Le caricaturiste Musa Kart dans les griffes de la justice d’Erdogan

0
36


Lauréat 2018 du Prix international du dessin de presse, Musa Kart a été condamné par un tribunal turc à trois ans et neuf mois de prison pour « complicité de terrorisme ».

Par Marie Jégo Publié aujourd’hui à 04h09

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

LETTRE D’ISTANBUL

Le caricaturiste Musa Kart assiste à une conférence de presse organisée par des journalistes de l’opposition, à Istanbul, le 22 avril.
Le caricaturiste Musa Kart assiste à une conférence de presse organisée par des journalistes de l’opposition, à Istanbul, le 22 avril. YASIN AKGUL / AFP

Dans une heure, un jour, une semaine peut-être, Musa Kart, ancien caricaturiste vedette du quotidien d’opposition Cumhuriyet, dormira derrière des barreaux. Il devrait être incarcéré à Silivri, la prison de haute sécurité située à la périphérie d’Istanbul, là même où Abdulkadir Masharipov, le tueur de la discothèque du Reina, qui a assassiné 39 personnes au pistolet-mitrailleur dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2017 à Istanbul, a été écroué dans l’attente de sa condamnation.

Musa Kart, 64 ans, n’a tué personne. Virtuose du crayon, il a reçu en 2018 le Prix international du dessin de presse, décerné par la fondation Cartooning for Peace. La même année, la justice turque le condamnait à trois ans et neuf mois d’incarcération pour « complicité de terrorisme ».

A ses côtés sur le banc des accusés, treize collaborateurs de Cumhuriyet – journalistes, administrateurs, avocat, dessinateur – ont été reconnus coupables en avril 2018 d’avoir soutenu des « organisations terroristes ». Selon les juges, ils auraient « aidé sciemment » le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le mouvement de l’imam Fethullah Gülenn, accusé d’avoir fomenté la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, et l’organisation extrémiste de gauche DHKP-C sans jamais en avoir été membres.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Turquie : coup de torchon au quotidien d’opposition « Cumhuriyet »

« Cela fait quarante ans que je dessine. A travers mon travail, j’ai toujours condamné le terrorisme. Me voici désormais désigné complice d’un mal que je n’ai jamais cessé de dénoncer, c’est absurde », confie Musa Kart à l’issue d’une conférence de presse donnée pour la défense des condamnés du procès Cumhuriyet au barreau d’Istanbul, lundi 22 avril.

Mal à son pays

Chaque matin, le dessinateur se réveille en se demandant s’il n’a pas été téléporté dans une bande dessinée peuplée d’êtres malfaisants. « Je me sens au beau milieu d’une caricature. »

Lourdes sont les peines de prison prononcées à l’endroit des collaborateurs de Cumhuriyet – entre deux ans et demi et huit ans de prison –, contre lesquels aucune preuve matérielle de leur crime n’a pu être fournie. L’essentiel des charges du dossier d’accusation repose sur leurs écrits, sur des achats de pizzas, des réparations, des réservations de voyages et autres fantaisies.

En février 2019, huit d’entre eux – Musa Kart, Kadri Gürsel, Guray Öz, Hakan Kara, Önder Çelik, Emre Iper, Bülent Utku, Mustafa Kemal Güngör – ont vu leurs peines confirmées en appel par un tribunal d’Istanbul. Ils vont devoir retourner en prison.



Source link

Have something to say? Leave a comment: