[Economie] Le spectre d’un manque de matériaux agite le BTP

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La fin annoncée de plusieurs carrières conjuguée à la possible annulation de l’arrêté d’ouverture de Bois Blanc fait craindre à la filière du BTP un manque de matériaux à court terme. L’ensemble des besoins de la Réunion sont concernés, depuis la construction de maisons jusqu’aux grands travaux publics.

C’est une partie de l’avenir de la filière du BTP qui se joue, aujourd’hui, au tribunal administratif. Saisi en référé par la Srepen et la ville de Saint-Leu, celui-ci doit notamment juger de la validité de l’arrêté d’exploitation de la carrière de Bois-Blanc délivré par la préfecture. Si le tribunal suit leurs arguments, des conséquences en cascade et potentiellement catastrophiques pour le BTP sont à craindre. Le chantier de la route du littoral qui attend les cailloux pour la construction de la route digue sera au point mort. 60 millions d’euros d’investissement seront perdus pour 2019. Il faudra attendre les jugements sur le fonds, forcément longs, pour que la carrière puisse éventuellement ouvrir. Le feuilleton judiciaire traînera d’autant plus en longueur si les recours sont soumis au Conseil d’Etat voir à la Cour de cassation. 

 

” Une décision qui fera jurisprudence”

 

Les principaux acteurs du BTP se font encore discrets sur la partie qui se joue au tribunal administratif. Pas question que la justice puisse se sentir influencée. Mais les enjeux sont réels. Car l’annulation de l’arrêté d’ouverture de Bois-Blanc fait craindre une jurisprudence pour les autres carrières dont les projets d’ouverture sont connus comme celles de La Possession ou de Bellevue, et toutes celles qui restent encore à définir.

“Si le tribunal valide l’argumentaire de la SREPEN et de Saint-Leu, sa décision fera jurisprudence et il ne sera plus possible d’ouvrir une carrière à La Réunion, avec pour conséquence l’impossibilité pour le BTP et les collectivités de lancer quelque grand chantier que ce soit, sans parler des politiques de logement social, de rénovation des immeubles… “, assure un bon connaisseur de la filière du BTP. 

La problématique est d’autant plus criante que le manque de matériaux agite déjà le secteur. Sous couvert d’anonymat, des responsables d’entreprises du BTP confient ne pas savoir où trouver suffisamment de granulat pour répondre à leur besoin, dès cette année, pour les chantiers de l’Ouest. Plusieurs carrières vont cesser de fonctionner cette année au Port et à Cambaie. D’ici trois ans, cinq des six sites d’extraction du Port vont fermer, soit parce que la ressource n’est plus disponible soit parce que les arrêtés arrivent à terme. “Il y a clairement une crainte d’un manque rapide de ressource”, réagit Jean-Damien Cagnard, secrétaire général de l’Unicem, la fédération créée en 2017 que réunit les carriers et les fabricants de matériaux. 

 

Des maisons plus chères

 

Chaque année, la Réunion consomme 5 millions de tonnes de granulats. Ils servent aussi bien à la fabrication de béton, qu’à la construction de maisons individuelles, aux immeubles, à l’entretien ou la construction de routes…

La fermeture annoncée des carrières du Port promet un renchérissement des matériaux dans l’Ouest. Il faudra les faire venir des carrières encore ouvertes, dans l’Est ou à Pierrefonds. D’où des coûts de transports plus élevés et un nombre de camions plus important sur les routes. En métropole, on considère que le prix des matériaux vendus à 60 kilomètres de leur site d’extraction augmente de quasiment 50 %. C’est donc tous les prix des chantiers qui seront plus élevés, y compris, celui des maisons individuelles. Or, aucune solution n’a pour l’instant émergé pour répondre aux besoins de l’Ouest. ” La carrière de Pierrefonds dispose d’un arrêté jusqu’en 2027. Mais si tout le monde va s’y servir, elle ne tiendra pas jusque là “, s’inquiète le responsable d’une entreprise de BTP. 

Pour répondre aux besoins, il faut donc recycler davantage les déchets du BTP et ouvrir de nouvelles carrières. L’Unicem travaille sur le sujet. ” Il est hors de question d’être dans l’urgence, affirme Jean-Damien Cagnard. Il faut au contraire travailler dans la sérénité avec une vision à 30 ou 50 ans.” Mais les marges de manœuvre sont toujours plus réduites. L’urbanisation croissante couplée à une raréfaction du foncier, un cadre législatif toujours plus stricte et la défiance généralisée des citoyens à l’égard des carrières, complique la tâche des autorités qui délivrent les autorisations d’exploitation. “On sait qu’il peut y’avoir des recours. Ca fait partie des règles du jeu. Il faut simplement savoir que ça peut prendre du temps”, relativise Jean-Damien Cagnard. 

Reste que l’urgence est réelle. “Ca craint vraiment, s’agite un acteur de la filière. Les procédures sont longues. Il faut déjouer un mille feuilles administratif. Et politiquement, un maire peut très bien bloquer l’ouverture d’une carrière uniquement parce qu’il n’est pas sur la même ligne que la Région”. Nul doute que le jugement du tribunal sur l’exploitation de Bois-Blanc donnera une indication de l’avenir des carrières de la Réunion. 

 

Jean-Philippe Lutton

 

 


Changer l’image des carrières 

Le nombre de carrière en activité va considérablement réduire dans les prochaines années, causant ainsi des soucis d’approvisionnement. Et si les carrières n’étaient pas l’enfer décrit par ses opposants ? Vilipendé depuis plusieurs mois, le projet de carrière de Bois Blanc est devenu le symbole d’une certaine pollution environnementale. Malgré des milliers de pages d’étude très techniques mais rassurantes sur la qualité de l’air, les rejets en mer ou dans les sols, l’impact sur la faune et la flore, rien n’y fait. La carrière de Bois Blanc est toujours jugée comme une atteinte grave à l’environnement par ses détracteurs. C’est cette mauvaise image que le syndicats des carriers et des fabricants de béton, l’Unicem, ambitionne de changer. “Notre savoir-faire est hyper-encadré”, insiste Jean-Damien Cagnard, secrétaire générale de l’Unicem pour mieux souligner les progrès réalisés par les carriers en matière de protection de l’environnement. Le syndicat voudrait que les carrières ne soient vus plus que comme une parenthèse avant que le site soit réaménagé. “La carrière n’est pas une fin en soi. Il y a une vie après. On peut-être innovant dans le réaménagement des sites. Ca peut-être gagnant-gagnant “.



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