l’attaque d’Ogossagou pourrait être qualifiée de crime contre l’humanité selon l’ONU – JeuneAfrique.com

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L’équipe d’enquête de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) dépêchée à Ogossagou du 25 au 29 mars, après le massacre de 157 membres de la communauté peule, a livré jeudi ses conclusions préliminaires.


« Le samedi 23 mars 2019, aux alentours de 5 heures du matin, un groupe composé d’au moins une centaine d’hommes armés, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos) et accompagnés par une dizaine d’hommes en tenue militaire et d’autres en tenue civile, a mené une attaque planifiée, organisée et coordonnée sur la partie peule du village d’Ogossagou », a déclaré le 3 mai la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) dans un communiqué. Cette attaque a coûté la vie à 157 membres de la communauté peule et suscité l’émoi tant au Mali qu’à l’international.

La Minusma qui avait déployé sur le terrain une équipe d’enquêteurs chargée « d’établir les circonstances de l’attaque et le déroulement des faits » et de « permettre de situer les responsabilités de ce crime » a livré ses conclusions préliminaires à Bamako jeudi.

Selon elle, l’attaque a dans un premier temps donné lieu à une confrontation armée ayant opposé les dozos aux éléments armés peuls faisant partie d’un rassemblement de candidats au processus de « désarmement volontaire », installés dans le village. Ceux-ci s’étaient constitués de facto en groupe d’auto-défense.

« Le groupe de chasseurs, supérieurs en nombre et en puissance de feu, a continué d’avancer sur le village, tuant de manière indiscriminée hommes, femmes et enfants, et incendiant les maisons à l’aide de torches et autres combustibles préparés à cet effet », détaille le communiqué.

« Impunité »

L’équipe d’enquête de la Minusma a pu « localiser et confirmer l’existence d’au moins trois fosses communes contenant au moins 40 corps dans chacune des deux premières, et au moins 70 dans la troisième ». L’attaque a également fait 65 blessés.

Cette attaque qui intervient dans un contexte de tensions communautaires et d’attaques jihadistes dans la région de Mopti, est loin d’être un cas isolé. Selon la Minusma, « dans le seul cercle de Bankass, plus de 37 cas d’atteintes aux droits de l’homme ayant causé la mort d’au moins 115 personnes, sont attribuables à des groupes d’auto-défense communautaires depuis novembre 2018 ».

La Division des droits de l’homme et de la protection de la mission onusienne pointe du doigt « l’impunité » dont bénéficient ces groupes. « L’attaque planifiée, organisée, et coordonnée sur la partie peule du village d’Ogossagou s’inscrivait dans un contexte de nombreuses autres attaques similaires par des groupes de chasseurs traditionnels, à l’encontre des populations peules. Ainsi, les atteintes aux droits de l’homme documentées à Ogossagou, prises dans leur contexte, et jugées par un tribunal compétent, pourraient être qualifiées de crimes contre l’humanité. »

« L’émotion suscitée par cette horrible tragédie n’aura de sens que si la chaîne judiciaire se déclenche de façon prompte et efficace pour mettre fin à l’impunité. Le rétablissement de la paix et de la cohésion sociale au Mali est à ce prix « , a estimé Mahamat Saleh Annadif, chef de la Minusma.

Enquête des autorités maliennes

Alors qu’il était à Ogossagou le 25 mars pour se recueillir devant les fosses communes creusées pour enterrer les victimes de la tuerie, Ibrahim Boubacar Keïta a promis que « justice sera[it] faite ».

Les autorités maliennes ont annoncé l’ouverture d’une enquête sous la direction du procureur général de Mopti, Maouloud Ag Najim. Fin mars, le procureur de Mopti annonçait l’arrestation de cinq personnes en lien avec l’attaque. « Parmi les blessés, cinq personnes ont été identifiées par les rescapés comme étant des assaillants présumés. Nous les soupçonnons d’être des membres du groupe qui a attaqué le village d’Ogossagou le 23 mars », a-t-il expliqué.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé la dissolution du groupe de chasseurs dogons Dan Na Ambassagou, suspecté d’être à l’origine de l’attaque, mais qui nie en être l’auteur.

Plusieurs hauts gradés, comme celui du chef d’état-major général des armées, le général M’Bemba Moussa Keïta, du chef d’état-major de l’armée de terre, le colonel major Abderrahmane Baby, et celui du directeur de la sécurité militaire ont également été limogés.





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JeuneAfrique

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