Macky Sall s’engage dans la lutte contre le terrorisme en ligne – JeuneAfrique.com

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Le président sénégalais a signé à Paris l’appel de Christchurch contre la diffusion des contenus terroristes en ligne. Le pays souhaite devenir l’un des leaders de la lutte contre la cybercriminalité, qui n’est pas sans risques de dérives.


Il était le seul chef d’État africain présent. Arrivé à Paris la veille, Macky Sall a répondu le 15 mai à l’appel de Christchurch, lancé conjointement par le président français Emmanuel Macron et la Première ministre Néo-Zélandaise, Jacinda Ardern.

La chef de gouvernement a lancé cette initiative deux mois après les attaques visant deux mosquées de la ville de Christchurch, qui avaient fait 51 victimes parmi la communauté musulmane. « Les réseaux sociaux sont aujourd’hui utilisés comme une arme par les terroristes », a soulevé Jacinda Ardern, qui a affirmé que le terrorisme avait « tué deux fois », la première dans la réalité, et « la deuxième fois en ligne ».

Une vidéo supprimée 1,5 million de fois

L’attentat avait en effet été filmé et diffusé en direct sur Facebook pendant près de vingt minutes. Supprimée par le réseau social plus de 1,5 million de fois, la vidéo n’a cessé de réapparaître en ligne, entraînant une vague de critiques contre les plateformes pour leur incapacité à empêcher la diffusion de meurtres en direct. Facebook a depuis annoncé plusieurs mesures, dont la limitation de sa fonctionnalité « live » pour les personnes et les organismes « dangereux ».

Les fournisseurs de services en ligne Google, Microsoft, Twitter, Facebook, Amazon et YouTube, cosignataires de l’appel, se sont ainsi engagés à prendre des mesures spéciales pour empêcher le téléchargement et la diffusion de contenus à caractère terroriste. Ils promettent également plus de transparence sur les mesures adoptées pour empêcher la diffusion de ces contenus.

Un grand secret entoure en effet les pratiques de modération des géants du web. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg – qui a brillé par son absence à l’appel de Christchurch – a toutefois avancé le chiffre de 7 500 modérateurs à travers le monde chargés de surveiller les contenus diffusés par la plateforme.

Leader africain

L’appel de Christchurch a également été signé par le roi jordanien Abdallah II, la Première ministre britannique Theresa May, ou encore le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Ils s’engagent ainsi à « lutter contre les facteurs du terrorisme et de l’extrémisme violent » et à « veiller à l’application efficace des lois en vigueur ».

Si le Sénégal a été invité, c’est parce que le pays « fait office de pôle de stabilité dans la sous-région », rappelle le conseiller à la communication de Macky Sall, El Hadj Hamidou Kassé. « Nous n’avons pour le moment pas été touchés par le péril islamiste, et nous sommes bien placés pour parler de la problématique du terrorisme, en raison de notre expérience en matière de cybersécurité. »

Le Sénégal souhaite en effet se positionner en tant que leader dans le domaine de la sécurité sur le web. Le pays s’est doté d’une division spéciale en la matière, dépendante de la police judiciaire. « Leur unité est assez bien outillée », évalue Chérif Diallo, chargé des technologies de l’information et de la communication au ministère de l’Économie numérique, et responsable de la stratégie du pays en termes de cybersécurité.

En matière de cybersécurité, le Sénégal a tout intérêt à collaborer au niveau international

Une école nationale dédiée à ce domaine a également été créée l’année dernière, lors du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Officiellement inaugurée par l’ancien ministre des Affaires étrangères, Sidiki Kaba, et son homologue français Jean-Yves Le Drian, l’école devrait ouvrir ses portes en septembre prochain.

« Elle formera tout type de professionnels, gendarmes, policiers ou encore des juristes, venus du Sénégal et du continent », détaille Chérif Diallo. « En matière de cybersécurité, les partenariats sont indispensables. Le Sénégal a tout intérêt à collaborer au niveau international », ajoute-t-il.

Security Days

3 000 participants originaires d’une trentaine de pays africains et occidentaux sont ainsi attendus en juillet à Dakar pour les Security Days. L’événement réunit les spécialistes de la sécurité, du management des risques et du numérique. « États, chefs d’entreprise, administrations, particuliers… la cybersécurité concerne tout le monde ! Et nous savons que l’Afrique est particulièrement exposée », souligne le fondateur de l’événement, Sidy Mactar Aïdara.

À la tête du cabinet de conseil en cybersécurité Kubuk Consulting, il souhaiterait ainsi faire de Dakar « la capitale africaine de la lutte contre la cybercriminalité ». Le consultant se réjouit de voir que le Sénégal s’est doté « d’un arsenal juridique » sur le sujet. Le pays fait en effet partie de la poignée d’États africains à avoir ratifié la convention de Budapest de 2016, le premier traité international à aborder la criminalité en ligne.

« Même si on dépense des milliards, ça ne sert à rien tant que les individus ne sont pas informés sur le sujet », prévient le consultant. Chérif Diallo lui fait écho : « Beaucoup de personnes ne sont pas sensibilisées sur le contenu des lois. » Il évoque en réalité les risques liés aux « condamnations dissuasives » pouvant viser des citoyens lambda trop virulent sur internet. Chérif Diallo reconnaît d’ailleurs que la lutte contre le terrorisme peut conduire à des « dérives ou des sanctions disproportionnées ».

À cet égard, le cas du jeune Sénégalais Saër Kébé, jugé pour « apologie du terrorisme » cette année, concentre les critiques au sujet des dérives de la lutte contre le terrorisme en ligne. Le jeune homme a finalement été condamné à 3 mois de sursis pour « menaces », en raison d’un message publié sur la page Facebook de l’ambassade des États-Unis. Libéré le 10 avril dernier, il aura passé quatre ans en détention provisoire.





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JeuneAfrique

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