2014 pour développer et aménager les Outre-mer.

Plus que du besoin, c’est surtout une demande d’Europe. Loin de Bruxelles et confrontés, plus que le Continent, à la concurrence et aux appétits de leurs petits et grands voisins, les Outremer sont impatients d’une Europe protectrice, d’une Europe plus démocratique, d’une Europe efficace, d’une Europe sociale, d’une Europe forte dans les négociations d’accords commerciaux, d’une Europe et d’une Europe ferme dans la surveillance de ses frontières.

Loin d’être des confettis de l’Europe, les Outre-mer sont une richesse pour la France et l’Union européenne. L’insularité et l’éloignement ne sont pas des handicaps, mais un moyen de construire une Europe qui rayonne à travers le monde.

 

 

Nadia Ramassamy 



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